SONDAGE

Les Québécois veulent élargir l'accès à l'école anglaise

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Comment se donner la mort ? Le Québec connait la solution !






Une majorité de Québécois, même chez les francophones, est favorable à un assouplissement de la loi 101 pour faciliter l’accès aux écoles anglaises au primaire et au secondaire.


 

Six Québécois sur dix (60 %) estiment qu’il faudrait « permettre un accès plus facile aux écoles anglophones au primaire et au secondaire », révèle un sondage Léger mené pour Le Devoir.

 


Plus étonnant encore, l’idée de créer cette brèche dans la Charte de la langue française a l’appui de 53 % des répondants francophones. Le sondage a été mené par Internet entre le 10 et le 13 juillet 2017 auprès de 1006 personnes. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.


 

« Je pense que ce résultat traduit d’abord une réelle volonté des francophones de mieux apprendre l’anglais », a réagi Simon Langlois, professeur émérite et retraité du Département de sociologie de l’Université Laval.


 

« La scolarisation des francophones est un très grand succès depuis 50 ans. Il y a eu une montée vers le haut des francophones dans la hiérarchie des emplois. Ces postes de cadres ou de professionnels nécessitent une certaine maîtrise de l’anglais », ajoute-t-il.


 

Marie McAndrew, professeure au Département d’administration et fondements de l’éducation de l’Université de Montréal, estime elle aussi que les Québécois (y compris les allophones) aspirent à un meilleur enseignement de l’anglais langue seconde. Quarante ans après l’entrée en vigueur de la loi 101, il est temps de revoir un certain tabou voulant que la maîtrise de l’anglais nuise à la protection du français, selon elle.


 

« Avec la sécurité du français garantie par la loi 101, un meilleur enseignement de l’anglais répondrait à un besoin. Je pense que les Québécois seraient satisfaits par une immersion plus intensive en anglais, au primaire et au secondaire, dans des écoles françaises », dit-elle.


 

Une loi appréciée


 

Signe de l’attachement des Québécois à la langue française, 47 % des répondants au sondage Léger (et 57 % des francophones) souhaitent que « la loi 101 soit renforcée ». Quelque 50 % des répondants sont favorables à ce que les dispositions sur l’affichage commercial et sur la langue de travail soient renforcées.


 

L’assouplissement de la loi 101 pour faciliter les études primaires ou secondaires en anglais — souhaité par les répondants au sondage — serait une « brèche considérable », qui amènerait la majorité des allophones à se tourner vers l’éducation en anglais, estime Simon Langlois. « On enverrait le signal aux allophones qu’ils sont en fait au Canada et que la langue française serait peut-être moins importante », dit-il.


 

Depuis 40 ans, la loi 101 oblige les francophones et les nouveaux arrivants à s’éduquer en français au primaire et au secondaire. Cette mesure, controversée à l’époque, est considérée comme une des pièces maîtresses de la Charte de la langue française, qui a ouvert la voie à la francisation des immigrants en plus d’empêcher l’anglicisation des francophones.


 

À partir du cégep, il n’y a plus aucune restriction sur la langue des études. Les Québécois sont à l’aise avec cette règle : plus de six répondants sur dix (63 %) au sondage Léger s’opposent à un resserrement de la loi 101 pour réserver l’accès aux cégeps anglophones aux élèves qui ont fréquenté l’école secondaire en anglais.


 

Le bilinguisme incontournable


 

Ces résultats ne sont pas étonnants, compte tenu de la popularité croissante des études collégiales en anglais : en deux décennies, entre 1993 et 2015, la proportion des nouveaux inscrits dans des cégeps de langue anglaise qui avaient étudié en français au secondaire a doublé (de 4,9 % à 10,1 %), selon l’Office de la langue française (OQLF).

 


 

L’attrait des cégeps anglais est plus grand dans l’île de Montréal, où 22 % des nouveaux inscrits qui ont étudié au secondaire en français fréquentaient un cégep anglophone en 2015.


 

« C’est important d’être bilingue en 2017, il n’y a aucun doute là-dessus », dit Clara Dagenais, une francophone de Longueuil qui possède un diplôme en sciences de la santé du collège Champlain, un cégep anglais situé à Saint-Lambert.


 

La jeune femme de 20 ans commence ses études en médecine (en français) à l’Université de Sherbrooke. Elle est désormais aussi à l’aise en anglais qu’en français. Et elle s’étonne quand on lui demande si elle craint de perdre son identité à cause de son immersion chez les Anglos. « Passer deux ans dans un cégep anglophone, ça ne va pas m’enlever ma langue maternelle et ma culture. J’ai été élevée en français, j’ai fait tout mon primaire et mon secondaire en français, je ne le perdrai pas ! » dit cette joueuse de basketball.


 

Les jeunes et leurs parents estiment qu’il faut être bilingue pour le travail, essentiellement. Et pour la vie. Les voyages. L’ouverture sur le monde. « J’étais vraiment mauvais en anglais. J’ai étudié au collège Dawson pour apprendre l’anglais gratuitement », dit (avec un accent québécois) Karim Senhaji, né à Montréal de parents d’origine marocaine.


 

Il entreprend un baccalauréat bilingue anglais-français à HEC Montréal. Il est maintenant à l’aise en anglais, mais il écoute la même musique qu’avant ses deux années passées au collège Dawson — des rappeurs français comme Booba, MHD ou IAM.


 

Les francophones qui fréquentent les collèges Champlain ou Dawson disent tous la même chose : ils parlent surtout français avec leurs amis hors des salles de classe.


 

« L’anglais est devenu ma langue de confort. C’est simple et facile en anglais. Mais pour moi, la langue du coeur reste le français »,dit Étienne Jean, diplômé du collège Champlain. Il s’apprête à étudier en droit à l’Université de Sherbrooke.


 

Ce jeune de 20 ans, né à Chicoutimi, était déjà parfaitement bilingue au moment de faire ses études collégiales en anglais. À partir de l’âge de sept ans, il a vécu en Colombie-Britannique, en Afrique du Sud et en Australie. Sa famille déménageait tous les deux ou trois ans pour suivre la mère, qui travaille pour Rio Tinto Alcan.


 
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