Le mot qui rend fou

PI - Parti indépendantiste

Pendant des années, il suffisait de prononcer le s word pour que certains perdent les pédales dans la communauté anglo-québécoise et dans le reste du Canada. S pour «séparation», bien entendu.
Chez les souverainistes, c'est maintenant le mot en r qui peut faire capoter. R pour «référendum» et ses dérivés, comme «référendisme». On a beau essayer de le cacher, ce diable de mot réapparaît toujours quelque part.
Cette semaine, c'était au tour du SPQ libre de ressusciter la vieille idée du référendum d'initiative populaire, qui resurgit périodiquement avec diverses variantes depuis un quart de siècle.
André Larocque a annexé à son livre Le Parti de René Lévesque - Un retour aux sources, publié l'an dernier, le projet de loi que l'ancien premier ministre lui avait commandé en 1984 et qui avait connu le même sort que son projet de réforme du mode de scrutin. Mario Dumont l'avait dépoussiéré et présenté à l'Assemblée nationale en mai 2000, mais Lucien Bouchard l'avait aussitôt retourné sur les tablettes.
La proposition du SPQ libre ressemble davantage au projet qu'un quatuor de jeunes députés péquistes avait mis en avant en février 2005 dans la mesure où la «loi sur le référendum du peuple» ne pourrait s'appliquer qu'à une consultation portant sur la souveraineté. Dans le projet Lévesque-Dumont, toute question d'intérêt public aurait pu faire l'objet d'un référendum.
En février 2005, Pauline Marois avait trouvé l'idée «très intéressante». Remarquez, elle a changé d'avis tellement souvent sur tous les sujets qu'il ne faut en tirer aucune conclusion. D'ailleurs, à l'époque, il suffisait que Bernard Landry soit contre quelque chose pour qu'elle soit pour, et vice-versa.
Officiellement, la position de la chef du PQ consiste à laisser le conseil national de la mi-mars disposer de la proposition du SPQ libre. En réalité, la perspective d'un nouveau débat sur la mécanique référendaire ne l'emballe pas du tout.
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Quand elle a pris la direction du PQ, Mme Marois était bien déterminée à se débarrasser du SPQ libre. Ce parti au sein du parti que Bernard Landry avait laissé en héritage à ses successeurs l'agaçait profondément.
Pour éviter un affrontement en règle qui risquait de déchirer le PQ, les deux partis ont convenu d'un arrangement. Le SPQ libre pouvait conserver son statut et poursuivre ses activités, mais il s'engageait à ne pas contester l'autorité de Mme Marois.
Jusqu'à présent, l'entente a été respectée. Pour l'heure, la chef du PQ bénéficie d'un meilleur rapport de force, mais elle connaît trop bien son parti pour s'imaginer que la paix puisse durer éternellement. Un jour ou l'autre, son étoile pâlira, et son autorité avec elle.
Les dirigeants du SPQ libre estiment que leur proposition permettra d'éviter l'écueil du «référendisme» dénoncé par Gérald Larose. Ils ajoutent que «cette approche qui jumelle la gouvernance souverainiste et la tenue d'un référendum populaire permet de garder le cap sur l'indépendance».
Depuis que Mme Marois a reporté sine die la tenue d'un référendum, plusieurs doutent précisément qu'elle veuille maintenir le cap sur l'indépendance. Même si elle fait sienne la stratégie dite des «gestes de souveraineté» élaborée par M. Larose, elle a bien précisé qu'elle respecterait le cadre constitutionnel canadien. Dans son entourage, on préfère d'ailleurs parler de «gouvernance nationale» plutôt que de «gouvernance souverainiste».
Adopter une loi sur le référendum d'initiative populaire permettrait à Mme Marois d'assurer qu'elle ne déclenchera pas de référendum au cours d'un premier mandat mais qu'elle respectera la volonté populaire.
Elle devrait cependant accepter le risque de voir tomber cette épée de Damoclès. Il ne serait pas si difficile de réunir les signatures de 10 % des électeurs inscrits, soit environ 500 000 personnes. Pourquoi Lucien Bouchard et Bernard Landry étaient-il si opposés à cette idée, croyez-vous?
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L'aversion que le mot en r inspire à certains peut entraîner des dérives inquiétantes, comme en témoigne le discours tenu par le Parti indépendantiste (PI), qui a été officiellement reconnu par le Directeur général des élections et qui tiendra son assemblée de fondation demain.
Depuis la défaite de 1995, la nécessité même de tenir un référendum a souvent été remise en question. Plus encore depuis l'adoption de la Loi sur la clarté, en vertu de laquelle Ottawa prétend s'arroger le droit de modifier les règles du jeu à sa guise. Du coup, le référendum serait devenu un piège que les souverainistes doivent à tout prix éviter.
Comme bien d'autres avant lui, le PI propose de revenir au principe de l'élection référendaire, qui avait été rejeté au congrès péquiste de 1974. L'élection d'une majorité de députés souverainistes à l'Assemblée nationale suffirait à déclarer l'indépendance du Québec, peu importe la proportion de voix qu'ils auraient recueillie.
Un des effets politiques recherchés par la Loi sur la clarté était précisément d'amener les souverainistes à succomber à la tentation du radicalisme. Stéphane Dion a d'autres chats à fouetter ces temps-ci, mais la lecture du [texte que le chef du PI, Éric Tremblay, a fait paraître jeudi dans Le Soleil->11430] l'aurait certainement réjoui.
Outre le piège que constitue la Loi sur la clarté, M. Tremblay déplore que le référendum «accorde un veto au bloc canadien du Québec constitué des Canadiens et des citoyens d'origines étrangères anglicisés qui rejettent à la quasi-unanimité l'indépendance du Québec».
«Malgré un appui majoritaire de 61 % du peuple québécois (Québécois de souche française et Québécois d'origines étrangères vivant en français), le Québec n'est toujours pas un pays», poursuit M. Tremblay.
Autrement dit, si le référendum de 1995 a été volé, ce n'est pas à cause des irrégularités qui ont pu être commises ou à cause de la soudaine floraison de nouveaux citoyens canadiens mais parce que les non-francophones avaient le droit de vote. Selon le chef du PI, cela impose «une exigence démocratique inacceptable». Là, on ne parle plus seulement des «votes ethniques» mais également des votes anglophones.
De grâce, ne prononcez pas le mot en r devant certaines personnes, il peut rendre fou.
mdavid@ledevoir.com


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