Soumission politico-religieuse totale

Le procédé : la loi broche à foin sur la neutralité religieuse

Chronique de Marc Labelle

La loi 62, intitulée « Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements pour un motif religieux dans certains organismes », est d’une telle faiblesse conceptuelle qu’elle stimulera plutôt l’intégrisme religieux dans sa propension à gangrener le système d’éducation publique, tout l’appareil de l’État québécois et l’ensemble de la société québécoise.


Après avoir analysé trois articles de la loi particulièrement nocifs, je décrirai la portée de cette défaite et la manière de transformer celle-ci en victoire.


À visage découvert ?


La loi prescrit que la prestation de services par des organismes publics se fasse à visage découvert ; cette règle s’applique tant à la personne qui reçoit le service qu’au membre du personnel qui fournit le service.  Néanmoins, concernant les deux, on précise aussitôt qu’un « accommodement qui implique un aménagement […] est possible mais doit être refusé si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient » (article 9).  Autrement dit, la règle commune du visage à découvert peut être contournée par une simple demande d’accommodement… à moins, entre autres, qu’un niveau de communication non défini nécessite que le visage ne soit pas occulté.  Ainsi, une exception à l’exception rend seulement possible l’application de la règle commune.  Remarque typographique : l’auteur législatif, pressé de cacher l’exception d’accommodement qui défait la règle commune d’abord énoncée a oublié la virgule requise avant la conjonction « mais » précédant le long membre de phrase qui fait, en réalité, de l’obligation du visage découvert une exception de l’accommodement dérogatoire, ce dernier se révélant, lui, comme la règle fondamentale.  Bref, sous l’apparence du contraire, cette loi favorisera le consentement « systémique » aux demandes d’accommodement.


Lorsque la ministre de la Justice Stéphanie Vallée, qui a piloté à vue le projet de loi et son adoption, assimile les verres fumés à un voile cachant le visage (la burqa ou le niqab), on n’a plus le moindre doute quant à l’encouragement fait au recours à des accommodements religieux.  Le principe qu’elle torture à souhait demeure toutefois plus têtu : communication, identification et sécurité sont liées.  Une loi limpide ferait plutôt de la fourniture et de la réception du service à visage découvert une obligation incontournable.


Comment interdire le futur citoyen


Concernant les services de garde éducatifs à l’enfance, on doit s’assurer « que l’admission des enfants n’est pas liée à l’apprentissage d’une croyance, d’un dogme ou de la pratique d’une religion spécifique » et « que les activités et les échanges éducatifs n’ont pas pour objectif un tel apprentissage » (article 16).  Toutefois, ces exceptions sont prévues : « un régime alimentaire fondé sur un précepte religieux » ou « l’établissement d’un programme d’activités visant à refléter la diversité des réalités culturelles ou religieuses ».  En somme, on interdit l’apprentissage d’un dogme religieux, sauf le précepte religieux des interdits alimentaires, qui est sans fondement scientifique ; on interdit l’apprentissage d’une religion en particulier, mais pas les activités religieuses exercées au pluriel.  On est en plein délire multiconfessionnel « canédiune ».  C’est le collectivisme frivole du premier pays « postnational » au monde.  Y sont bienvenues toutes les religions, qui représentent sans exception — comme chacun le sait —, des modèles d’amour, de tolérance et de paix absolus.


Au contraire, les enfants ne doivent être soumis à aucune forme d’endoctrinement religieux.  Surtout parce qu’ils sont en croissance vers l’autonomie de l’esprit critique.


Vers l’université multiconfessionnelle


Le devoir de neutralité religieuse ne s’applique pas « à un membre du personnel lorsqu’il dispense un enseignement de nature religieuse dans un établissement d’enseignement de niveau universitaire » (article 5).  En d’autres termes, on maintiendra encore, un demi-siècle après la Révolution tranquille, des programmes ou des cours de théologie catholique.  Conséquence : en refusant de les remplacer entièrement par des programmes ou des cours de sciences des religions — dont la distance avec la croyance permet une analyse neutre ou détachée du phénomène religieux —, d’autres communautés religieuses, spécialement celles qui sont en croissance démographique rapide, exigeront à leur tour un enseignement universitaire confessionnel.


