Les Québécois ont le dos large

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Une lutte contre le Canada est engagée


L’Assemblée nationale s’était insurgée contre l’aide fédérale versée à la Commission scolaire English-Montreal pour contester la loi 21. Le gouvernement Trudeau voulait verser 125 000 $ pour que la bataille judiciaire soit déclenchée.


Cet argent provenait du Programme de contestation judiciaire, un organisme administré par l’Université d’Ottawa. Or, hier, la Commission English-Montreal a renoncé aux fonds fédéraux à la suite des protestations québécoises.


Justin Trudeau doit encore rire dans sa nouvelle barbe. Durant la campagne électorale, le premier ministre avait délibérément louvoyé sur la contestation de la loi sur la laïcité. 


Aujourd’hui, il ne s’en cache plus, mais est-il possible que les Québécois l’aient cru alors ? Sommes-nous donc les dindons de la farce ?


Muets


Allons-nous également demeurer muets devant les Nations Unies, la Commission interaméricaine des droits de l’homme et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, qui ont envoyé des lettres au gouvernement Trudeau dans lesquelles elles s’inquiétaient de cette loi « maudite » ? Ces instances craignent que la loi sur le port de signes religieux au Québec ne contrevienne aux obligations internationales du Canada.


La lettre des Nations Unies, rédigée par trois rapporteurs, devrait provoquer un haussement d’épaules chez les Québécois. Sait-on que certains membres qui siègent à ces instances viennent de pays où les droits de l’homme sont bafoués et où les femmes ne sont pas considérées comme égales aux hommes sur le plan juridique ?








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Ceux qui ont vécu les assauts d’Ottawa durant les deux référendums devraient éclairer les plus jeunes en leur expliquant que des camions de la Brinks avaient roulé, à l’époque, vers l’Ontario en plein jour pour effrayer les Québécois. Et que cela avait été efficace, la peur bien entretenue étant une arme perverse.


Compte tenu de l’écart infime qui a donné au camp du « Non » 50,5 % des voix en 1995, c’est-à-dire une avance de 54 288 voix, l’on ne saura jamais si le sit-in des Canadiens venus à Montréal par monts et par vaux, d’un océan à l’autre, déclarer leur amour fou aux Québécois a fait la différence.


Anti-français


Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. En 2020, le sentiment anti-français flotte partout au pays, de l’Atlantique aux rives du Pacifique.


Même si une proportion relativement importante de Canadiens anglais ne sont, selon les sondages, pas opposés à la loi 21, il serait naïf, pour ne pas dire erroné, de penser qu’au Canada anglais un mouvement en faveur de la loi sur la laïcité québécoise pourrait prendre forme. Comme quoi, force est de constater que l’amour fou des Canadiens de 1995 pour les Québécois s’est éteint comme un feu de paille.


Le peuple qui descendait jadis dans la rue à hauteur de 100 000 personnes pour défendre la langue et le nationalisme progressiste a changé. Une partie souffre de fatigue culturelle, une autre appartient à la diversité récente et ne se reconnaît pas dans l’électorat caquiste.


Comment éviter une autre défaite, en apparence juridique, mais évidemment politique ? La question même est douloureuse.





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