Michel Chartrand (1916-2010)

Au Québec, c'est connu. Les élites saluent de moins en moins les vrais courageux de leur vivant... L'effet de contraste serait peut-être trop gênant.

2010 - nos disparus

Il y a franchement peu de choses à ajouter aux propos tenus ce matin par Léo-Paul Lauzon sur son grand ami, Michel Chartrand, décédé hier à l'âge vénérable de 93 ans.
http://www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2009-2010/chronique.asp?idChronique=108607
Pour les Québécois, Michel Chartrand aura été une rare combinaison, un véritable bouquet vivant.
Michel Chartrand portait en lui une immense compassion; une pratique humaniste du progressisme; un indépendantisme d'esprit et de coeur; une défense acharnée de la langue française; une culture d'un raffinement exceptionnel; un sens de l'humour dévastateur; un syndicalisme vu comme un agent de changement social et ancré dans les plus grandes luttes pour la libération économique et politique des travailleurs et travailleuses; un féminisme proprement avant-gardiste; une foi profonde en son prochain; un refus total de la peur des puissants; un amour et un respect véritables des plus démunis; une colère et un sens de l'indignation fondés face aux injustices réelles.
Et tant d'autres choses encore.
Michel Chartrand, c'était aussi l'homme qui aimait sa femme, Simonne. Et qui aimait et respectait les femmes et leurs luttes. Le tout, en conservant un sens de la galanterie tout à fait émouvant. Ayant moi-même été graciée de son légendaire baisemain lorsqu'il vous accueillait avec un beau et doux «Ma chère dame, comment allez-vous aujourd'hui?», je peux en témoigner.
Michel Chartrand, c'était une vie de passions et de don de soi tout à fait volontaire. Un homme de feu, un homme vivant. Terriblement vivant.
Michel Chartrand, c'était surtout un des vrais bâtisseurs du Québec moderne. Un de ceux dont l'oeuvre gagnerait à être mieux connue des nouvelles générations et surtout, à les inspirer. Et un de ceux dont certaines de nos élites devenues trop repues et trop confortables gagneraient sûrement à se souvenir un peu plus.
Mais comme le disait Léo-Paul Lauzon ce matin, malgré sa formidable contribution à cette société, Michel Chartrand ne fut ni des «décorés», ni des «honorés» officiels. Il dérangeait trop et les mieux branchés préféraient souvent le réduire à ses «coups de gueule» et son langage coloré pour mieux ignorer la richesse et l'intelligence puissantes de cet homme d'exception et ce qu'il osait dire tout haut.
Au Québec, c'est connu. Les élites saluent de moins en moins les vrais courageux de leur vivant... L'effet de contraste serait peut-être trop gênant.
Mais heureusement, on ne compte pas les Québécois qui, eux et elles, savent ce que leur société doit à Michel Chartrand.
Paix ait son âme, et nos condoléances à toute sa famille, amis et collègues.
Merci Monsieur Chartrand.
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Voir aussi ce texte savoureux et pénétrant sur les «paradoxes» de Michel Chartrand, présenté par Pierre Vadeboncoeur, un autre vrai bâtisseur du Québec moderne disparu tout récemment. Un texte prononcé en 2006 lors du 90e anniversaire de naissance de son ami.
http://www.lecouac.org/spip.php?article137


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