Quel gâchis du PQ !

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile

En refusant de modifier son mode d’accession à l’indépendance, en ignorant la population qui ne veut pas affronter un adversaire tricheur dans un référendum suicide, le Parti québécois a terni le projet indépendantiste.
L'état-major du PQ devait procéder à l’adoption d’un autre cadre stratégique, dès les années qui ont suivi l’échec de 1995. À ce moment cet exercice légitime devait prendre forme, aussitôt qu’il est devenu évident que le gouvernement canadien s’est livré à des gestes frauduleux qui ont volé le résultat souverainiste.
Le scrutin de 1998, en pleine tourmente financière causée par les diminutions des paiements de transfert d’Ottawa, devait donc d’être la première élection proposant aux Québécois la possibilité de choisir, à la majorité absolue des votes, la souveraineté du Québec. Il fallait les laisser décider le type de mandat qu’ils donneraient au PQ. La formation souverainiste aurait ainsi rapidement répliqué à ses adversaires qui incarnent le statu quo.
L’adoption de la voie élective pour réaliser l’indépendance politique n’a rien de révolutionnaire : les souverainistes en avaient fait leur stratégie dans les années 1960, tactique qui s’est retrouvée dans le Parti québécois lors de sa fondation en 1968. Personne ne s’est alors offusqué de cette démarche démocratique, même s’il n’était pas question à ce moment de la nécessité d’obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés.
L’incapacité du Parti québécois de s’emparer du pouvoir à Québec et de prouver qu’il peut s’occuper des affaires de l'état, a forcé les péquistes à modifier leur cadre stratégique. L'étapisme référendaire est apparu alors comme le meilleur outil pour éliminer cet obstacle. L’idée fut excellente. Même qu’en 1995, ce fut mission accomplie… avant qu'Ottawa en décide autrement.
Depuis ce choc collectif, la population québécoise rejette avec raison la proposition d’affronter une autre fois l'état canadien par référendum. Ils l’ont manifesté dans presque tous les sondages depuis plus de dix ans. Malgré l’obsession référendaire du Parti québécois, l’appui au projet indépendantiste s’est miraculeusement maintenu autour de 45%, avec des pointes à plus de 50%. Ce prodige néanmoins s’essouffle.
Entendre André Boisclair proclamer qu’il teindra un référendum, même s’il forme un gouvernement minoritaire, est surréaliste. Le voir tordre le bras à son adversaire Mario Dumont pour qu’il se joigne à lui pour en organiser un, nuit à sa cause. Quelle mauvaise stratégie à la veille du scrutin! On ne peut trouver mieux comme image pour illustrer l’action «d’enfoncer dans la gorge » l’ultime référendum dont les Québécois ne veulent pas… Le chef de l'action démocratique a pourtant été formel lors du débat des chefs: il s’opposera à la tenue d’une consultation populaire si un gouvernement péquiste minoritaire tente d’aller de l’avant. Le leader adéquiste fut donc forcé de le réitérer haut et fort, ajoutant ainsi à la « folie référendiste » de son adversaire péquiste.
Le dirigeant souverainiste doit chercher ailleurs pour trouver des alliés. Il doit surtout, lorsqu’il les rencontrera, proposer autre chose qu’une démarche référendaire. Lorsqu’André Boisclair se présentera par la suite devant l’électorat québécois avec ses partenaires pour offrir la souveraineté, il rapatriera alors un grand nombre d’indépendantistes qui boudent présentement à l'ADQ. Forcé de choisir son camp, Mario Dumont devra dire clairement s’il compte persévérer dans sa lubie autonomiste à la sauce fédéraliste.
Les adversaires de l’élection décisionnelle ont souvent fait valoir que le PQ se condamnerait à « l’opposition éternelle », s’il devait la privilégier. À regarder l’appui qu’il recueille présentement dans ce scrutin, avouons qu’il est difficile de faire pire. En proposant néanmoins de signer un pacte avec les gens de Québec solidaire et, avec un peu de chance, ceux du Parti vert, les péquistes et l’ensemble des souverainistes pourront enfin espérer autre chose à l’élection qui suivra le scrutin du 26 mars.
André Boisclair évoque le dépôt prochain du rapport d’enquête du juge Grenier sur les agissements frauduleux de l’organisme occulte « Option Canada », durant la campagne référendaire de 1995. Cet événement se tiendra peu de temps après le vote du 26 mars. Les révélations que fera le magistrat éclabousseront le camp fédéraliste : cela ne peut survenir à un meilleur moment. Le leader péquiste veut visiblement s’en servir comme tremplin souverainiste vers une démarche référendaire. Les indépendantistes doivent lui faire savoir que l’idée est bonne mais qu’il se trompe de cible : le PQ doit plutôt entreprendre des pourparlers avec les progressistes des autres partis, fort des informations obtenus par l’investigation.
Au sortir d’un scrutin qui aura fragilisé les troupes souverainistes, l’annulation de l'étapisme référendaire, à la grande joie d’une population qui ne sait plus comment le dire à ses porte-paroles, peut freiner une dangereuse tendance négative. Au plus bas dans les intentions de vote depuis 1973, le Parti québécois retrouvera de la vigueur qu’il insufflera à ses partenaires indépendantistes et dynamisera la population québécoise.
Le PQ doit agir vite : son inertie des dernières années a provoqué la pitoyable montée de l'action démocratique. L’appui à la souveraineté, selon le dernier sondage CROP, n’est plus que de 41%, contaminé par le refus référendaire. Du jamais vu depuis 1995. Le Parti québécois est responsable de cette déconfiture. Le lancement de sa « saison des idées » en 2004 n’a pas eu lieu puisque la formation souverainiste est demeurée étapiste. L’évolution de la présente élection en témoigne. On ne peut taire cette réalité.
C’est pour cette raison que le Parti québécois ne doit pas prendre le pouvoir : cela aura comme effet de convaincre les apparatchiks que tout va pour le mieux et qu’ils maintiendront le cap… même si leur parti devait enlever la victoire avec environ 30% du vote, aidé par de multiples gains à l’arrachée qui nécessiteront des recomptages judiciaires. L’arrivée d’un gouvernement de coalition PLQ-ADQ est cependant le scénario le plus plausible. Voilà ironiquement ce qui tirera d’embarras les troupes souverainistes.
Patrice Boileau


