Rapport Bouchard-Taylor

Plus de mal que de bien

Le rapport Bouchard-Taylor sous-estime la capacité individuelle et collective de concevoir et créer une société plus inclusive et authentique, selon Satya Das.

Vus d'une certaine "hauteur", les conflits disparaissent sous les traits d'une harmonie toute canadian, comme un "manifeste"...

(Photo Ivanoh Demers, La Presse)

Malgré sa sincérité et ses bonnes intentions, la commission Bouchard-Taylor est susceptible de causer plus de mal que de bien.

Par ses propositions hautement dirigistes pour modifier le comportement en faisant appel aux instruments et aux pouvoirs d'un État coercitif, le rapport Bouchard-Taylor rabaisse les citoyens et sous-estime la capacité individuelle et collective de concevoir et de créer une société plus inclusive et plus authentique.
De plus, il provoque du ressentiment chez ceux déjà établis ici en laissant sous-entendre que la société existante doit faire des "accommodements", comme en suggérant qu'un élément important de l'identité québécoise, le crucifix à l'Assemblée nationale (cette croix que nous célébrons dans l'hymne national du Canada), soit ôté tout en proposant que les fêtes et les congés de toutes les croyances religieuses soient célébrés par tous les Québécois. ()
Tout au long du rapport et de ses recommandations, les auteurs affichent une attitude de patriarches bienveillants qui tendent la main aux minorités avec générosité, compassion et tolérance par-dessus tout. Cette mentalité se reflète dans les recommandations D1 et D2, qui proposent une campagne visant à rendre la population consciente de l'interculturalisme, en particulier grâce au symbolisme d'un vote à l'Assemblée nationale. Elle est particulièrement évidente dans le deuxième élément de la recommandation H1, qui suggère une recherche sur "la double relation parmi les immigrants entre leur culture d'origine et la culture de la société hôtesse".
Qu'est-ce qui ne va pas dans cette attitude? Tout. Parce que ça persiste dans l'attitude du "nous" et "eux", du "nous" et "l'autre". Cela sous-entend que la "culture de la société hôtesse" est statique plutôt que fluide, rigide plutôt que dynamique, et qu'il y a peu ou pas de communauté de valeurs entre la "culture de leurs origines" et la "culture de la société hôtesse".
La logique essentielle de ce que les Québécois appellent l'interculturalisme, et que nombre d'autres Canadiens appellent "mélange culturel", devrait être la supposition que nous pouvons surmonter l'altérité. Lorsque nous posons comme postulat une relation double entre la culture d'origine et la culture choisie, nous focalisons sur les différences plutôt que sur les similarités. Nous appuyons sur ce qui nous divise plutôt que sur la richesse unificatrice au sein de laquelle nous trouvons des rapports, des capacités de tisser des liens et un sentiment profond d'appartenance; envers les uns les autres et envers la société que nous formons ensemble.
La grande alchimie réalisée par la Charte canadienne des droits et libertés évoque dans une loi de première importance le cadre sociétal dans lequel il n'y a pas de "nous" et "eux", pas de "nous" et "l'autre"; il n'y a que "nous". Et si l'un de "nous" choisit d'être l'un d'"eux", c'est une décision personnelle et non pas un choix dicté par la société ou par l'État. ()
Nous comprenons et chérissons la valeur du "nous" dans nos propres vies et dans notre expérience. Lorsque je suis arrivé au Canada à l'âge de 12 ans, en 1968, j'ai dû me battre contre des garçons tous les jours après les classes au cours de ma première semaine tout simplement parce que j'étais différent. À la deuxième semaine, d'autres se sont battus à mes côtés. Quel passé lointain et curieux que le mien comparativement à la génération de mes enfants qui s'épanouit dans des réseaux sociaux auxquels importent peu la couleur de la peau, l'ethnie et l'orientation sexuelle. Ces jeunes s'évaluent les uns les autres à l'aune du contenu de leur caractère. Leurs réseaux ne forment pas tout le spectre de la société canadienne, mais cette génération d'avant-garde reconnaît une aberration dans le racisme, comme toutes les autres manifestations de la colère et de l'ignorance. Lorsque nous embrassons le grand "nous", nous allons bien au-delà de la "tolérance", qui est en elle-même une marque de mépris et une justification pour se tenir à l'écart de ce que nous avons choisi de ne pas comprendre.
En célébrant ce que nous avons en commun, nous évoluons vers le pluralisme authentique qui s'inspire de l'ouverture et de l'inclusion. ()
Quittant la solitude de la tolérance pour la chaleur de l'inclusion, nous commençons en faisant la supposition que le "courant principal" de notre société est nourri par les nombreux ruisseaux de l'expérience humaine entre les rives magnifiques des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. Nous apprécierons le voyage encore plus lorsque nous proclamerons ouvertement qu'il n'y a pas de "eux", simplement "nous".
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Satya Das

L'auteur est un lauréat de l'Alberta Human Rights Award et récipiendaire de l'Alberta Centennial Medal pour son travail de pionnier dans la définition et la défense des valeurs canadiennes. Il est l'auteur du best-seller "The Best Country; Why Canada Will Lead the Future".

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Satya Das1 article

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L'auteur dirige Cambridge Strategies Inc. un groupe-conseil albertain en politique publique.

L'auteur est un lauréat de l'Alberta Human Rights Award et récipiendaire de l'Alberta Centennial Medal pour son travail de pionnier dans la définition et la défense des valeurs canadiennes. Il est l'auteur du best-seller "The Best Country; Why Canada Will Lead the Future".





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