Satanée mécanique

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Un piège dont il est possible de sortir

Qu’ils le veuillent ou non, les péquistes se sont eux-mêmes piégés dans la mécanique référendaire il y a 40 ans, quand ils ont écarté le scénario de l’élection référendaire. Tant que l’élection d’un gouvernement péquiste entraînait automatiquement l’indépendance, la question de la date ne se posait pas. Le problème est que cela s’est traduit par des récoltes faméliques de sept et six sièges aux élections de 1970 et 1973.

On ne peut certainement pas dire que ce virage stratégique a desservi le Québec. Si les délégués au congrès de 1974 n’avaient pas opté pour l’étapisme, il n’y aurait sans doute pas eu de loi 101, de zonage agricole, d’assurance automobile, de loi anti-briseurs de grève, de CPE, etc.

En choisissant la voie référendaire, le PQ s’est ouvert les portes du pouvoir, mais la contrepartie est l’obligation de jouer franc jeu avec les électeurs qui veulent simplement choisir un gouvernement et qui ont le droit de savoir quelle utilisation sera faite de leur vote. Il ne sert à rien de s’emporter contre les journalistes qui demandent des précisions, comme Pierre Karl Péladeau l’a encore fait en fin de semaine dernière au conseil national du PQ. Dire qu’un référendum dans un premier mandat « n’est pas exclu » n’est guère éclairant.

Si le PQ n’expose pas clairement son objectif, les partis d’opposition vont le faire à sa place, et il ne sera pas présenté sous le meilleur jour. Au printemps dernier, il a eu le pire des deux mondes : les fédéralistes étaient convaincus de la tenue d’un référendum dont ils ne voulaient pas, tandis que les souverainistes, qui en souhaitaient un, n’y croyaient pas.


Tous les candidats au leadership qui sont allés en pèlerinage en Écosse lors du référendum du 18 septembre 2014 n’en finissent plus de vanter les vertus du livre blanc intitulé Scotland’s Future. Your Guide to an Independent Scotland, qui a servi d’argumentaire au camp du Oui. Tout le monde au PQ réclame maintenant un guide semblable vers un Québec indépendant.

Depuis le budget de l’an I de Jacques Parizeau (1973), le PQ a une riche tradition de recherche documentaire visant à démontrer les avantages de la souveraineté, mais ces analyses ont généralement pris le chemin des tablettes aussitôt parues.

En mars 2002, le ministre des Affaires intergouvernementales de l’époque, Jean-Pierre Charbonneau, avait rendu publique une version actualisée de 79 études réalisées 12 ans plus tôt par la commission Bélanger-Campeau. Ces 3800 pages ont coûté 600 000 $ aux contribuables et M. Charbonneau n’en a pas lu une seule ligne. « Quelle était l’urgence de passer des nuits blanches à lire ça ? », avait-il lancé en conférence de presse. Si même le ministre responsable n’était pas intéressé…

Plus récemment, en novembre 2013, le conseil national du PQ a été saisi d’une étude réalisée par un ancien haut fonctionnaire du ministère des Finances, Marcel Leblanc, intitulée Le Québec en meilleure position économique et financière pour faire la souveraineté, à la demande du comité de travail sur la souveraineté créé par Pauline Marois.

Elle concluait que, à tous égards, la situation du Québec était plus propice à la souveraineté que lors du référendum de 1995, qu’il s’agisse de l’endettement, de la cote de crédit, du revenu disponible, du PIB par habitant, de la fécondité, etc. Comme dans le cas des études de M. Charbonneau, on n’en a plus jamais entendu parler. Conclusion : si la date du référendum n’est pas fixée, comme elle l’a été en Écosse, il faudra tout recommencer. Le projet devient en quelque sorte lié à la mécanique.


Avant de rédiger son guide, le PQ devrait réfléchir sérieusement aux raisons qui ont amené les jeunes à le déserter. Il arrive maintenant quatrième dans les intentions de vote des 18-25 ans, selon le dernier sondage Léger-Le Devoir. C’est dire.

Les médias ont surtout retenu la sortie de Pierre Céré contre « Citizen Péladeau », alors que les autres candidats préfèrent jouer à l’autruche, mais il a aussi invité le PQ à réfléchir aux effets négatifs qu’ont eus sur la jeune génération le « repli identitaire » amorcé en 2007, qui a culminé dans la charte des valeurs, de même que l’insensibilité du PQ au désir de renouveau démocratique exprimé au printemps 2012.

« Le PQ doit se renouveler et je ne pense pas que ça passe par l’Écosse », a lancé M. Céré, manifestement agacé par ce soudain engouement pour le modèle écossais, qui ne correspond pas nécessairement à la dynamique de la société québécoise.

Remarquez, à entendre Bernard Drainville, qui avait toujours misé sur le pétrole pour convaincre les Québécois qu’ils ont les moyens de leur indépendance, l’exemple de l’Écosse semble avoir ses limites. Il propose maintenant de faire d’un Québec souverain « la première économie sans pétrole en Amérique du Nord ». À quand le modèle suisse ?


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