Rire du monde

Écoles privées juives


C'est parce que l'Église - la nôtre, la catholique - en menait trop large qu'est apparu le concept de la laïcité au début du siècle dernier. Aujourd'hui, ce sont surtout les églises des nouveaux arrivants qui en mènent large. D'où la pertinence renouvelée de la laïcité.
Ce qui est laïque dans un état démocratique, c'est surtout l'école, puis les tribunaux, l'armée, l'appareil de l'État. Mais surtout l'école. La communauté elle-même n'a pas à être laïque, elle s'éclate dans mille églises, mille pratiques, qui s'expriment dans une liberté religieuse absolue, dont la liberté d'administrer ses propres écoles, aux frais bien entendu des parents qui font ce choix religieux.
Mais on s'entend sur un truc, au-delà de cette liberté, dans une société d'immigrants comme la nôtre, non seulement la laïcité est un rempart contre les mollahs, les rabbins, les curés et autres ensoutanés, mais c'est dans son alchimie même que l'immigrant forge son identité et finit par faire partie de ce tout qu'on appelle un pays.
Voilà pourquoi la décision du gouvernement Charest de verser 36 millions par année aux 15 écoles privées juives de la province - 5000$ par élève - est un scandale et une capitulation, une de plus.
Première réaction ? Les musulmans évidemment. Sont contents. Ils pensent qu'ils vont en profiter aussi. Pas si vite, prévient le ministre de l'Éducation. Cette entente n'a pas été faite sur une base religieuse, mais culturelle!
C'est vraiment nous prendre pour des imbéciles. On a une institution qui s'appelle l'école publique, où les petits juifs pourraient fréquenter des petits chrétiens, des petits musulmans, des petits sikhs et même d'adorables petits athées. Cette école publique laïque (ou presque) est le creuset idéal, j'insiste, du vouloir-vivre ensemble d'une nation. Eh! bien, cette école publique laïque (ou presque), un certain nombre de petits juifs ont choisi de ne pas la fréquenter.
Très bien. Parfait. Ils se sont ouvert des écoles privées pour eux tout seuls. Quinze écoles privées pour juifs seulement.
Très bien. Parfait. Écoles subventionnées à 60 % par l'État. Toutes les écoles privées du Québec sont subventionnées à 60 %. Je ne suis pas d'accord avec ça, mais c'est un autre dossier. La communauté juive non plus n'est pas d'accord. Mais à l'envers de moi, elle trouve que 60%, ce n'est pas assez. Elle veut des écoles privées financées comme des écoles publiques, à 100 %. Pourtant pas les derniers à putasser, les péquistes avaient refusé. L'actuel gouvernement vient de céder alors qu'on est dans un mouvement de déconfessionnalisation des écoles. Ou l'ai-je rêvé ?
Cette entente n'est pas religieuse, mais culturelle, explique de nouveau le ministre. Cet argent va financer des échanges interculturels, des sorties communes !!!
Expliquez-moi, M. le ministre, n'est-ce pas ce que fait votre école publique à longueur de jour ? De l'interculturel et des sorties communes ? Les petits juifs ont décidé de ne pas la fréquenter, c'est leur droit, je le répète. Les musulmans, les Grecs font la même chose. Mais expliquez-moi : voilà maintenant que vous allez payer l'autobus et bien d'autres choses aux enfants des écoles privées pour qu'ils aillent se frotter aux enfants des écoles publiques où ils n'ont pas voulu aller!
Vous niaisez qui, au juste, ici ?
Plus désolante encore, la justification de ce cadeau injustifiable par le rappel de l'incendie de la bibliothèque de l'école Tamuld-Torah unis, au printemps dernier.
Un crime raciste, c'est vrai. Mais bon Dieu, cela reste un incendie dans la bibliothèque d'une école primaire. Pas une bombe dans un autobus. On a pourtant vu défiler sur les lieux le premier ministre du Canada, celui du Québec, le maire de Montréal... Ne manquait que Kofi Annan. Et pour commenter ce fait divers, ils ont tous emprunté au vocabulaire des génocides, ignoble, odieux ont-ils osé dire, tandis que leurs hôtes [évoquaient bien entendu l'évidente montée de l'antisémitisme dans la société québécoise->576].
Or, le coupable a été trouvé. Et. condamné. Un jeune homme d'origine arabe, comme on pouvait le supposer. Il a agi seul. Je ne dis pas que ce n'est pas grave. Je dis que cela n'a absolument rien à voir avec une montée de l'antisémitisme au Québec.
C'est pourtant ce geste isolé qui a inspiré le gouvernement québécois pour allonger 36 millions aux écoles juives. Le ministre de l'Éducation nous a dit combien cet incendie l'avait traumatisé. Et M. Charest donc! On connaît sa grande sensibilité aux catastrophes. Alors voilà, 36 millions pour ce geste isolé d'un jeune arabe excité. T'imagines si on était tombé sur un réseau de terroristes ? Pour le coup on aurait financé à 100 % les universités de Tel-Aviv.
Mais je n'ai pas le coeur à l'ironie. L'instrumentalisation que l'on fait aujourd'hui de ce fait divers est une insulte à notre intelligence. Et ce n'est pas le pire. Le pire, c'est qu'on nous dit que tout cela est dans le but de rapprocher les deux communautés. Ce n'est pas vrai, bien sûr. Du vent pour cacher que, électoralement parlant, ce gouvernement n'a rien à refuser à cette communauté. Mais faisons semblant de croire que c'est bien pour favoriser un rapprochement.
Ah oui ? Vous avez lu les éditoriaux, monsieur le ministre ? Celui du Devoir, par exemple. Vous avez écouté les lignes ouvertes? Même les lecteurs de nouvelles ne pouvaient retenir leur agacement.
C'est ça, le pire : ces 36 millions pour nous rapprocher nous ont déjà séparés un peu plus.


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