Le racisme en spectacle

Commission B-T: le rôle des médias

«59 % des Québécois sont racistes», a titré en grosses lettres Le Journal de Montréal lundi. La manchette a eu l'effet recherché. Elle a provoqué et fait parler. Le même jour, la chaîne des journaux Sun, propriété de Quebecor elle aussi, faisait écho à un sondage similaire réalisé dans l'ensemble du Canada. Le choix éditorial était fort différent. Pas de manchette tonitruante. On a opté pour la nuance. Il fallait lire le texte pour trouver des données chiffrées et apprendre que «presque la moitié des Canadiens sondés reconnaissent être au moins un peu racistes». (C'est moi qui souligne.) Le chiffre exact était 47 %.
Le Journal de Montréal n'a pas précisé d'entrée de jeu que ces 59 % de Québécois «racistes» incluaient ceux qui se disent «faiblement» racistes (43 %). Avec ces quelques mots, les journaux Sun l'ont fait, la nuance, dès le départ. La série du Sun a aussi été annoncée par un long texte expliquant le contexte social et politique et les raisons de procéder à cette enquête: l'après-11-Septembre, les débats sur les accommodements raisonnables, la montée du sentiment d'exclusion au sein de plusieurs communautés, et ainsi de suite. Dans les jours qui ont suivi, mêmes contrastes. Les textes, plus longs et détaillés, portaient sur l'intégration, l'immigration, les crimes haineux, les mariages mixtes, la réalité vécue par les Arabes ou les autochtones, l'accommodement raisonnable. Le Sun n'a rien écrit sur la perception que les immigrants ont des Canadiens.
Que disait la chaîne Sun, finalement? À peu de chose près, la même chose que Le Journal de Montréal, mais sur un autre ton. On n'y trouvait pas de publicité sur fond de femme au visage caché par un niqab, par exemple. Le Sun déplorait plutôt en éditorial la perception plus négative des Arabes que nourrit l'actualité. Il soulignait qu'après plus de 30 ans de multiculturalisme, il est seulement normal que les Canadiens veuillent se confronter à leurs préjugés et faire le point sur ce qu'ils entendent par être Canadiens.
Comment s'accommoder
L'écart entre les deux chiffres phares du sondage cache des similitudes entre les Canadiens et les Québécois, comme cette interrogation sur la portée des accommodements raisonnables. Ainsi, 85 % des Canadiens croient important, ou même essentiel, que les communautés culturelles adoptent le mode de vie de leur terre d'accueil, écrit le Sun. L'affaire de l'arbre de Noël banni d'une cour ontarienne -- qui a soulevé un tollé parmi tous les groupes religieux -- montre que les Canadiens en sont venus à plier sous le poids de la rectitude politique et que certains groupes exploitent cette ouverture, croit la professeure Anna Makolkin, de l'Université de Toronto. «Quand ces gens viennent au Canada, devons-nous, en vertu du multiculturalisme, accepter leurs pratiques ou leur demander d'abandonner ce qui entre en conflit avec nos valeurs?», demande Makolkin. Selon elle, la deuxième option est la bonne. «Mais quelles sont nos valeurs et d'où viennent-elles?», demande la journaliste. Les Québécois ne sont pas les seuls à se poser la question.
La majorité des Canadiens disent n'avoir aucun problème avec des pratiques religieuses comme la prière ou le jeûne du ramadan, mais 37 % en ont avec le port du voile et 25 % avec le port de tous symboles religieux. Ce sont les Albertains et les gens des Prairies qui sont le moins préoccupés par le port du voile. Le Sun ne dit pas quelle part représente le Québec dans ces chiffres. David Slejak, professeur d'études religieuses à l'université Waterloo, n'est pas surpris par les résultats, car le voile est le signe le plus visible d'adhésion à l'islam et bien des Canadiens considèrent que cette religion a un préjugé défavorable à l'endroit des femmes.
Greg Weston, un des chroniqueurs-vedettes de la chaîne, rappelle par ailleurs que, malgré l'image du Canada en tant que terre de tolérance, «les Canadiens ont fait preuve, au cours de leur courte histoire, de racisme avoué contre les Chinois, les Japonais, les Juifs et les autochtones, pour ne nommer que ceux-là». Un sondage récent montrait que plus de 35 % des membres des minorités visibles disaient avoir subi de la discrimination. «Malheureusement, au fil des ans, et peu importe le parti au pouvoir, les efforts du Canada en matière de multiculturalisme ont eu davantage à voir avec la politique partisane et la nécessité de se faire élire qu'avec l'adoption de politiques publiques réfléchies destinées à combattre le racisme», déplore-t-il, avant de citer en exemple le premier ministre britannique Tony Blair, qui a abordé la question de front récemment et rappelé que l'intégration n'avait rien à voir avec le mode de vie ou la culture mais avec les valeurs, les droits et les devoirs des membres d'une même société.
Verte Alberta
L'Alberta est aux prises avec un nouveau débat, encore une fois alimenté par le développement des sables bitumineux. Faut-il qu'elle se dote de réacteurs nucléaires pour aider l'exploitation des sables bitumineux? L'idée faisait sourire par le passé, rapporte le Calgary Herald, mais voilà que le ministre fédéral des Ressources naturelles, Gary Lunn, déclare qu'il ne faut pas se demander si cette solution sera adoptée mais quand elle le sera. Le grand patron de Husky Energy, John Lau, en a remis en affirmant que le nucléaire était «l'approche adéquate à long terme». Des ministres du nouveau gouvernement Stelmach ont par ailleurs affirmé qu'ils étaient ouverts à l'idée. L'équipe éditoriale du Calgary Herald y est favorable aussi, y voyant une solution de rechange au gaz naturel, dont on se sert actuellement et qui produit des gaz à effet de serre. Cela ne fait pas que des heureux. L'institut Pembina parle d'un écran de fumée. Le nucléaire est coûteux, génère des déchets et suscite des inquiétudes en matière de sécurité.
mcornellier@ledevoir.com


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