Le projet Lacroix, de l'oxygène pour le milieu universitaire et médical et pour toute la population

Par Jean MD Wilkins

CHUM

lundi 10 janvier 2005
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Libre opinion: Le débat souhaité sur le choix de l'emplacement du futur CHUM a finalement pris cours après une certaine période de stagnation à la suite de l'annonce du choix de Saint-Luc par le gouvernement de Jean Charest, choix issu des recommandations du rapport Mulroney-Johnson. Alors que Saint-Luc n'avait jamais été considéré très fortement auparavant, voilà une décision étonnamment surprenante, prise de surcroît en début de mandat par un nouveau gouvernement, il y avait donc tout lieu de croire à son irréversibilité.
Toutefois, dès l'annonce de ce choix, le recteur Lacroix de l'UdeM a eu le courage et la détermination de manifester son désaccord et de se mettre à l'oeuvre afin de proposer une autre solution. Son projet, bâti à l'emplacement de la cour de triage du CP à l'Acadie-Beaumont, apparaît désormais beaucoup plus complet, plus ambitieux, plus enthousiasmant pour la communauté universitaire et plus porteur, mais provoque aussi de vives réactions de la part de ceux et celles qui s'y opposent.
Le projet Lacroix est décrit, entre autres choses, comme trop élitiste (pourtant l'université descend de la montagne !), coûteux, mal situé par rapport à une certaine clientèle etc., et, même, qualifié à l'avance de devenir un futur «Mirabel». Pourtant, dans mon imaginaire à moi, c'est plutôt Saint-Luc qui devrait être ainsi qualifié. Mirabel a été un choix politique d'un gouvernement qui, à Ottawa, voulait absolument contrôler le Québec, le surveiller, freiner ses élans émancipateurs et lui faire croire que son développement futur passait par ce grand projet. On y a cru et on nous a fourvoyés.
Saint-Luc est un choix politique avec des enjeux certains et sûrement pas tous révélés. Et si c'était Montréal et la Faculté de médecine de l'UdeM que l'on voulait, cette fois-ci, contrôler et dont on voulait freiner les élans ? Avec Mirabel, la clientèle était envoyée «dans les champs», avec Saint-Luc, la clientèle est envoyée «dans le trafic», tout à fait à l'inverse jusqu'à une certaine limite des besoins spécifiques de ces clientèles.
D'autres ont comparé le projet Lacroix au stade olympique, un bâtiment coûteux, en perte de clientèle, un échec moins de trente ans après son érection. Rappelons tout de même que nous étions très fiers de tenir les Jeux olympiques en 1976 et d'offrir à voir au monde entier ce stade si magnifique malgré le fait que sa construction n'était pas terminée. À la suite des Jeux de 76, le baseball et les Expos devaient prendre la suite, mais, là encore, nous avons été floués. Je suis personnellement un grand amateur de baseball et j'étais au stade autant lorsque les Expos attiraient deux millions de spectateurs ou plus chaque année que lors des dernières années où j'y étais à peu près tout seul accompagné de mon petit-fils aussi passionné de baseball que moi.
Selon mon analyse, l'échec du baseball à Montréal est consécutif d'abord et avant tout à la décision des dirigeants de ne pas avoir mis une équipe compétitive sur le terrain, puis de nous avoir fait croire que «le fun était dans le stade» alors qu'il se devait d'être sur le terrain et peut-être même d'avoir attiré les enfants avec une mascotte annonciatrice, sans le vouloir probablement, de l'épidémie d'obésité qui nous arrive.
Le projet Lacroix, de son côté, ne manquera pas, et probablement jamais de clientèle. Les gens viendront dans ce CHUM avec une grande confiance parce que le projet est suffisamment rassembleur pour garantir que l'on y retrouvera une assemblée de scientifiques de haut niveau. Le produit sera de haute qualité tout le temps à moins que, comme société, nous décidions de ne pas nous en donner les moyens.
De plus, par son emplacement, le CHUM se rapproche de ses principaux partenaires, qui tous en bénéficieront et le CHUM également profitera de la proximité de ces autres institutions. Une complémentarité nécessaire à tous. Et pour la mascotte..., il faut espérer qu'elle sera différente de celle choisie par le gouvernement pour favoriser la pratique d'activités physiques par la population. Revoyant cette mascotte récemment à la télévision, je me suis demandé comment on avait pu imaginer un tel personnage tout en bleu qui exprime davantage l'asphyxie que la santé ! Le projet Lacroix c'est, au contraire, de l'oxygène pour nous du milieu universitaire et de la santé et pour toute la population.
Robert Lacroix à son arrivée au poste de recteur à l'Université de Montréal a eu tôt fait d'éliminer le climat de grande morosité qui minait l'université et a été au centre d'un extraordinaire développement de toutes les potentialités de cette université. Peu importe comment il a imaginé, développé et construit ce projet d'une Technopole de la Santé et du Savoir, il demeure que ce projet est ambitieux au sens positif du terme, réalisable, souhaitable, enthousiasmant et grand pour nous, Québécois, qui avons déjà bâti et réussi de grands projets.
Comme je suis aussi (et surtout !) pédiatre au CHU Sainte-Justine, en plus d'être professeur à la faculté de médecine de l'UdeM, j'aimerais insister sur l'importance à mon avis pour le CHU Sainte-Justine de voir le CHUM s'installer tout près.
Avec tous les défis que posent constamment l'évolution de la science médicale et des sciences humaines, la complexité des situations cliniques des patients, l'amélioration de la survie de certains enfants qui, il n'y a pas longtemps, ne se rendaient pas à l'âge adulte, la nécessité d'intégrer nos connaissances, et nos pratiques, un rapprochement du CHU Sainte-Justine et du CHUM ne peut qu'être salutaire et grandement bénéfique à tous ceux et celles qui y exercent leur profession. Un grand pédiatre français me rappelait, il y a quelque temps qu'un «bon pédiatre doit prendre soin de l'enfant dès sa naissance [maintenant c'est même avant sa naissance] et doit l'accompagner tout au long de sa vie». Cet accompagnement, avec tout le sens profond qu'il a, sera facilité par le rapprochement des deux CHU et ce sera à l'avantage de l'individu.
Le projet Lacroix a un sens et arrive à un moment où nous avons besoin de ce type de défi. En plus d'être professeur à la Faculté et pédiatre à Sainte-Justine je suis aussi président de l'AMCEM, l'Association des médecins cliniciens enseignants de l'Université de Montréal. La presque totalité des professeurs que l'AMCEM représente ont, avant d'obtenir un poste de professeur, effectué une formation post-doctorale à l'extérieur du pays. Ils sont tous revenus avec une expérience différente et enrichie, et ou bien ils ont créé un secteur nouveau, ou bien ils ont développé un aspect nouveau dans un secteur déjà connu. Ces professeurs ont toujours l'ambition et le rêve de créer une médecine de haut calibre à Montréal et la certitude qu'ils peuvent le faire si on leur en donne les moyens. Le projet Lacroix les enthousiasme beaucoup et ils sont prêts à travailler à sa concrétisation.
Jean Wilkins MD - Professeur titulaire de pédiatrie à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Pédiatre à la Section de médecine de l'adolescence au CHU Sainte-Justine. Président de l'Association des médecins cliniciens enseignants de Montréal (AMCEM) de l'Université de Montréal


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