Les conservateurs boudent les cérémonies entourant le 25e anniversaire de la Charte

17 avril 1982 - la Loi sur le Canada (rapatriement)


Ottawa - Le Canada célèbre aujourd'hui le 25e anniversaire de l'adoption de sa Charte des droits et libertés, mais le gouvernement conservateur boude les célébrations.
L'Association d'études canadiennes, en association avec l'Université d'Ottawa, organise une vaste conférence depuis hier sur la Charte et la manière dont elle a modelé le paysage sociopolitique depuis un quart de siècle. Alors que le gratin juridique et politique s'est déplacé pour ce grand happening commémoratif, un seul représentant du gouvernement conservateur a daigné s'y montrer, le sénateur Noël Kinsella.
La gouverneure générale, Michaëlle Jean, a donné le coup d'envoi à la conférence hier matin. Le Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, y était, tout comme le juge en chef de la Cour fédérale, Allan Lufty, le juge en chef de la Cour d'appel du Québec, Michel Robert, et le constitutionnaliste Gérald Beaudoin. L'ex-premier ministre Jean Chrétien, qui était à l'époque du rapatriement de la Constitution ministre fédéral de la Justice, devait aussi prononcer hier soir un important discours. (Celui-ci débutait à peine au moment de mettre sous presse.)
Du côté conservateur, aucun ministre n'a accepté l'invitation. Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, et son prédécesseur, Vic Toews, ont tour à tour décliné une offre de participation. Idem pour la ministre du Patrimoine, Bev Oda, et le premier ministre, Stephen Harper.
«J'ai le regret de vous dire que l'horaire du ministre ne lui permettra pas d'accepter votre aimable invitation», a écrit en février la chef de cabinet de M. Nicholson, Maureen Murphy-Makin. Son entourage a expliqué hier que le ministre était empêché à cause d'une autre obligation, soit une brève présence à la conférence annuelle de l'Association canadienne des policiers. M. Nicholson y a livré un discours de 10 minutes énumérant ses priorités législatives avant de repartir en coup de vent à la Chambre des communes.
Interrogé à propos d'un apparent boycottage des cérémonies commémoratives, le ministre a nié en bloc. «En fait, je participe à quelque chose demain. Mon parti a un bon bilan en matière de protection des droits humains et leur développement. Cela remonte à la Loi canadienne sur les droits et libertés, le précurseur de la Charte.» La participation du ministre consistera en un discours qu'il livrera ce matin devant des élèves du secondaire d'une école d'Ottawa.
Au bureau du premier ministre aussi, on invoque le conflit d'horaires. «Le premier ministre reçoit des invitations pour plusieurs événements. Compte tenu de son horaire chargé, on ne peut pas toutes les accepter», a expliqué son attaché de presse, Dimitri Soudas.
Ce n'est pas le seul événement entourant les 25 ans de la Charte que semblent boycotter les conservateurs. Le Devoir a été incapable d'obtenir la collaboration de quiconque rattaché au clan conservateur dans le cadre de sa série publiée il y a 10 jours. Le Devoir avait contacté M. Nicholson et deux anciens ministres de la Justice conservateurs (Kim Campbell et John Crosby), tout comme le chef de cabinet de M. Harper, Ian Brody, qui a déjà écrit un livre sur les effets pervers de la Charte, ainsi que l'ex-premier ministre Brian Mulroney. Tous ont décliné l'invitation.
M. Soudas ne s'avance pas à confirmer ou à réfuter qu'une quelconque directive ait été donnée. «Je peux seulement commenter en ce qui concerne le premier ministre», a-t-il dit.
La Charte canadienne des droits et libertés a été officiellement ajoutée à la Constitution canadienne au moment de son rapatriement, le 17 avril 1982. Le libéral Pierre Elliott Trudeau était alors premier ministre. Depuis, le Parti libéral du Canada considère la Charte comme son bébé et l'a parfois utilisée comme outil partisan pour combattre les troupes conservatrices. Inversement, certains conservateurs ont parfois critiqué les excès de la Charte et du pouvoir qu'elle confère aux tribunaux.
En outre, les troupes souverainistes aussi boycottent les célébrations. Selon le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, le rapatriement ayant été décidé sans l'accord du Québec, le 17 avril est tout sauf source de réjouissance. «C'est une journée triste pour le Québec, c'est une journée de mépris du Canada envers le Québec.»


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