Sacré Bernard !

Affaire Michaud 2000-2011



Perspectives: Ceux qui reprochaient à Bernard Landry d'avoir repris à son compte la stratégie des «conditions gagnantes» de Lucien Bouchard avaient tort. En matière de souveraineté, il semble maintenant s'inspirer de Robert Bourassa, qui la présentait comme une «police d'assurance».
À l'ouverture du conseil national du PQ, samedi, M. Landry avait fait froncer quelques sourcils, en déclarant qu'aux prochaines élections, son parti allait offrir aux Québécois «la possibilité de garder toutes leurs options ouvertes». Comme s'il pouvait y en avoir une autre que la souveraineté !
Hier, en conférence de presse, le premier ministre s'est emporté contre un journaliste du Globe and Mail, intrigué par cette nouvelle façon de présenter les choses, qu'il soupçonnait de mettre en doute sa ferveur souverainiste. Cela signifie simplement qu'un électeur fédéraliste pourrait très bien voter pour le PQ aux prochaines élections, quitte à voter non au prochain référendum, a-t-il expliqué. Autrement dit, la souveraineté va prendre une «place grandiose» dans sa campagne, mais un vote pour le PQ ne sera pas un vote pour la souveraineté. Ce sera plutôt un vote pour un parti qui ne l'exclut pas.
Encore un peu et il va accuser les libéraux et l'ADQ de vouloir priver les fédéralistes d'une nouvelle occasion de voter NON ! Sacré Bernard !
On comprend M. Landry d'avoir refusé de se laisser entraîner par les «purs et durs», qui voulaient lui arracher l'engagement de tenir un référendum coûte que coûte durant un prochain mandat, mais il a sauté par-dessus le cheval.
En revanche, s'il s'agit de jouer la carte du «bon gouvernement», le thème de la conciliation entre le travail et la famille est très bien trouvé. Grâce aux focus groups, qui permettent de mieux cerner les priorités des électeurs, les stratèges péquistes ont déterminé que le temps était la denrée la plus désirable. Le PQ va donc leur en promettre.
Bien sûr, on vise la clientèle des jeunes familles de classe moyenne, qui est attirée par l'ADQ. Une mesure comme la semaine de quatre jours apparaît nettement plus moderne que les «bons de garde» de l'ADQ, qui semblent plutôt valoriser la femme au foyer.
Les péquistes savaient très bien qu'ils devaient trouver un autre thème que la santé. À ce chapitre, leur bilan des huit dernières années sera toujours un boulet. En misant tout là-dessus, les libéraux du PLQ pourraient toutefois avoir une désagréable surprise. Tout le monde sait déjà que ce sera obligatoirement la grande priorité de n'importe quel gouvernement. La population a entendu suffisamment de discours sur le débordement des urgences et la longueur des listes d'attente. La conciliation famille-travail a au moins quelque chose de rafraîchissant.
La fin de semaine aura aussi été l'occasion de panser des plaies encore douloureuses. Il aura cependant fallu que M. Landry joue de toute son autorité pour que ses députés acceptent, sinon de faire un geste pour en finir avec l'affaire Michaud, du moins de ne pas s'opposer à ce que lui le fasse.
Quelques paragraphes dans un discours et une résolution adoptée par le conseil national n'ont pas la portée symbolique d'une déclaration à l'Assemblée nationale, mais c'est le mieux que le premier ministre pouvait faire pour son vieil ami et M. Michaud était maintenant résigné à se contenter de presque rien. Du début à la fin, cette affaire aura été parfaitement minable.
La nomination de Jacques Brassard au Conseil de la souveraineté aura également fait oublier aux militants que M. Landry a refusé d'y investir un seul sou provenant des fonds publics, et qu'en dépit des nombreuses personnalités et vedettes dont on a lancé les noms, il demeure à ce jour une coquille vide.
Rien n'aurait cependant pu assombrir la bonne humeur des délégués. M. Landry a raison de dire que le PQ s'est «rapaillé» depuis l'automne dernier. Quand on s'est cru mort, on peut même avoir tendance à voir la vie en rose.
S'il est vrai que les derniers sondages laissent entrevoir la possibilité d'une réélection qui paraissait totalement exclue, il y a deux mois, le PQ n'est pas encore prêt à entrer en campagne. Pauline Marois a beau multiplier les appels du pied, elle n'a encore réussi à recruter aucune candidature de taille à faire pendant aux brillantes recrues de Mario Dumont. Plusieurs circonscriptions trouvent également irréalistes les objectifs de financement qu'on leur a fixés. Dans l'état actuel des choses, un déclenchement des élections avant Pâques apparaît nettement prématuré.
mdavid@ledevoir.com


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