Les vraies affaires

Si Mme Marois tient à faire preuve d'audace, étendre au cégep les règles qui régissent l'accès à l'école primaire et secondaire anglaise soulèvera un tollé comparable à celui des deux dernières semaines, mais d'un point de vue juridique, ce serait inattaquable

Citoyenneté québécoise - Conjoncture de crise en vue

Même si les grossièretés de B'nai Brith donneraient sans doute envie à Pauline Marois de persévérer dans son projet d'instituer une citoyenneté québécoise, l'avis de la Commission des droits de la personne, sollicité par La Presse, devrait achever de la convaincre d'y renoncer ou d'en revoir les modalités.
Certains au PQ sont d'avis qu'il n'est pas nécessaire de respecter les dispositions de la Charte canadienne des droits puisqu'elle a été enchâssée dans la Constitution canadienne sans le consentement du Québec. Maintenant que le projet du PQ est jugé contraire à la Charte québécoise des droits et libertés, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale, faudrait-il amender la Charte?
On peut se demander pourquoi Mme Marois n'a pas elle-même pris l'initiative de consulter la Commission des droits et libertés plutôt que de se fier uniquement à son petit groupe d'experts qui semblent déjà vivre dans un Québec souverain. Un peu de pragmatisme permettrait de sauvegarder des éléments plus essentiels du projet, même s'ils sont moins spectaculaires, par exemple la francisation des petites entreprises ou l'imposition d'un examen national de français aux enseignants.
Si Mme Marois tient à faire preuve d'audace, étendre au cégep les règles qui régissent l'accès à l'école primaire et secondaire anglaise soulèvera un tollé comparable à celui des deux dernières semaines, mais d'un point de vue juridique, ce serait inattaquable.
Quoi qu'il en soit, le débat sur la citoyenneté a eu pour effet d'occulter les «vraies affaires», qui risquent de susciter encore plus de controverse au PQ au cours des prochains mois, quand les militants s'attelleront à la préparation de la plateforme électorale.
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Pour des raisons d'ordre pratique et politique, la nouvelle chef du PQ ne voulait pas convoquer avant la tenue des prochaines élections générales un congrès d'orientation pour revoir le programme adopté en juin 2005.
Elle a donc opté pour la tenue d'un conseil national spécial à la mi-mars, qui sera précédé d'une période de consultation avec les instances locales et régionales du parti. Il s'agit d'une sorte de compromis entre un congrès traditionnel, dont la préparation est longue et souvent déchirante, et l'adoption quasi automatique d'une plateforme rédigée en catimini par le bureau du chef, comme le PQ le fait généralement après le déclenchement des élections.
En fin de semaine dernière, la Conférence nationale des présidents a été saisie d'un «cahier d'animation» qui sera soumis aux militants. Plutôt que l'habituelle «proposition principale», qui présente les orientations souhaitées par la direction du parti, le document utilise la forme interrogative, mais les «mises en contexte» et les questions posées permettent de se faire une idée plus concrète de ce que constitue une «actualisation de la social-démocratie qui mise sur la responsabilité des personnes».
D'entrée de jeu, il est établi que «les valeurs d'équité n'impliquent pas nécessairement des modèles uniformes et mur à mur pour toutes les couches sociales et pour tout le territoire», ce qui remet ouvertement en question l'universalité des services sociaux, toujours considérée comme un principe absolu et immuable au PQ.
En matière de santé, les questions adressées aux militants auraient été jugées hérétiques il y a quelques mois à peine. Faut-il introduire une tarification pour certains services ou instaurer une contribution des usagers? Doit-on permettre un plus grand rôle des assurances privées pour la couverture de certains services ou pour un pourcentage des coûts? Doit-on revoir la liste des actes couverts par le système public?
Le programme actuel affirme clairement l'engagement du PQ de «maintenir un système de santé public, accessible, universel et gratuit». On peut prévoir que l'aile progressiste du parti se battra bec et ongles pour qu'il en demeure ainsi.
Le «cahier de participant» est tout aussi éloquent par ce qu'il omet. Le chapitre sur l'éducation est totalement muet sur la question de l'école privée, dont le programme actuel prévoit «réduire de façon importante les subventions». Il n'est pas davantage question d'assurer «un financement accru aux écoles non sélectives».
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Il y a pourtant un domaine où le principe de la responsabilité des personnes semble souffrir une exception: la famille. Devrait-on s'inquiéter du taux d'endettement des familles?, demande-t-on. Si oui, quelles mesures devrait-on mettre en place pour soutenir ces familles?
Les statistiques démontrent en effet que le taux d'endettement des familles a beaucoup augmenté au cours de la dernière décennie. Le phénomène est certainement déplorable, mais est-ce bien le rôle de l'État de soulager des consommateurs dont les dépenses excèdent les revenus?
Dans un texte à paraître sous peu dans la revue Inroads, le député de Vachon, Camil Bouchard, se penche sur l'endettement des jeunes familles dans les régions du code 450, où l'ADQ a ravi plusieurs comtés au PQ.
Dès la campagne électorale de 2003, M. Bouchard avait été frappé par la situation des jeunes ménages de banlieue qu'il rencontrait en faisant du porte-à-porte. Malgré une aisance apparente, une maison assez dispendieuse et souvent deux voitures, ils se plaignaient continuellement d'être écrasés d'impôts et d'avoir du mal à joindre les deux bouts. Déjà, ils étaient séduits par le discours du PLQ sur l'allégement du fardeau fiscal et le rapetissement de l'État.
Déçu du gouvernement Charest, cet électorat s'est tout naturellement tourné vers l'ADQ en 2007. M. Bouchard l'a emporté par seulement 227 voix dans Vachon, et il reconnaît volontiers que les prochaines élections seront très difficiles pour le PQ. Ce qui vaut pour la rive sud vaut aussi pour la couronne nord. Après Blainville, Groulx, Terrebonne, Masson, Prévost et Mirabel, des comtés comme Rousseau ou Joliette sont dans la mire de l'ADQ.
On accuse souvent Mario Dumont de clientélisme, mais comment qualifier la soudaine préoccupation du PQ pour les finances personnelles des jeunes familles? Les «vraies affaires» sont aussi affaire de politique.
mdavid@ledevoir.com


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