Nous avons serré la main du diable

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Internet est une technologie militaire américaine : il serait bon de ne pas l'oublier


Un lecteur que je remercie attire mon attention sur un aspect négligé de la crise des médias.


La cause principale de cette crise est connue : la première source de revenus des médias traditionnels – la publicité – s’est tarie.


Si vous avez un produit à vendre, il sera plus avantageux de mettre votre publicité sur Facebook.


Imprudence


Les médias traditionnels sont donc pris dans une spirale mortelle.


Les géants du web ne produisent aucun contenu. Ils prennent sans vergogne celui des médias traditionnels, attirent à eux les publicitaires, et ramassent au passage vos données personnelles pour vous manipuler encore plus efficacement.


Ils font cela sans payer d’impôts aux gouvernements et sans verser de redevances aux créateurs de contenu.


Vous ne trouverez pas un cas plus massif de concurrence déloyale.


Tout cela est complexifié par l’état d’esprit de tous ceux qui pensent que l’information devrait être gratuite, sans réaliser ou se soucier qu’elle coûte de l’argent à produire.


Faut-il taxer les géants du web ?


Oui, mais ce serait terriblement complexe pour deux raisons : simple province, le Québec est un acteur lilliputien à l’échelle du monde, et ces géants font un usage de virtuose des paradis fiscaux.


Mais il y a derrière cela, dit le lecteur dont je vous parlais plus haut, un aspect oublié.


Les médias traditionnels devraient avoir l’humilité de reconnaître qu’une partie du mal fut auto-infligée.


Quand Facebook, Twitter, Instagram et tous ces autres nouveaux médias sont apparus, les médias traditionnels ont fait quoi ?


Ils ont ouvert leurs portes sans rien demander en retour.


Naïfs, aveuglés par les possibilités, ne voyant qu’elles, voulant avoir l’air cool et modernes, ils ont introduit le loup dans la bergerie.


Ils ont ouvert les portes de Troie pour y faire entrer un cheval rempli de guerriers hostiles.


Ils ont, comme le Faust de Goethe, signé un pacte avec Méphisto, le diable qui lui promettait l’éternelle jeunesse.


À la télévision, à la radio, dans la presse écrite, combien de rubriques pour suivre ce qui se passe dans ces nouveaux médias, pour nous rapporter ce que dit n’importe quel quidam qui écrit un message simpliste, truffé de fautes, dont la valeur ajoutée est nulle ?


Combien d’encouragements, dans ces médias traditionnels, du type : « Suivez-nous sur notre page Facebook et sur Twitter » ?


J’écris une chronique pour critiquer Facebook et, pour commenter mon texte, le lecteur est obligé de... passer par Facebook.


Honnêteté


Nous, les médias traditionnels, avons serré la main du diable. Vrai ou Faust ? (Pardonnez le jeu de mots.)


Et maintenant, tous ces médias vont, piteux et paniqués, demander l’aumône aux gouvernements et au public ?!


Comprenez-vous pourquoi, dit mon lecteur, qui se désole pourtant de la situation, je ne me précipite pas pour faire un don de charité aux médias traditionnels ?


Ce n’est certes pas une raison pour ne pas agir, mais ayons l’honnêteté de reconnaître que les médias traditionnels ont allègrement manié la pelle avec laquelle s’est creusée la fosse actuelle.