Québec sabre le budget des études québécoises

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Le régime libéral veut détruire le rayonnement international du Québec pour en faire une province comme les autres


Un réseau informel de diplomatie québécoise est de nouveau menacé. Après avoir tenté de lui couper entièrement les vivres il y a trois ans, le gouvernement Couillard a décidé de réduire de 40 % la subvention allouée à l’Association internationale des études québécoises (AIEQ), tout en l’exhortant à diversifier ses sources de revenus, a appris Le Devoir dans une lettre qu’il a obtenue.



En constante diminution au fil des dernières années, la subvention de 135 000 $ du ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) sera diminuée de 52 000 $ ce printemps, pour inciter cette organisation sans but lucratif (OSBL) qui vient de célébrer ses 20 ans à rechercher du financement ailleurs, notamment auprès de mécènes. Dans une lettre ouverte, les membres du conseil d’administration dénoncent cette perte de ressources qui les obligera à mettre fin aux programmes de soutien à la recherche ainsi qu’à une dizaine de bourses.



« On a l’impression d’être dans un film mais un film qui tourne au ralenti, car on nous coupe lentement, de manière indirecte », a dit au Devoir Martin Pâquet, professeur au Département des sciences historiques de l’Université Laval et vice-président aux affaires administratives et financières de l’AIEQ. « On nous fait mourir à petit feu. En réduisant nos ressources, nous ne pouvons pas remplir pleinement notre mission. »



Il explique que l’AIEQ soutient dans plusieurs universités à travers le monde toute une communauté de chercheurs et de spécialistes des études québécoises, des « québécistes » comme il les appelle. « On montre la vitalité scientifique et on contribue à la recherche sur le Québec à l’international et à la formation de la relève. »



Il ajoute qu’en 20 ans, l’AIEQ a organisé 800 événements scientifiques, soutenu 3000 « québécistes », formé 1000 enseignants sur la culture québécoise et octroyé 100 bourses de recherche. Grâce à une subvention du Conseil des arts et des lettres du Québec, l’organisme a également aidé au rayonnement de cinéastes et d’écrivains québécois à l’étranger, comme Dany Laferrière et Kim Thuy, en finançant plus de 300 tournées de littérature québécoise dans de nombreux pays. En 2017, année de son 20e anniversaire, l’AIEQ a collaboré à plus de 70 événements aux quatre coins du globe.



4,3 cents par habitant



Le conseil d’administration de l’AIEQ est perplexe. Pourquoi le gouvernement veut-il lui retirer son soutien ? « Je ne comprends pas », répète M. Pâquet. Il déplore cette « pensée comptable à courte vue ». « [Le gouvernement] ne pense pas au retour sur l’investissement à moyen et long terme, mais au retour dans l’immédiat. Sauf que quand vous êtes responsable de l’État, vous devez penser à long terme. »



Il rappelle que l’AIEQ ne représente qu’un investissement de 4,3 ¢ par habitant, soit un « coût infinitésimal en regard des bénéfices ». « Le ministère ne peut faire mieux au même prix ; il lui manquera toujours la masse critique des bénévoles et le soutien de leurs organismes. Le ministère et le gouvernement peuvent-ils se payer le luxe de ces économies ? » écrivent les membres de l’AIEQ dans leur lettre.



Sans dire que le gouvernement actuel n’est pas favorable à la promotion du Québec à l’étranger, M. Pâquet constate que certaines personnes sont moins sensibles à cet enjeu que d’autres. « Peu importe l’allégeance politique, il y aura toujours des personnes pour être plus ou moins sensibles à la mission de l’AIEQ », a-t-il dit.



 Pour que la société civile puisse fonctionner, il faut que l’État intervienne et justement, vous avez un organisme qui joue le rôle de représentant de l’État, sur une base bénévole […], et on le laisse tomber.


— Le professeur Martin Pâquet





D’autres coupes



Ce n’est pas la première fois que l’AIEQ subit des compressions. En décembre 2014, Le Devoir avait révélé que le Conseil du trésor souhaitait mettre fin à la subvention qu’elle lui versait, de même qu’au salaire du fonctionnaire du ministère des Relations internationales et de la Francophonie qui est « prêté » à l’organisme. L’AIEQ avait dû suspendre ses activités pendant quelques mois, mais la ministre Christine St-Pierre avait finalement avisé l’AIEQ que le Conseil du trésor allait maintenir son appui financier. Toutefois, ce montant, qui était de 230 000 $ il y a trois ans, a été réduit au fil des ans et est maintenant d’environ 135 000 $.



Au cabinet de la ministre St-Pierre, on se défend d’avoir voulu éliminer la subvention de l’AIEQ, encore moins entraîner sa fermeture. En essence, le MRIF semble rejeter la faute sur l’organisme lui-même en laissant entendre qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour s’autofinancer, chose qu’on lui demande depuis sa création, il y a 20 ans. L’AIEQ doit également réduire ses dépenses de fonctionnement qui sont trop élevées par rapport aux dépenses de programme, a écrit dans un courriel le cabinet de la ministre St-Pierre.


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