Sondages: le PLQ est en meilleure posture qu'il n'y paraît

Québec 2007 - Sondages


Lorsqu'on effectue un sondage, il y a toujours une proportion non négligeable de gens qui refusent de répondre à certaines questions, en particulier qui refusent de dire pour qui ils voteraient si une élection avait eu lieu le jour de l'entrevue, soit qu'ils se déclarent «indécis» ou qu'ils répondent «je ne sais pas» ou encore qu'ils refusent tout net de répondre. Nous qualifions tous ces répondants des «discrets», car souvent se déclarer «indécis» ou dire «je ne sais pas» est une façon commode, et polie, de refuser de révéler ses intentions de vote.
Ne pas tenir compte de ces répondants «discrets», qui sont rarement moins de 10 % et qui parfois représentent jusqu'à 20 % de l'échantillon (soit un répondant sur cinq), et ne retenir que ceux qui ont exprimé une préférence politique, c'est répartir les répondants discrets au prorata des réponses exprimées. C'est donc faire une hypothèse implicite, à savoir que ces répondants discrets, s'ils avaient exprimé une opinion, l'auraient fait dans les mêmes proportions que ceux qui ont effectivement exprimé des opinions. Or cette hypothèse est intenable.
Autre profil
L'analyse des sondages montre, de manière récurrente, que le profil socio-démographique des répondants discrets n'est pas le même que celui des répondants qui expriment leurs intentions de vote.
On retrouve plus de répondants discrets parmi les femmes, les personnes âgées, les personnes faiblement scolarisées, celles ayant des bas revenus, en milieu rural plus qu'en milieu urbain, et parfois parmi les non-francophones. Or tous ces groupes ont en général tendance à appuyer plus fortement les partis politiques fédéralistes. Leur attribuer les mêmes opinions que ceux qui ont révélé les leurs est donc une erreur.
Pour prendre un exemple extrême, les non-francophones qui expriment une intention de vote ne sont que 10 % environ à déclarer qu'ils voteraient pour le Parti québécois: peut-on dès lors penser que parmi les non-francophones «discrets», le tiers environ voteraient pour le PQ comme l'ensemble des répondants qui ont exprimé une intention de vote claire? C'est pourtant l'hypothèse implicite que fait la pondération proportionnelle.
Lors du référendum de 1995, cette mésinterprétation des sondages fut flagrante: alors que de la mi-octobre jusqu'au jour du vote, tous les sondages mettaient le OUI en avance dans les intentions de vote exprimées (donc aussi dans une répartition proportionnelle des discrets), ce fut finalement le NON qui l'emporta.
Prime de l'urne
C'est le même phénomène, souvent appelé «prime de l'urne», qui fait que, dans toutes les consultations électorales depuis 1970 sauf une, le Parti libéral obtient davantage, le jour du vote, que ce que les derniers sondages précédant le vote lui attribuent par cette méthode de répartition proportionnelle. Une répartition plus réaliste des répondants discrets (les trois quarts au NON et un quart au OUI) annonçait au contraire une victoire serrée du NON, ce qui fut le cas.
La seule exception, sur cette longue période de plus de 30 ans, fut l'élection de 2003, alors que cette méthode de répartition proportionnelle a prévu très précisément le vote réel.
À la suite de cette élection, certains sondeurs ont rangé au placard leurs différentes méthodes de répartition des répondants discrets et sont revenus à la traditionnelle répartition au prorata. Nous estimons que cela est imprudent, car nous pensons qu'en 2003 la bonne concordance des sondages pondérés proportionnellement avec le vote réel ne fut qu'une coïncidence qui ne se reproduira pas forcément.
Le graphique ci-joint représente l'évolution depuis un an des intentions de vote pour le Parti libéral et l'évolution du pourcentage de répondants discrets dans les sondages. On constate que les deux courbes évoluent de façon symétrique: quand le pourcentage de discrets augmente d'un sondage à l'autre, les intentions de vote pour le Parti libéral diminuent, et inversement quand le pourcentage de discrets diminue, les intentions de vote pour le Parti libéral augmentent.
On remarquera en particulier que les deux sondages qui ont eu le moins de répondants discrets (8 % dans le Léger Marketing du 5 décembre 2006 et 7 % dans celui du 24 février 2007) sont aussi ceux dans lesquels le Parti libéral obtient son meilleur score (34 % de l'échantillon). Nous avons appelé en 1995 ce phénomène «l'effet miroir», car les deux courbes semblent le reflet l'une de l'autre dans un miroir. Ce phénomène illustre bien que les répondants discrets ont plutôt un profil «libéral», et qu'il faut donc en attribuer une plus forte proportion au Parti libéral dans la répartition des répondants discrets.
Bien entendu, cette proportion est inconnue, et ne pourra être estimée que le lendemain des élections. Mais en se basant sur l'expérience passée et en attribuant une forte majorité des répondants discrets au Parti libéral (entre la moitié et les deux tiers), on se rend compte que celui-ci est probablement en meilleure posture dans l'opinion publique qu'il n'y paraît.
Selon une estimation raisonnable, le Parti libéral se situerait pas loin de 40 % des intentions de vote (six points de moins que son vote de 2003, mais à peu de choses près le même niveau que le pourcentage de répondants qui se disent satisfaits du gouvernement libéral), le Parti québécois à environ 30 % (trois points de moins qu'en 2003), l'ADQ à environ 20 % (deux points de mieux qu'en 2003), les autres partis (Parti vert, Québec solidaire, etc.) se partageant les 10 % restants.
Avec une telle distribution des opinions, la réélection du gouvernement Charest est évidemment loin d'être exclue.
Pierre Drouilly : Professeur Département de sociologie, Université du Québec à Montréal


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