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4 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    26 mars 2007

    Votre analyse ne tient pas la route. La voie de l'élection référendaire est tout bonnement anti-démocratique tout comme le serait la ratification de la constitution canadienne par une loi de l'Assemblée Nationale sans une décision majoritaire du peuple québécois au moyen d'un référendum. Ceci n'est pas qu'une simple hypothèse. Rappelez-vous que Robert Bourassa ne voulait pas que les accords de Charlestown soient soumis au processus référendaire. Les indépendentistes n'auraient pas manquer de dénoncer le caractère anti-démocratique d'une pareille ratification.
    La voie référendaire est incontounable parce qu'il n'y a tout simplement pas une option fédéraliste ou souverainiste ou autre susceptible de faire un consensus et que la majorité devra bien prévaloir un jour ou l'autre car tous s'entendent sur un point: c'est au peuple québécois de décider.
    Quant à la loi fédérale sur la clarté, les souverainistes devraient cesser de s'y objecter en s'appuyant strictement sur une question de principe et devraient prendre acte que les fédéralistes ont marqué un point dans l'opinion publique. Les Québécois veulent prendre leur décision concernant l'avenir politique du Québec avec une question claire et une réponse claire. Comme le disait Robert Bourassa, on ne défait pas un pays avec quelques milliers de vote. Les souverainistes eux-mêmes appréhendaient,en 1995, la gestion d'une telle victoire.
    C'est au parti québécois de fixer la barre en tenant compte de cette réalité et de le faire rapidement pendant que les fédéralistes se révèlent toujours incapables de le faire eux-mêmes pour des raisons évidentes.
    Et il m'apparait que si le pays se réalise un jour, la majorité du oui sera vraiment claire. Par ailleurs, je trouve que les souverainistes se laissent trop impressionnés par les astuces fédéralistes. Il en va ainsi pour l'interprétation faite à la question de sondage sur l'opportunité de tenir un référendum. Pour les fédéralistes, le fait que 65 % des Québécois ne veulent pas un référendum constitue la démonstration que la souveraineté est dans un cul de sac. Alors que l'interprétation correcte de cette donnée indique le degré de l'impopularité de ce processus décisionnel d'exception en toute circonstance. Les Québécois désirent que la décision sur l'avenir du Québec soit prise de façon consensuelle mais nous savons tous que c'est impossible à envisager même dans un avenir éloigné. Le cul de sac, ce sont les attentes des Québécois à cet égard que les souverainistes contribuent eux-mêmes à encourager en niant le caractère divisif de cette démarche comme si une décision partagée est honteuse. Or l'Histoire est truffée de telles décisions démocratiques qui ont changé la face du monde.
    Gilles Laterrière

