Les journalistes et l'éthique

Bernard Drainville - la controverse



La controverse entourant le saut en politique du reporter Bernard Drainville vient rappeler à la communauté journalistique l'importance de s'imposer en tout temps des normes éthiques extrêmement sévères. Surtout quand on s'érige soi-même en censeur de l'intégrité des hommes et femmes politiques.
Reporter apprécié, communicateur efficace, Bernard Drainville fera sans doute un bon politicien. Lors de sa première conférence de presse, il a fait preuve d'un aplomb impressionnant. Sa sincérité ne fait aucun doute.
Les circonstances de sa réorientation de carrière révèlent toutefois que la nouvelle vedette péquiste a commis une flagrante erreur de jugement. Dès qu'il a été contacté par le Parti québécois, par l'entremise de Jacques Parizeau, M. Drainville aurait dû en aviser la direction de l'information de Radio-Canada et quitter temporairement ses fonctions de chef de bureau à l'Assemblée nationale. Il a plutôt gardé le secret et s'est contenté de s'absenter des ondes en prétextant des raisons personnelles. Après avoir annoncé à André Boisclair, vendredi après-midi, qu'il refusait la proposition - tout en gardant espoir qu'une meilleure offre lui serait faite - Drainville a décidé de «redevenir journaliste». Samedi, il couvrait une assemblée de militants du Parti québécois. Il a même réalisé une entrevue avec M. Boisclair, avec qui il discutait quelques heures auparavant d'une éventuelle candidature. Ni l'un ni l'autre, apparemment, n'ont ressenti la moindre gêne, ce qui est franchement renversant.
Bernard Drainville souligne qu'il ne s'agissait pas d'une entrevue complaisante. C'est exact. Mais qui sait si, en d'autres circonstances, il n'aurait pas été plus agressif? Et que dire de ses commentaires lundi lorsque, interrogé par Simon Durivage, il a décrit le Parti québécois comme «une machine encore assez confiante» et le discours d'André Boisclair comme «un de ses meilleurs»? Comment croire que son jugement ne fut pas altéré par l'espoir que les péquistes lui offriraient bientôt un comté sûr sur un plateau d'argent?
En agissant ainsi, le reporter a certainement donné l'impression de se trouver en situation de conflit d'intérêts. «Je ne peux rien contre les apparences!» a-t-il lancé hier. Pourtant, les commentateurs politiques ne cessent d'exiger des élus qu'ils évitent non seulement les conflits d'intérêts mais les apparences de conflits d'intérêts. Dans son Guide de déontologie, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec propose la même approche à ses membres: «Les conflits d'intérêts ne deviennent pas acceptables parce que les journalistes sont convaincus, au fond d'eux-mêmes, d'être honnêtes et impartiaux. L'apparence de conflit d'intérêts est aussi dommageable que le conflit réel.»
Il n'est pas facile, dans la vraie vie, de satisfaire à des normes aussi sévères. Bernard Drainville s'en rend compte aujourd'hui comme bien des politiciens avant lui l'ont appris à leurs dépens. Il faut néanmoins maintenir ces standards élevés, pour les journalistes comme pour les élus. Il en va de leur crédibilité, et donc de la santé de notre démocratie.

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André Pratte876 articles

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[une chronique intitulée « Tout est pourri » (critique de Anne-Marie Gingras) ->http://books.google.fr/books?id=EZWguAMXAtsC&pg=PA27-IA27&lpg=PA27-IA27&dq=pratte+Tout+est+pourri&source=bl&ots=MUti9NTQuH&sig=h2zgJlLgOg844j5ejxnUl4zH2_s&hl=fr&sa=X&ei=73RrT8aQEqnh0QHuh4GyBg&ved=0CEEQ6AEwBQ#v=onepage&q=pratte%20Tout%20est%20pourri&f=false]

[Semaine après semaine, ce petit monsieur nous convie à la petitesse->http://www.pierrefalardeau.com/index.php?option=com_content&task=view&id=30&Itemid=2]. Notre statut de minoritaires braillards, il le célèbre, en fait la promotion, le porte comme un étendard avec des trémolos orwelliens : « La dépendance, c’est l’indépendance ». « La soumission, c’est la liberté ». « La provincialisation, c’est la vraie souveraineté ». « La petitesse, c’est la grandeur ». Pour lui, un demi-strapontin à l’Unesco est une immense victoire pour notre peuple. C’est la seule politique étrangère qu’il arrive à imaginer pour le peuple québécois. Mais cet intellectuel colonisé type n’est pas seul. Power Corp. et Radio-Cadenas en engagent à la poche.





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