1940-2010

Salut Georges-Étienne!

Je t'imagine, là-haut, sur une planète libre en compagnie du Petit Prince, dans un nouveau métier de bricoleur de rêves pour ton peuple, et de semeur d'étoiles.

2010 - nos disparus


[->Mort de Georges-Étienne Cartier, 1940-2010 - Un autre compagnon s'éteint]Texte publié dans Le Devoir du vendredi 6 aout 2010 sous le titre ["Mort de Georges-Étienne Cartier, 1940-2010 - Un autre compagnon s'éteint"->Mort de Georges-Étienne Cartier, 1940-2010 - Un autre compagnon s'éteint]
Il est huit heures du soir jeudi dernier. Ma femme Monique dépose le récepteur du téléphone et vient vers moi. Une larme perle sur sa joue. Je devine ce qu'elle s'apprête à me dire : Georges-Étienne est mort ! Il est allé rejoindre dans un autre univers inaccessible à notre imagination les René Lévesque, Pierre Bourgault, Gaston Miron, Jean-Éthier Blais, Pierre Falardeau, Fernand Dumont, Pierre Vadeboncoeur, et tant d'autres qui ont ferraillé contre les rentiers du statu quo et les profiteurs de notre dépendance nationale.
À l'évocation de son patronyme, Cartier, près de cinq siècles d'histoire défilent : le navigateur malouin, découvreur de la Nouvelle-France. Prénom, Georges-Étienne: celui d'un jeune avocat qui fit feu avec les patriotes à Saint-Denis en 1837 contre le vétéran de guerre britannique au nom évocateur Charles Gore Waterloo.
Georges-Étienne était un polémiste du verbe et de l'écrit de la trempe de ceux qui reposent au panthéon de la patrie québécoise. Comme les bretteurs de la presse de combat, il était de la nature des torrents qui grossissent par la résistance. J'aimais cet homme passionné, torrentiel, volubile, d'un culture encyclopédique, boulimique de lecture, capable de vous tenir en haleine sur Frédéric 2, roi de Prusse et ses échanges avec Voltaire, le Chevalier Noir de Mozart, Bernanos, le Chant de l'aube de Schumann, ou un Bonnes-Mares, au divin millésime 1976.
Psychiatre de profession, il aurait pu exercer dans des bureaux lambrissés d'acajou, mais il choisit un hôpital général du centre-ville de Montréal. L'infirmière Nicole Bérubé à ses côtés, ils firent front pendant plusieurs années aux vagues toujours recommencées de la détresse humaine. Notre amitié de près de quarante ans ne souffrit jamais l'ombre d'une trahison. Je connus Georges-Étienne en 1973 alors que nous étions tous deux candidats kamikazes du Parti québécois dans deux circonscriptions suicides de Montréal. Empruntant à Musset, nous nous dîmes que les causes les plus désespérées sont les causes les plus belles, et il en est d'immortelles qui sont de purs sanglots…
Nicole m'a dit que l'un des livres sur sa table de chevet était de Saint-Exupéry. Salut Georges-Étienne ! Je t'imagine, là-haut, sur une planète libre en compagnie du Petit Prince, dans un nouveau métier de bricoleur de rêves pour ton peuple, et de semeur d'étoiles.
YVES MICHAUD
Église Notre-Dame-de-Grâce

Montréal, le 5 août 2010


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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    6 août 2010

    Merci mon cher Yves de nous rappeler les qualités exceptionnelles de Georges Étienne Cartier. Jeune femme, je l'avais rencontré à deux reprises en compagnie de Louis et avais été fortement impressionnée par sa très grande culture et érudition. Il fut sans doute un modèle. En toute amitié Hélène Filion Martin

  • Charles Laflamme Répondre

    5 août 2010

    Je n'ai pas eu la chance de connaître monsieur Georges-Étienne Cartier.
    Je le saluerai donc par ces quelques mots tirés du livre de Saint-Exupéry, ''Le petit prince''
    ''...C'est pour avertir mes amis d'un danger qu'ils frôlaient depuis longtemps, comme moi-même, sans le connaître, que j'ai tant travaillé ce dessin-là. La leçon que je donnais en valait la peine. Vous vous demanderez peut-être: Pourquoi n'y a-t-il pas, dans ce livre, d'autres dessins aussi grandioses que le dessin des baobabs ? La réponse est bien simple: J'ai essayé mais je n'ai pas pu réussir. Quand j'ai dessiné les baobabs j'ai été animé par le sentiment de l'urgence...''
    Ceux qui ont lu ''Citadelle'' savent que Saint Exupéry ne faisait pas dans le superficiel. On peut donc trouver, nous adultes, un sens profond aux leçons du petit prince.
    Je vous invite à lire ce chapitre éminemment soucieux de ce qui se passe non seulement dans l'environnement mais qui parle aussi des oligarques qui prennent contrôle des états et des peuples.
    Le Petit Prince Chapitre V
    http://www3.sympatico.ca/gaston.ringuelet/lepetitprince/chapitre05.html

  • Archives de Vigile Répondre

    5 août 2010

    "Vous allez nous manquer dans la suite des choses.
    Mais nous terminerons la bataille."
    Merci, Maxime P.-C.,
    Voilà les paroles déterminées que nous aimons entendre. Ils sont trop nombreux à croire que les derniers Mohicans de Vigile sont des septuagénaires qui s'écoutent parler.
    Ouhgo

  • Archives de Vigile Répondre

    5 août 2010

    Salut,
    À toi!
    Je me souviendrais toute ma vie de ma première réunion de la région de Montréal-Ville-Marie de 2004. Il y avait une folie et un désir de combattre encore présent autour de la table. Il y avait ce psy , que je trouvais tellement fou et idéaliste.
    Vous allez nous manquer dans la suite des choses.
    Mais nous terminerons la bataille.
    Maxime Paquin-Charbonneau
    Ancien président des jeunes de Montréal-Ville-Marie (2004-2006)

  • Michel Laurence Répondre

    5 août 2010

    Oui, salut Georges-Étienne.
    Merci monsieur Michaud d'avoir mis votre si belle plume à contribution.
    Comme je l'ai écrit ici, je l'ai malheureusement connu tard, Monsieur Georges-Étienne Cartier, mais je l'ai connu juste à temps.