Les réactions à l’adoption de la loi dissimulatrice


Plusieurs municipalités québécoises, en particulier leurs services de transport, ont estimé que la loi est inapplicable.  On a assisté au chantage émotif indigne de l’universitaire Gérard Bouchard : il invoqua le scénario d’un chauffeur refusant à une voilée intégrale de monter à bord de l’autobus — ce, imaginez-vous, à moins 30 degrés en hiver.  À force de renier ses racines, chantera-t-il « Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est le niqab » ?  La ministre de la Justice a donc tenté confusément de corriger sa position antérieure concernant l’étendue de l’application de la loi en circonscrivant l’obligation du visage découvert au moment précis de l’interaction d’un citoyen avec un agent de l’État.  Néanmoins, le problème demeure entier puisqu’il n’y aura pas de sanction en cas d’infraction.  Il aurait fallu prévoir que les policiers puissent émettre des contraventions aux personnes délictueuses, comme cela se pratique en France ou en Belgique.  C’est bien le rôle des forces de l’ordre de protéger la population.  Mais dans un régime du vivre-ensemble inconditionnel, la ministre bonasse était condamnée à écarter tout dispositif pénal.  Et dire qu’on nous promet d’autres modalités d’application à venir : la passoire chaotique des futurs accommodements arbitraires « cas par cas » — la vraie règle — deviendra durable… jusqu’à l’instauration de la charia.


Quant à la classe politique et médiatique du Canada anglais, notamment la première ministre féministe de l’Ontario qui s’est laissée reléguée au balcon d’une mosquée en présence du premier ministre islamophile Justin Trudeau, sa réaction hypocrite était prévisible : l’ersatz de loi sur la neutralité, qui est l’équivalent de Meech moins sur le plan constitutionnel, c’est encore trop.  Pour elle, le Québec doit rentrer dans l’ordre constitutionnel de la dynastie trudeauesque sans réclamer la moindre condition, en rampant avec ses jérémiades inaudibles par le pouvoir fédéral.  Non seulement humilié par son propre gouvernement, le peuple québécois est rabaissé plus que jamais par le régime colonialiste canédiune.


Le voile dévoilé


Le voile islamiste, qu’il cache le visage ou seulement les cheveux et qu’il soit prolongé ou non par un vêtement de même acabit couvrant tout le corps, affiche la même fonction : c’est un drapeau de conquête religieuse soit volontaire, c’est-à-dire assumé par la femme qui le porte, soit imposé par son entourage mâle intégriste.  Plus qu’un symbole identitaire, c’est un marqueur de cheptel : il signifie que l’endogamie pratiquée en islam réserve les femelles de la communauté islamiste à ses mâles, qui ont accès, eux, à la totalité du troupeau féminin sur le territoire à assujettir.  N’oublions pas que sur le plan juridique, un homme vaut deux femmes en islam, tandis que sur le plan matrimonial, il en vaut quatre.


On dit qu’il ne faut pas s’inquiéter du fait que moins d’une centaine de femmes arborent actuellement le voile intégral au Québec ; environ 10 000 portent le voile partiel.  Mais lorsque la proportion de musulmans, qui est de 3 %, se multipliera, le paysage se noircira de dizaines de milliers, voire de centaines de milliers de suaires corporels ou céphaliques ambulants.  Pour les hommes mécréants, l’accès aux femmes sera d’autant réduit : cela favorisera l’avènement de la dhimmitude (en terre d’islam, condition sociale et juridique vexatoire imposée aux gens du Livre inférieurs, c’est-à-dire les chrétiens et les juifs.)  La vraie Grande Noirceur instaurée, les chapons et poules mouillées imprévoyants et démissionnaires clameront alors à l’unisson qu’il est trop tard.  On deviendra nostalgique de la « blanche cérémonie » de nos hivers.


