Le problématique site d'Énergie Saguenay

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Quel réel avantage économique pour le Québec ?


Le promoteur d’Énergie Saguenay, GNL Québec, aura fort à faire pour prouver que ce projet d’exportation de gaz naturel liquéfié, se déployant dans une zone d’habitat des bélugas, n’affectera pas cette espèce en péril.


C’est que les activités d’Énergie Saguenay hausseraient considérablement le trafic maritime dans la rivière Saguenay. Avec le terminal de la minière Arianne Phosphate, un projet déjà approuvé par les autorités fédérales, ce trafic triplerait au cours des prochaines années, passant de 450 à 1300 transits par an. Le hic, c’est que les méthaniers de 300 mètres de long, dont le port d’attache serait à Saguenay, traverseraient une zone désignée par un décret du gouvernement fédéral « habitat essentiel » du béluga en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Un programme de rétablissement de l’espèce, qui se guide aux sons et qui est donc menacée par la pollution sonore associée au trafic maritime, prévoit la réduction du bruit dans cette zone critique. L’embouchure du Saguenay et une partie de l’estuaire du Saint-Laurent où navigueront les méthaniers sont aussi des aires d’alimentation pour le rorqual bleu, une autre espèce en voie de disparition.


Geste conséquent, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE), sous la pression de groupes environnementaux qui s’appuyaient sur un précédent, celui du projet Trans Mountain, a inclus dans son examen du projet Énergie Saguenay les répercussions du transport maritime. Dans sa demande d’information, produite fin août, dont Le Devoir faisait état mardi, l’ACEE estime que le promoteur, dans la volumineuse étude d’impact qu’il a soumise, n’a pas pris en compte les effets de l’accroissement du trafic maritime dans l’estuaire du Saint-Laurent ainsi que dans la rivière Saguenay qui, selon les scientifiques de Pêches et Océans Canada, est fréquentée par les femelles bélugas et leurs veaux, « un segment particulièrement vulnérable de la population ».


L’ACEE juge aussi que GNL Québec n’a pas fait ses devoirs en omettant de fournir une analyse valable d’autres sites sur le Saint-Laurent qui pourraient accueillir son terminal méthanier. Pêches et Océans Canada est d’avis que le projet ne répond pas à une exigence de la LEP, soit que toutes les solutions de rechange susceptibles de minimiser les conséquences négatives de l’activité pour l’espèce soient envisagées et la meilleure solution retenue. Le promoteur n’a considéré aucun site situé en aval du Saguenay hors de l’habitat essentiel du béluga et des aires d’alimentation intensive du rorqual bleu, constate-t-on.


Or, GNL Québec n’a aucune intention de déplacer son terminal. On fait valoir que Saguenay lui offre un port en eau profonde accessible à l’année, des infrastructures existantes et la proximité des lignes d’Hydro-Québec alimentant l’usine qui est appelée à consommer autant d’électricité qu’une aluminerie. Le promoteur a indiqué qu’il proposera des mesures pour atténuer les risques pour les deux espèces menacées, notamment par l’emploi de méthaniers à la fine pointe et plus silencieux, méthaniers qui ne sont pas encore développés, par ailleurs. Énergie Saguenay, ou GNL Québec, ne serait pas propriétaire des navires mais pourrait imposer leurs spécifications à leurs clients en vertu de contrats à long terme, a-t-on expliqué. Est-ce réaliste ? On peut en douter.


Pour l’heure, nous voyons mal comment le gouvernement fédéral, au terme de son évaluation environnementale, respecterait sa propre loi sur les espèces en péril s’il donnait son aval au projet. En clair, il est difficile de concevoir que les activités de ce terminal méthanier ne contribueraient pas à la détérioration de l’habitat essentiel du béluga. Qui plus est, il ne s’agit pas seulement de maintenir le niveau de bruit actuel, mais de réduire cette pollution sonore, si néfaste pour l’espèce. C’est l’engagement d’Ottawa.


Il ne faut pas compter sur le gouvernement caquiste pour rappeler à Ottawa ses responsabilités. Déjà, le premier ministre, François Legault, a pris fait et cause pour ce projet qui, a-t-il soutenu en reprenant les affirmations du promoteur, ferait diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES), non pas au Québec, bien entendu, mais à l’étranger, en permettant le remplacement du charbon ou du mazout par le gaz naturel. Or, selon l’ACEE, le promoteur n’a pas fait la démonstration que ce serait le cas.


Salivant devant des perspectives de développement économique, le gouvernement Legault se soucie comme d’une guigne du sort des bélugas, tout en fermant les yeux sur la production de GES associée à Énergie Saguenay. En matière de protection de l’environnement et de la biodiversité, il n’a malheureusement pas démontré qu’il était sérieux.









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