Anglicisation

Services en anglais seulement pour un enfant autiste… francophone

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Manque de ressources pour les enfants autistes francophones


Une famille francophone de Montréal a dû envoyer son enfant autiste dans le réseau scolaire anglophone, en dérogation à la loi 101, afin qu’il puisse continuer à profiter d’un suivi adéquat pour lui.


L’accompagnement dont Liam* a besoin n’est pas offert dans le réseau francophone, a reconnu la justice.


Aucune école francophone n’offre une méthode d’intervention assez intensive pour les besoins du garçon de 5 ans, a plaidé sa mère devant la justice, afin d’obtenir une exemption à la Charte de la langue française.


Le gouvernement du Québec s’y opposait, plaidant que la famille n’était pas anglophone et que les services offerts par le réseau francophone étaient adéquats.


 

Mais la juge administrative Marie Annick Gagnon n’était pas d’accord avec l’avocat de l’État.


« Considérant les services spécialisés et individualisés requis et documentés dont l’enfant a besoin dans la présente affaire, le Tribunal arrive à la conclusion que l’enseignement en anglais est une mesure requise pour favoriser son apprentissage, car la preuve prépondérante établit que de tels services ne sont disponibles que dans le réseau d’enseignement en anglais », a-t-elle écrit.


Situation « aberrante », dit le PQ


La Fédération québécoise de l’autisme aimerait que s’entame une réelle réflexion sur le manque d’offre en services de soutien aux enfants autistes dans le réseau scolaire francophone.




Tout ce qui concerne l’intervention individuelle ne s’offre pas vraiment dans les écoles de langue française. Ça s’offre seulement dans certaines écoles de langue anglaise.



Luc Chulak, directeur général de la Fédération québécoise de l’autisme



Il déplore que la famille de Liam ait dû faire face à un « processus très lourd » pour obtenir les soins dont il a besoin. « Ça pourrait sans doute faire l’objet d’une réflexion », dit-il.


Le Parti québécois (PQ) est autrement plus vindicatif.


« On est face à une situation qui est profondément choquante, je dirais même aberrante », a dit la députée Véronique Hivon en entrevue téléphonique. « De voir une famille qui est rendue à trouver cette voie-là pour avoir accès aux services qui sont requis par la situation… […] Le ministre de l’Éducation doit répondre rapidement et publiquement : comment il peut tolérer que des enfants québécois dans le réseau francophone n’aient pas accès à des services qui sont par ailleurs offerts dans le réseau anglophone. »


Joint en début de semaine dernière, le ministère de l’Éducation n’avait pas émis de commentaire sur la situation au moment de publier ce texte. L’identité de la famille concernée n’a pas été rendue publique.


Deux approches


Avant qu’ils n’atteignent l’âge d’entrer à l’école, tous les enfants autistes québécois peuvent profiter d’heures d’intervention comportementale intensive (ICI), une approche qui prône la supervision par un adulte pour chaque enfant.


Dans le cadre de l’ICI, le thérapeute « entraîne » l’enfant en lui faisant répéter de petites tâches et le récompense lorsqu’elles sont accomplies de façon satisfaisante. Le service est offert par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce programme, lancé il y a près de 20 ans, se termine toutefois lorsque l’enfant atteint l’âge de 6 ans.


C’est alors le réseau scolaire qui prend le relais. Dans la quasi-totalité des écoles, l’approche ICI et sa supervision personnalisée cèdent le pas à l’approche TEACCH, qui prévoit des enseignements simplifiés en plus grands groupes.


Luc Chulak, de la Fédération québécoise de l’autisme, souligne qu’une approche n’est pas nécessairement meilleure que l’autre dans l’absolu. Chacune répond à des besoins différents. Mais la méthode ICI est « évidemment plus dispendieuse », puisqu’elle est individuelle.


« Meilleure option »


Mais les parents de Liam, ainsi qu’une psychologue qui l’a évalué, estimaient qu’il devait continuer à être suivi selon l’approche ICI. « Cesser cette thérapie serait extrêmement préjudiciable au développement de cet enfant », a conclu la psychologue Marie-Christine Désy en évaluant le garçon, selon la lecture que le Tribunal administratif du Québec (TAQ) a faite de son rapport.


« La meilleure option pour cet enfant » était une école spécialisée offrant un enseignement inspiré de l’approche ICI. Comme il s’agissait d’une école anglophone, Liam avait besoin d’une dérogation pour la fréquenter. « Les écoles spécialisées du réseau francophone n’offrent pas la thérapie ICI » et « le réseau francophone n’offre pas la possibilité d’ajouter des thérapies privées pour pallier et/ou compléter leur offre de services », contrairement à cette école spécialisée.


Jointe au téléphone, Mme Désy n’a pas voulu commenter ce cas précis, mais a affirmé qu’il était rare de voir des familles francophones d’enfants autistes faire les démarches pour envoyer leur enfant dans le réseau anglophone.


La psychologue a souligné que certains enfants ont effectivement de la difficulté à faire la transition de l’approche ICI à l’approche TEACCH en commençant l’école.


« Ça dépend du niveau intellectuel de l’enfant. On va dire que l’ICI, c’est pour les enfants d’âge préscolaire, mais si on a un enfant qui a des habiletés de 4 ans, même s’il en a 6, peut-être que l’ICI pourrait encore l’aider », a-t-elle dit.


* Prénom fictif