Pistes de solution


Avec cette loi bidon qui cherche maladroitement à enfumer le citoyen, le PLQ veut neutraliser l’État du Québec et domestiquer son peuple.  Lorsque cette passoire chambranlante s’effondrera sous la poussée des fédéralo-multiconfessionnalistes eux-mêmes, elle dégagera une énergie considérable.  Il s’agira pour les patriotes de la canaliser pour renverser la situation.  En prenant appui sur les affranchissements du passé pour en accomplir de nouveaux.  Exploitons à fond l’ironie de cette crise qui fait du voile intégral le nouveau symbole fondamental du Canada, avant même la feuille d’érable ou le castor.     


Il faut donc



  • Que les citoyens et les groupes laïques continuent d’agir sans répit dans le but de rendre officielle et définitive la laïcisation du Québec entreprise dans les années 1960.

     

  • Reconquérir le pouvoir afin de réinsuffler la vie au gouvernement du Québec.

     

  • Avant même de retirer le crucifix défaitiste à l’Assemblée nationale, extirper le symbole de la Couronne britannique qui dirige aussi l’Église anglicane, ainsi que sa devise « Dieu et mon droit » (en graphie moderne : Dieu est mon droit).  À remarquer : fidèles à la béance du programme politique de QS concernant l’oppression canédiune, ses députés n’ont pas relevé que pas moins de huit couronnes entourent le Christ prostré sur sa croix — le stigmatisé par excellence —, qu’avait posé là le premier ministre catholique Maurice Duplessis. 

     

  • Doter le Québec de sa propre constitution et de sa Cour suprême.  Le pouvoir fédéral sera mécontent ?  Tant mieux !  Il est temps de transgresser la barrière mentale de l’enclos colonialiste.

     

  • Adopter la politique cohérente et robuste de la laïcité élaborée par le courageux ministre Bernard Drainville, que la CAQ électoraliste et provincialiste — donc sans vision nationale — avait coulée.  Je souligne qu’il ne suffit pas d’interdire les signes religieux ostensibles aux seules catégories d’employés de l’État qui ont un pouvoir de coercition (p. ex. les juges, les policiers) — c’est un mauvais compromis —, mais à tous les employés de l’État, leur rôle de représentants les plaçant ipso facto en position d’autorité face aux citoyens (p. ex. le corps enseignant, le personnel soignant).

     

  • Refuser tout immigrant éventuel qui place la charia ou toute autre loi religieuse au-dessus de la législation de l’État du Québec.    


Débarrassons-nous donc de ce gouvernement libéral cynique, pervers et mortifère dès 2018 — et enclenchons aussitôt le processus d’indépendance.


 


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Marc Labelle50 articles

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Se voulant agent de transformation, Marc Labelle présente sur les valeurs et les enjeux fondamentaux du Québec des réflexions stratégiques, car une démarche critique efficace incite à l’action salutaire. Ses études supérieures en sciences des religions soutiennent son optique de penseur libre.





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1 commentaire

  • Marc Labelle Répondre

    28 octobre 2017

    Précisions (28 octobre 2017) : La version définitive du projet de loi adopté et sanctionné étant maintenant accessible sur le site de l’Assemblée nationale, je découvre les toutes dernières modifications.  On a éliminé la formulation alambiquée de la version antérieure de l’article 9 devenu l’article 10 concernant la règle des services à visage découvert.  Pour les accommodements qui pourraient s’y appliquer ou non, il faudra donc se fier aux futures lignes directrices établies par la ministre de la Justice, dont on peut prévoir une microgestion inextricable.  L’article 16 devenu l’article 20 sur les services de garde éducatifs à l’enfance n’est pas modifié, mais il faut remarquer que la ministre peut, par directive, imposer des modalités particulières d’application et de mise en œuvre des manifestations ou activités religieuses dans ce cadre.  Les enfants baigneront donc dans une atmosphère multiconfessionnelle ambigüe.  L’article 5 sur l’enseignement universitaire demeure le même.