Bilan réaliste

Forum socio-économique des Premières nations


Comment se mesure le succès d'un forum quand tous les problèmes sociaux sont sur la table et que l'autonomie politique n'est pas au rendez-vous? C'est le défi auquel était confronté le Forum socioéconomique des Premières Nations, le premier convoqué à l'initiative autochtone, qui a pris fin vendredi.
La réponse peut varier d'un extrême à l'autre: du très facile «moment historique à saluer» du seul fait de sa tenue au très exigeant «les annonces ne sont pas à la hauteur de nos (immenses!) espoirs». Entre les deux, il y a le plat réalisme: le forum a été à l'image de ce qui constitue de nos jours la vie politique. Du recyclage d'annonces; la résurrection de programmes anciens mais avec moins de financement qu'avant; la mise en oeuvre de quelques bonnes idées; et la déclamation de bonnes intentions.
Néanmoins, ces trois jours de forum auront permis de dégager un échec, un espoir et un geste qui rompaient avec les attentes.
L'échec, c'est celui du gouvernement Harper, dont on connaissait le désintérêt pour la cause autochtone et que la quasi-absence au forum (les ministres se contentant de trois p'tits tours et puis s'en vont) est venue confirmer. Le fédéral reste pourtant le grand responsable des autochtones: croulant sous les milliards, il aurait pu débloquer des fonds en matière d'habitation. Avoir un chez-soi potable a tant de répercussions sur la santé, la scolarité (comment étudier quand on vit entassés?), la construction d'une identité que ce devrait être une priorité pour Ottawa quand on constate les conditions de vie dans les réserves.
L'espoir, c'est le fait qu'un premier ministre, en l'occurrence Jean Charest, soit resté à Mashteuiatsh pendant trois jours, entouré de ministres. Il faut le souligner, d'autres chefs de parti étaient aussi sur place, attentifs. Mais que l'attention du gouvernement en exercice ait été entièrement concentrée sur un événement qu'il ne contrôlait pas est en soi remarquable. Les liens entre Blancs et autochtones sont si ténus que ce temps suspendu, qui a permis d'entendre histoires d'horreur et revendications, laissera des traces.
Cette présence de M. Charest assure enfin que le forum aura des lendemains. Dans six mois, les Premières Nations, Québec et Ottawa se reverront, afin de faire le point, exercice qui sera ensuite repris annuellement. Se voir à trois, au moyen d'un mécanisme formel, sans être en état de crise, c'est quand même une avancée.
Évidemment, on reste loin du plan d'action dégagé il y a dix ans par le rapport Érasmus-Dussault, comme le faisait voir Le Devoir ces derniers jours. Cette bombe politique, qui prévoyait la création d'un véritable gouvernement autochtone, impliquait de tels coûts qu'elle a été facile à mettre de côté. Mais d'autres croient aussi que les autochtones pourraient mieux faire, en usant davantage, par exemple, de la marge de manoeuvre que leur laisse la Loi sur les Indiens pour se prendre en main sur le plan économique.
Dans cette veine, comment ne pas s'étonner que les participants au forum aient applaudi si fort à la création d'une antenne collégiale à Kahnawake alors qu'elle sera consacrée... aux sciences humaines. N'est-ce pas d'abord d'infirmières, de comptables, d'entrepreneurs, de policiers que manquent les communautés? Ne veut-on former que des avocats?
Bref, fait-on toujours les meilleurs choix?
jboileau@ledevoir.ca


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