Pour un dialogue de nation à nations

Forum socio-économique des Premières nations


D'entrée de jeu, nous tenons à saluer l'initiative des Premières Nations de créer un lieu de concertation qui permette de réunir des acteurs socioéconomiques et politiques autochtones, inuits et québécois. De par son caractère audacieux et révélateur d'une profonde volonté de changer le cours des choses, le Forum socioéconomique des Premières Nations qui s'est ouvert hier sera, nous l'espérons, l'occasion de redonner espoir aux communautés autochtones.
Trop souvent, ces communautés sont aux prises avec des conditions de vie qui se rapprochent davantage du Tiers-Monde que d'une société comme la nôtre, qui se dit à l'avant-garde du développement social, économique et technologique. La toxicomanie, la violence, le suicide, la sous-scolarisation, un manque d'eau potable et des conditions de logement abjectes constituent en effet encore la réalité quotidienne de nombreuses communautés autochtones et inuites. Pourtant, les deux tiers des Québécois admettent toujours ne pas connaître cette réalité.
C'est pourquoi, comme le dit le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, le temps du changement des approches et des façons de penser est venu, tant pour les nations autochtones que pour la population québécoise.
Pour y arriver, il nous faudra toutefois créer un climat réciproque d'ouverture au changement. La cohabitation harmonieuse des peuples autochtones et québécois ne pourra en effet se faire que dans la compréhension et le respect mutuels.
L'initiative de René Lévesque
Malheureusement, la loi canadienne sur les Indiens et son système de réserves, en vigueur depuis 1876, ne favorisent pas l'évolution des rapports entre les Canadiens et les communautés autochtones. Au contraire, elle contribue à perpétuer une vision colonialiste de nos relations, pourtant révolue depuis longtemps.
C'est dans ce contexte et devant la nécessité d'intervenir sur une réalité qu'il jugeait déjà intolérable que le gouvernement du Québec lançait, il y a plus de 20 ans, de nouvelles relations avec les Premières Nations et les Inuits. C'est en effet René Lévesque qui, en 1983, conscient de l'importance de conclure avec ces nations des ententes leur assurant le droit à l'autonomie au sein du Québec, a fait adopter 15 principes qui guident encore aujourd'hui les discussions entre nos nations respectives.
Des ententes furent par la suite conclues qui conférèrent à ces nations des droits spécifiques en matière, notamment, de culture, de langue, de développement économique, de gestion des ressources fauniques, de contrôle des terres, de chasse et de pêche.
Alors que le Canada ne reconnaît toujours pas le Québec comme une nation, l'Assemblée nationale du Québec, elle, reconnaissait déjà, en 1985, le statut de nation, ainsi que les droits qui y sont rattachés, aux nations abénaquise, algonquine, attikamek, crie, huronne, micmaque, mohawk, montagnaise, naskapie, inuite et malécite.
Jusqu'à la paix des Braves
En 1998, le gouvernement québécois concrétisait davantage ces principes dans un document intitulé Partenariat, développement et actions. Une des principales orientations contenues dans ce document, la création du Fonds de développement pour les autochtones, eut des retombées positives sur les plans social et économique ainsi qu'en matière de relations entre les communautés autochtones et le gouvernement du Québec. En tout, 52 des 55 communautés autochtones ont signé des ententes permettant la réalisation de 383 projets qui ont généré des investissements de plus de 234 millions de dollars dans des domaines aussi variés que la foresterie, le tourisme, les sports, la culture, la santé et les services sociaux.
Puis, en 2002, sous l'impulsion de Bernard Landry, le gouvernement du Québec a signé la paix des Braves, une entente historique qui a consacré les rapports de nation à nation entre le Québec et les Cris. Cette entente a tracé la voie à des discussions fondées sur le respect mutuel qui ont constitué l'essence même de sa réussite en plus d'en faire un modèle pour toute la communauté internationale.
La même année, et dans le même esprit que la paix des Braves, une entente de partenariat portant sur le développement économique et communautaire du Nunavik, appelée Sanarrutik («outil de développement» en inuktitut), était conclue avec les Inuits.
Au moment où le cadre de consultation et d'accommodement sur le partage du territoire et des ressources naturelles découlant des arrêts Haïda et Taku River de la Cour suprême nous porte à franchir une nouvelle étape dans nos relations avec les autochtones, nous devons tout mettre en oeuvre pour trouver le point d'équilibre entre les besoins et les intérêts des Québécois et ceux des nations autochtones. Chaque fois que nous réglons un différend par la discussion et que nous concluons une entente, nous contribuons un peu plus à créer de véritables possibilités de réussite collective.
Comme héritiers de la pensée de René Lévesque, nous sommes sensibles au contexte socioéconomique des communautés autochtones du Québec. Nous sommes conscients que leur développement fait partie intégrante de celui du Québec et qu'il profitera à l'ensemble de la population. Cependant, aucune mesure ou orientation ne se concrétisera sans l'établissement d'un lien étroit entre les élus autochtones et les membres de l'Assemblée nationale. C'est d'ailleurs pourquoi les orientations de 1998 prévoyaient la création d'un lieu politique de discussion visant à favoriser une meilleure compréhension mutuelle et une plus grande convergence d'intérêts entre les Québécois, les Premières Nations et les Inuits.
Au-delà du forum qui a lieu cette semaine, nous souhaitons qu'un tel lieu de concertation permanent puisse se concrétiser à brève échéance, car nous ne pouvons envisager notre avenir collectif sans que les nations autochtones participent de plein droit au développement du Québec.
André Boisclair : Député de Pointe-aux-Trembles et chef de l'opposition officielle
Michel Létourneau : Député d'Ungava et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'affaires autochtones et de développement du Nord québécois


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