Que meure le Bloc!

F85453d6bf1e0c2f29dde6eed367c1f6

Mort du Bloc, fin du PQ ? Rien n'est moins sûr...


Le Bloc, une nouvelle version de l’Arche de Noé. Et le dernier sondage Léger confirme ce que pense le citoyen lambda entre deux rapports d'impôt: le déluge est certain et le pays finira en eau de boudin.


Mais, toujours perspicace, sa majesté Martine Ouellet relit les tables de la Loi du club optimiste...


Cheftaine des Adventistes du Septième Jour de la Résurrection, elle lance un dernier appel au drapeau: «J’en appelle au rassemblement de tous les indépendantistes»...


Un dernier appel, du moins espérons-le. Elle ne fait plus rire, cette farce. Une farce historique qui rime parfaitement avec république, un modèle présidentiel qu’on n’a jamais expliqué... Il déplaisait naguère aux curés et aux élites, et ça n'a apparemment pas changé...


Peu importe désormais. Tout le monde en a marre. Marre des druides et des ramancheurs. Allez ouste les beaux parleurs! Les clans tribaux, toujours en cliques, en claques et en colère.


On ne veut plus les entendre, les voir se déchirer, se taper dessus avec les membres arrachés aux uns et aux autres...


On sait que le Bloc se meurt. Mais on ne tient pas au spectacle de son agonie qui ne réjouira que des amnésiques. Et une fois mort, on le sait, il emportera un pan de l’histoire du Québec.


Ce sera la fin d’une époque, d’une idée, de la simili rébellion parlementaire. C’en sera fini de se jouer du gouvernement canadien, trois jours par semaine.


Le gambit souverainiste, cette enfilade de pions et de chevaliers, cette parade d’outragés professionnels, étirée sur un quart de siècle, elle ne nous aura menés nulle part, sinon à l'impasse.


Ce n’est plus la peine d’insister : foutez-nous la paix à la fin, votre incompétence donne la nausée.


Et surtout, il est bien tard pour parler du pays réel après tant d’années de suffisance dans le pays abstrait, l'État national-syndicaliste qui fut une très bonne affaire pour Ottawa. Un joyeux piège à cons que le nationalisme québécois.


Mais une société qui permet les faux diplômes et la grève du 911 ne peut avoir peur du ridicule ou du jugement de l’Histoire...


Le Bloc achève dans le déshonneur. Le ressac risque aussi d’emporter le PQ, d’affaiblir fatalement le «parti frère», discret ces temps-ci malgré l'intime parenté...


Tout cela était prévisible. C’était écrit sur les murs, derrière les fleurs de lysée. Les souverainistes n’ont plus le sens de l’histoire depuis un certain temps. Ils l’ont perdu, si tant est qu’il l’ait eu brièvement, un peu par chance, en surfant sur des circonstances dramatiques qu’ils ne reverront plus : Meech, Charlottetown, etc.


Désorganisés, chicaniers, bornés. Ils volent à vue depuis des décennies, en tapant du pied pour se donner contenance...


Remarquez qu’ils n’ont pas eu à faire plus: les Québécois étaient disponibles, dociles et béats, assez nombreux à applaudir à celui-ci ou à celle-là, du moment que l’un ou l’autre alignait les bons mots...


Ils suffisaient de crier : «On veut un pays! On veut un pays! On veut un pays»! Et tout le monde rentrait chez soi, le menton haut, les mains dans les poches, satisfait...


C’est cette illusion qui a menée Martine Ouellet à la tête du Bloc. Une victoire de l’inadvertance pour ainsi dire. Tout le monde s’en foutait. On l’écoutait à peine. Elle répétait pays, pays, pays, on a fini par se dire qu’elle serait utile à la télévision...


Pas besoin d’une nouvelle course, le PQ venait de s’en taper deux, ç’aurait eu l’air fou, encore une fois. La députée péquiste a donc hérité du Bloc comme d’une franchise La Belle province...


Avec le «transparlementarisme», inventé pour justifier l’imposture, le Bloc largua ses derniers principes.


Plusieurs regrettent ces manœuvres incongrues. Gilles Duceppe est déçu, lui qui avait repris du service pour éviter le naufrage.


C’est d’autant plus déprimant que de Mario Beaulieu à Martine Ouellet, les idées restent les mêmes, inchangées, plutôt simplistes.


Pour gagner un Oui, il suffirait de répéter pays, pays, pays, république, république, république, poursuivre l’appel incantatoire à Ottawa alors que le champ de bataille, désert, est à Québec...


En 2019, c’en sera fini du miniput fédéral/provincial. La Belle province est d'ailleurs prête à se donner à nouveau à Trudeau comme elle se coucha, conquise, devant Layton.Aux morts-vivants, à Martine Ouellet et Mario Beaulieu, répétons ce que disait jadis le célèbre docteur Destouches à Mme Chèvre et M. Chou: «La fatalité vous attend, elle n’est pas du tout marrante»...