Jean Charest à l'agonie

Vigile


En décidant de promettre de baisser les impôts des Québécois de 700 millions de dollars s’il est élu le 26 mars prochain, Jean Charest a vraisemblablement posé son dernier geste à titre de chef du Parti libéral du Québec.
Cette décision a soulevé l’ire de nombreux ministres canadiens qui occupent présentement des postes importants au sein de plusieurs gouvernements provinciaux. Consacrer les millions supplémentaires octroyés par le gouvernement fédéral afin d’alléger le fardeau fiscal des contribuables québécois les a en effet indignés.
Le premier ministre du Québec avait pourtant dit à ses homologues provinciaux que la bataille qu’il menait pour régler le déséquilibre fiscal visait à rapatrier d’Ottawa des sommes vouées à financer adéquatement les services dispensées par les provinces. Le Conseil de la fédération a d’ailleurs été mis sur pied en 2003 par Jean Charest après les avoir convaincus de la justesse de son combat. Sa volte-face de mercredi dernier relève de la trahison.
Stephen Harper sort également affaibli de l’entourloupette électorale de celui qui brigue un second mandat à la tête du Québec. Son geste devient soudainement suspect aux yeux du Canada anglais. Le premier ministre fédéral a-t-il remis de l’argent au Québec par électoralisme? Poser la question, c'est y répondre. Le chef conservateur veut rapidement retourner devant l’électorat canadien dans l’espoir de recueillir cette fois une majorité de sièges. Or, c’est au Québec ainsi qu’en Ontario qu’il peut atteindre cet objectif et non dans les maritimes qui comptent une poignée de circonscriptions. Que Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse boudent à cause du nouveau mécanisme fédéral qui évalue la péréquation le laisse de marbre. L’ennui, c’est que les 2,3 milliards de dollars que le chef de l’État canadien vient de consentir à Québec mécontentent également la population de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique…
Cette astuce électoraliste semble avoir été cogitée depuis un bout de temps par les principaux instigateurs. Des panneaux publicitaires soulignant les prouesses de Jean Charest dans le « règlement » du déséquilibre fiscal ont en effet été fabriqués avant que le chèque ne lui parvienne. Michael Fortier, ministre non-élu du gouvernement de Stephen Harper, ne s’est même pas caché pour prévenir Jean Charest que « tout se passerait très bien », la veille du dépôt du budget aux Communes…
Stephen Harper devrait néanmoins s’en tirer puisque ses adversaires politiques à Ottawa sont présentement très vulnérables : les jours de Stéphane Dion à titre de chef du PLC sont déjà comptés tandis que Jack Layton du NPD voit ses appuis s’en aller au Parti vert. Le Bloc québécois pour sa part souffre de la performance mitigée de son parti frère à l’élection québécoise.
Il en va tout autrement de l’avenir de Jean Charest à la tête de son parti. Consacrer 700 millions de dollars des transferts fiscaux qu’Ottawa vient de lui remettre à des baisses d’impôt brise l’accord unanime qui liait les partis politiques oeuvrant à l’Assemblée nationale. Péquistes et adéquistes dénonçaient, en effet, avec les libéraux, les surplus qu’engrange depuis près de dix ans le gouvernement fédéral. Le Québec, pendant ce temps, accumule les déficits budgétaires qui gonflent sa dette parce qu’il doit maintenir la qualité des services offerts à la population. Celle-ci a grimpé de 11 milliards de dollars durant le mandat libéral. Le PLQ laisse en plus derrière lui un déficit budgétaire que le Vérificateur général du Québec estime à 5.3 milliards de dollars…
L’action désespérée du leader libéral permet également aux Québécois de découvrir qu’ils ne reçoivent pas finalement 2.3 milliards de plus cette année du gouvernement fédéral. Ils obtiennent au contraire 700 millions « d’argent neuf », exactement la somme que Jean Charest a décidé de leur dédier en baisses d’impôt. Le reste, soit 1.4 milliard de dollars, représente des sommes approuvées l’année dernière, montants qui sont déjà comptabilisés dans le budget libéral de février dernier. La population québécoise est donc bernée par ceux qui proclament qu’Ottawa a réglé le déséquilibre fiscal le 19 mars dernier. Il s’agit en réalité d’une simple entente financière qu’elle peinera assurément à renégocier, maintenant que la bourde de Jean Charest a court-circuité des années de durs combats.
Les Québécois sont surtout humiliés par la décision électoraliste de Jean Charest. Ils ont été éclaboussés par son geste car le Canada anglais les perçoit comme des mendiants qui viennent de les soulager de sommes qui devaient servir à autre chose. La vérité est que la population québécoise est sage : elle a rapidement compris, avant le dirigeant du Parti libéral, que leur État n’a pas de marge de manœuvre financière. Leurs contributions fiscales doivent prioritairement financer les services étatiques.
Les libéraux seront les premiers à ne pas obtenir une seconde majorité de sièges au Québec depuis 1970. Leur chef a toujours suscité la méfiance des Québécois depuis son arrivée d’Ottawa en 1998. Après l’avoir vu sciemment remettre en question l’intégrité du territoire québécois durant la campagne électorale, force est d’admettre que ce soupçon était justifié. Vouloir maintenant détourner effrontément des fonds publics pour mousser sa réélection, à quelques jours du scrutin, le rend vulgaire. Le PLQ devra assurément se dénicher un nouveau dirigeant le 27 mars prochain, s’il veut de nouveau endormir quelques Québécois à l’extérieur du West-Island.
Patrice Boileau


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1 commentaire

  • Archives de Vigile Répondre

    23 mars 2007

    Si on mettait bout à bout toutes les idées totalement inconséquentes mises de l’avant par le premier ministre Charest durant le dernier mandat et si de plus on y inclut les «dérapages» durant la présente campagne électorale, égarements qui avaient pour unique but d’éveiller la peur, on s’apercevrait assez rapidement que cet homme est totalement dénué de jugement le plus élémentaire. À renvoyer au niveau d’un tiers Parti, au niveau du ver et du solitaire ou mieux encore: un aller simple pour Ottawa.