Les changements climatiques au coeur des décisions de la Caisse de dépôt

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La mesure de ses convictions s'observera dans le niveau de ses investissements dans le pétrole et le gaz

La Caisse de dépôt et placement du Québec va greffer la question des changements climatiques au coeur de toutes ses décisions d’investissement, une stratégie qui vise à augmenter ses placements en actifs propres tout en réduisant l’empreinte carbone de ses portefeuilles.


 Bien accueillie par les groupes écologistes et le milieu des affaires, la décision du gestionnaire de régimes de retraite annoncée mercredi s’inscrit dans un exercice d’introspection de près d’un an qui découle de l’Accord de Paris.


 Concrètement, la Caisse veut faire passer de 16 à 24 milliards ses investissements dans les actifs « sobres en carbone » d’ici 2020 et souhaite que l’empreinte carbone de chaque dollar investi diminue de 25 % d’ici 2025.


 « Pour avoir cet impact […] il faut changer la façon dont nous prenons nos décisions d’investissement », a dit le président de la Caisse, Michael Sabia. « On parle d’un changement de culture et de la prise de décisions de la Caisse à travers toute la gamme de nos activités. C’est un gros changement. »


 Les équipes d’investissement devront respecter des « budgets carbone », a dit la Caisse, qui compte intégrer l’atteinte des objectifs dans l’évaluation de la performance du personnel. Les systèmes d’évaluation sont liés aux systèmes de rémunération, a mentionné M. Sabia.


 Il n’est pas question d’un désinvestissement massif du secteur des énergies fossiles, qui représentait environ 11 milliards dans les portefeuilles de la Caisse en décembre 2016. Ce chiffre, a indiqué la Caisse, inclut la production, le raffinage et l’électricité produite à base d’hydrocarbures. Le groupe Recycle ta caisse a évoqué au printemps le chiffre de 16,7 milliards.


 La stratégie, un « premier pas » selon la Caisse, se veut « évolutive »« Il y aura des changements, mais il faut savoir marcher avant de courir. Nous ne pouvons pas mettre à risque notre capacité à générer du rendement. Pourquoi ? Parce qu’il faut payer les pensions de huit millions de Québécois. »


 En guise d’exemple, l’institution a mentionné que les actifs « riches en carbone »comprennent le charbon et les matériaux industriels, contrairement à des secteurs propres comme l’éolien, le solaire, les transports en commun et l’efficacité énergétique.


 La Caisse gère plus de 285 milliards pour 41 déposants publics et parapublics, dont la Régie des rentes du Québec, les employés du secteur public, les travailleurs de la construction, la CNESST, la SAAQ et le Fonds des générations.


 Seule en Amérique du Nord


 Dans le monde entier, le New Zealand Superannuation Fund est le seul investisseur institutionnel à avoir adopté une cible de réduction d’empreinte carbone, selon l’établissement financier. Ce fonds souverain gère un actif d’environ 26 milliards $US. La Caisse travaille sur la stratégie depuis près d’un an. M. Sabia a dit que la haute direction y voit un enjeu extrêmement important et que la Caisse aurait peut-être même dû agir un peu plus tôt.


 Par ailleurs, la Caisse de dépôt promet d’être plus visible en matière d’engagement dans le monde des assemblées annuelles, où elle vote fréquemment sur des propositions d’actionnaires. « On a déjà été cosignataire de résolutions exigeant une plus grande transparence en lien avec les risques des changements climatiques. On va poursuivre ça », a dit Kim Thomassin, première vice-présidente, Affaires juridiques et secrétariat, qui s’occupe aussi de la conformité et de l’investissement responsable.


 La stratégie d’investissement a suscité des réactions positives. « Lorsqu’un fonds d’investissement de l’importance de la Caisse de dépôt fait une annonce comme celle d’aujourd’hui, cela envoie un signal aux investisseurs de l’ensemble de la planète quant à l’importance de la lutte contre les changements climatiques et à l’influence stratégique que représentent les technologies propres et les énergies renouvelables pour l’avenir », a affirmé le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault. Selon lui, la Caisse devrait maintenant « évaluer l’incidence de l’ensemble de ces gestes sur un scénario d’augmentation de la température globale entre 1,5 °C et 2 °C, comme celui de l’Accord de Paris ».



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