LE PQ MINORITAIRE

Sitôt élue, Pauline Marois est la cible d’une tentative d’attentat

Le visage haineux des « Anglais »


Robert Dutrisac - Pauline Marois a écrit l’histoire en devenant la première femme à devenir première ministre du Québec. Mais le Parti québécois n’a pu obtenir la majorité que sa chef appelait de tous ses voeux. Elle se retrouve à la tête d’un gouvernement minoritaire, ce qui ne manquera pas de lui compliquer la tâche.
La vigueur du vote libéral, qui a fait mentir les sondages, a permis au parti de Jean Charest de récolter 50 sièges. La Coalition avenir Québec (CAQ) a réussi à prendre au PQ des circonscriptions cruciales dans la couronne de Montréal, mais le parti de François Legault a dû se contenter de l’élection de 19 députés, victime de la résilience du Parti libéral. Le PQ occupera 55 sièges à l’Assemblée nationale. La victoire de Françoise David dans Gouin assure à Québec solidaire un deuxième siège, avec la réélection d’Amir Khadir dans Mercier.

Au chapitre des suffrages exprimés, le PQ en recueille 32 %, tandis que la CAQ en récolte 27 %, ce qui correspond aux coups de sonde. En revanche, le Parti libéral récolte 31 % des votes, un point seulement de moins que le PQ et trois ou quatre points de plus que ne lui en accordaient les sondeurs. Plusieurs luttes serrées avaient encore cours hier soir et, dans bien des cas, leur issue n’était pas arrêtée.
L’allocution de Pauline Marois a été interrompue quand ses gardes du corps l’ont saisie pour la sortir de la scène: un homme armé a été maîtrisé par les policiers à l’arrière du Métropolis où se déroulait la soirée électorale du PQ. La chef péquiste a pu reprendre son discours par la suite. (voir autre texte)
«Une page d’histoire s’ouvre pour le Québec. Pour la première fois, le gouvernement du Québec sera dirigé par une femme», a déclaré Pauline Marois dans son allocution en fin de soirée. «Je suis très émue d’être la première à qui incombe cette fonction.»
«Je serai la première ministre de tous les Québécois, y compris de la jeunesse québécoise», a-t-elle dit. À la communauté anglophone, elle a déclaré qu’elle allait protéger leurs droits. Au reste du Canada, elle a prévenu qu’«en tant que nation, nous voulons prendre nous-mêmes nos décisions qui nous concernent», a-t-elle déclaré. «On veut un pays et nous l’aurons.»
Tout au long de la campagne, Pauline Marois a martelé que seule une majorité lui permettrait de remplir ses engagements électoraux. Un gouvernement minoritaire rendra très difficile la réalisation des engagements électoraux du PQ. On pense notamment au projet de loi sur la laïcité, à celui sur la citoyenneté ou encore au nouveau régime de redevances. «Nous gouvernerons de façon responsable dans l’intérêt public.»
Si le Parti libéral fait somme toute bonne figure et devient l’opposition officielle, Jean Charest, lui, a mordu la poussière dans sa circonscription de Sherbrooke. Il n’a pas annoncé sa démission comme chef du Parti libéral et demeure premier ministre jusqu’à la passation des pouvoirs. Le Parti libéral devra se trouver un nouveau chef, et on peut croire que les libéraux ne seront pas trop pressés de défaire le gouvernement péquiste pour se retrouver en élection.
Si Le PQ peut se réjouir de la victoire de l’ex-président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Léo Bureau-Blouin, dans Laval-des-Rapides, il perd son député de Gouin, Nicolas Girard, qui avait exposé le «scandale des garderies» du gouvernement libéral. Sa candidate Djemila Benhabib a aussi été battue dans Trois-Rivières. Un autre candidat vedette, Bernard Généreux, l’ex-président de la Fédération québécoise des municipalités, a connu le même sort alors que Daniel Ratthé, un transfuge caquiste, a connu la victoire. À la CAQ, Jacques Duchesneau l’a emporté dans Saint-Jérôme, mais le Dr Gaétan Barrette n’a pu se faire élire dans Terrebonne où le péquiste Mathieu Travery l’a emporté. L’ex-présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec, Maud Cohen, a été battue par le jeune Léo Bureau-Blouin, dans Laval-des-Rapides.
Pour la CAQ, le résultat est décevant, puisque le parti de François Legault, à défaut de prendre le pouvoir, aspirait à former l’opposition officielle. Le chef caquiste a prévenu en compagne électorale qu’il ne collaborera pas avec un gouvernement péquiste minoritaire et que ses jours étaient comptés. Dans son allocution, François Legault s'est montré plus conciliant.
Par ailleurs, le chef caquiste a souligné que le défi était énorme pour un nouveau parti. «On avait des preuves à faire», a déclaré le chef caquiste dans son allocution en fin de soirée. «Le paysage politique au Québec ne sera plus le même. On assiste aujourd’hui à l’émergence d’une nouvelle force politique au Québec.»
La chef péquiste doit donner mercredi une conférence de presse à Montréal où elle fournira les détails sur la suite des choses. Quant à Jean Charest, il se retrouvera à Québec pour tenir un dernier conseil des ministres et se réunir en caucus avec ses députés.


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