  • Jean Pierre Bouchard Répondre

    25 mars 2007

    Un gouvernement minoritaire péquiste ne tiendra pas de référendum. Un tel gouvernement obligé dans son exercice de négocier avec les autres partis moins que jamais à travers cette expérience s'imaginera que le PQ et l'indépendance cela fait un. Si dans l'hypothèse ce gouvernement minoritaire n'en n'est un que d'opportunisme électoral sans qu'il propose une vision souverainiste à expliquer, il creusera alors la tombe du Parti Québécois qui comme on le sait est menacé demain et après demain par sa (QS) gauche au centre (PV) et à sa (ADQ) droite.
    Un tel gouvernement péquiste devra considérer cette fois ci une réforme électorale qui injecte une dose de proportionnelle autour de 15%-20% afin de commencer à négocier et trouver un premier allié dans QS. C'est que l'avenir même du Parti Québécois et de ses principaux responsables le demandera.
    Il semble aussi plus largement que la situation n'est pas si simple. Les quelques nouvelles figures que l'on retrouve au PQ comme P.Curzi, G.Lachapelle même si non élu et surtout B.Drainville ne permettent pas de réduire le PQ au néant et de déduire qu'il est sans perspective de renouvellement. Et que ce parti sera incapable de réformer le mode d'accession à la souveraineté.
    La position de M.Boileau incite à l'abstention ou de voter pour ADQ-QS. Position panique ou thérapeutique? Cette micro position pour l'élection référendaire la veille de l'élection pas après ne s'ajoute t'elle pas à notre division politique aggravée entre régions et Montréal, division entre baby boomers et génération x; fruits pourris de Mario Dumont, puis à la division entre hommes et femmes, gauche et droite dont Françoise David tire parti en oubliant presque la souveraineté?
    Poser la question c'est y répondre.
    Somme nous un peuple ou une série de tribus gauloises tout justes bonnes à se chamailler inconscients de l'ennemi romain qui s'approche!

  • Archives de Vigile Répondre

    25 mars 2007

    C'est désolant de vous voir utiliser votre tribune pour poignarder dans le dos à quelques heures de l'élection. En vous lisant, j'envie la solidarité des fédéralistes. Voilà un groupe qui sait fermer sa gueule pour l'intérêt supérieur de la cause qu'ils défendent.
    Petit message au politicologue de salon de matane: Votre plus grand rêve est t'il toujours de franchir les portes du salon bleu? Quand les bourassiens reprendront le contrôle du PLQ, vous pourrez toujours vous présenter à nouveau sous la banière libérale.

  • Archives de Vigile Répondre

    25 mars 2007

    Vous dites ce que je répète «ad nauseam».
    Le PQ a été détruit par ceux-là mêmes qui le dirigent présentement. A force d'être mou, caméléon, le parti en est arrivé à être liquide. Et ce liquide, présentement, glisse entre les mains.
    Lors de la course à la direction du PQ., j'avais écris un long article intitulé «ALERTE ROUGE». Je viens de le relire. Je ne changerais rien à mes propos.
    Ce n'est pas le peuple qui est mou, sans colonne vertrébrale. Ce sont nos «faiseux d'élections», ceux qui ne pensent que «pouvoir». Le pouvoir, non seulement, ne peut et ne doit pas se retrouver entre les mains de l'incompétent Boisclair, mais être confié à quelqu'un qui ne joue pas sur deux tableaux et qui s'affirme pour ce qu'il est.
    Ce matin, Boisclair tend la main aux autonomistes après en avoir bien ri. Dumont ri de lui et s'en moque comme d'un enfant sur sa chaise haute. Ça fait une belle jambe aux indépendantistes qui ont espéré l'inespérable. Merci, maître Boisclair, de nous avoir conduit dans ce cul-de-sac. Bon retour à Toronto!
    Nestor Turcotte - Matane