Nos aïeux, des «immigrants» comme les autres...

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Pour Trudeau, toute remise en question de l'immigration est un crime de la pensée

La harangue du premier ministre Justin Trudeau envers une militante identitaire a beaucoup fait jaser.


Pourtant, les mots choisis par le chef du Parti libéral du Canada – c’est dans le cadre d’une activité partisane que la scène s’est produite – ne sont pas anodins. Et comme la scène a été captée par de nombreuses vidéos amateurs, ces mots on les entend très bien.


Exit la notion de « peuples fondateurs »!


La référence suivante aux mots employés par le PM du Canada est particulièrement troublante :


« ... le Canada a été bâti par des vagues d’immigrants qui ont été accueillies par les premières nations qui nous ont montré comment bâtir une société forte...  et les gens qui viennent ici de génération en génération pour bâtir des communautés plus fortes, c’est ça qui fait de nous plus fort comme pays. Madame votre intolérance n’a pas sa place ici. »


Il y a là l’affirmation de la fin de la doctrine des « peuples fondateurs » du Canada. Et aussi une réécriture de l’histoire qui laisse perplexe.


Le Canada aurait donc été bâti par des vagues d’immigrants accueillis par les premières nations? Cette seule phrase dépasse l’entendement.


D’un coup de baguette magique on efface l’histoire trouble, à bien des égards, des liens entre colons et premières nations?


Cette réponse de l’historien Frédéric Bastien vaut d’être mentionnée :


« Trudeau réfère aux autochtones qui auraient "accueilli" les immigrants européens. Ceux-ci d'abord étaient des colons, ce n'est pas la même chose et, deuxio, pour prendre l'exemple de la colonisation britannique dans l'Ouest, on voit mal en quoi cette "immigration", pour prendre les mots de Trudeau, a été une bonne chose pour les autochtones. Elle a été catastrophique pour eux. Sauf que dans l'esprit du premier ministre, le mot immigration ne peut qu'être positif, jamais et en aucune circonstance négatif. Alors il réécrit l'histoire au détriment de ce qui est arrivé aux autochtones. »


Aussi, par son affirmation, le chef du PLC gomme le travail de colonisation du territoire, de défrichage impossible de cette contrée inhospitalière, par nos aïeux canayens? Il efface également la conquête et les rapports belliqueux entre les Canadiens français et l’occupant britannique?


C’est pratique. Dans cet univers ou le Canada n’a plus d’identité nationale, mieux vaut réécrire l’histoire pour l’adapter au contexte actuel. Dans le Canada « post-national » de Justin Trudeau, référer à la notion de «peuples-fondateurs » entre en conflit avec sa préférence anti-identitaire.


Pour faire disparaître le concept « d’identité nationale », suffit de ramener tout le monde sur le même pied. Les nations autochtones étaient là en premier, elles nous ont « accueillis », elles nous ont montré la voie pour bâtir une société forte, et tous ceux qui sont arrivés après sont égaux. Pas de chicanes.


Envoyez-moi ça sous presse, ça presse. Voilà la nouvelle « histoire » du Canada.


Et gare à ceux qui osent critiquer ou poser toute question sur l’ouverture des frontières (en fait, surtout celle du Québec).


Intolérance. Racisme.


Rapidement, beaucoup d’information a filtré sur la dame qui a apostrophé le chef du Parti libéral du Canada. Une militante d’extrême-droite identitaire, une membre de groupe d’extrême-droite.


À moins de croire aux complots, Justin Trudeau ne connaissait pas cette information quand il a répondu à la dame. Ainsi, sa réponse traduit le fond de sa pensée. D’instinct, celui-ci a insisté, avec véhémence, sur deux termes : intolérance et racisme.


Je le répète, au moment d’invectiver la dame, M. Trudeau répond à une seule et unique question : « quand allez-vous rembourser les 146 millions pour les immigrants illégaux au Québec? »


Le chef du PLC aurait pu insister, d’entrée de jeu, pour soutenir que si le passage à la frontière est illégal en soi, les migrants eux-mêmes ne sont pas des « illégaux ». Cela a dû le piqué au vif.


Mais sur le coup de l’émotion, c’est instinctivement l’accusation d’intolérance et de racisme qui est tombée. Pas le droit de poser des questions là-dessus. L’immigration est au-dessus des débats. La part du citoyen du Québec là-dedans? Accueillir. Et fermer sa gueule.


Par un tel comportement, ceux qui cherchent à tout prix à imposer le silence sur ces questions soufflent à pleins poumons sur les braises de l’extrême-droite. Car il est tout à fait légitime de questionner le gouvernement sur sa gestion de la frontière, y compris sa gestion des fonds publics qui s’y rattache.


Comme nous le rappelait récemment la journaliste de la CBC Robyn Urback, la violence des groupes extrémistes par rapport à la question identitaire est inquiétante. Surtout, la journaliste Urback a pointé vers un angle de la question que bien des médias préfèrent taire...


Cette violence vient, trop souvent encore, des groupes d’extrême-gauche. À la différence que quand c’est un militant antifasciste qui agresse un journaliste, l’indignation dans les médias de masse n’est pas la même que si celle-ci est le fait de l’extrême-droite.


Robyn Urback se référait alors à la vidéo de l’agression d’un journaliste par un militant d’extrême-gauche dans le cadre d’une manifestation à Toronto plus tôt ce mois-ci. Extrait de son texte :


« S'il avait fallu que le manifestant soit issu des groupes de droite et que le journaliste attaqué soit des médias centre-gauche, scandale! Mais le manifestant était de l'extrême gauche, et le journaliste, travaille au Toronto Sun, donc discrétion... »


Effectivement, pas de reprise de cette nouvelle dans les segments en continu sur les chaines RDI ou LCN; pas de cascade d’éditos pour dénoncer l’extrême-gauche, pas de tweets de nos bonnes consciences montréalaises, lesquelles sont à l’œuvre en ce moment même pour défendre Justin Trudeau de n’avoir pas répondu à la question de la méchante vieille dame de l’extrême-droite à Sabrevois...


Pourtant, les deux violences sont également condamnables...