LANGUE FRANÇAISE

Le mirage d’Ottawa

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« Paul St-Pierre Plamondon, le seul qui n'ai pas tombé dans ce piège à con, celui de quémander à une autre nation la défense de notre langue »


La sortie des anciens premiers ministres pour le français n’est pas anodine. En se rassemblant pour exiger que la loi 101 s’applique aux entreprises régies par le gouvernement fédéral, ils reconnaissent que la situation du français est inquiétante et exige un redressement particulier. 


Il est bien que le Québec fasse front commun pour défendre le français. Il y a en ce moment au Québec un réveil linguistique. 


Mais le Québec se laisserait entraîner dans une terrible illusion s’il en venait à croire que ce possible gain sur la scène fédérale est majeur et peut renverser la tendance de l’anglicisation. Appelons ça le mirage d’Ottawa.


Consensus


Je crains que nous en venions à nous faire croire que cette victoire serait tellement importante qu’elle pourrait nous satisfaire pour nous permettre de nous rendormir ensuite. Nous sommes en train de nous tricoter une victoire symbolique au rabais, en plus de demander à Ottawa de sauver le français à notre place. Ne confondons pas une mesurette et une révolution. Ne voyons pas dans l’éventuelle concession symbolique d’Ottawa une preuve de la flexibilité du fédéralisme.


Imaginons qu’Ottawa cède. Très bien. 


Mais ce ne serait pas grand-chose si le gouvernement du Québec ne prend pas lui-même la question à bras-le-corps. 


On devine que Simon Jolin-Barrette voudrait frapper fort, et rapidement. Peut-être François Legault est-il en train de s’en convaincre lui-même. Mais on trouve dans sa coalition des éléments moins hardis et même très réservés quand vient le temps d’engager le combat linguistique.


Il y a pourtant urgence linguistique.


Disons les choses clairement : si le gouvernement décide de financer l’agrandissement de Dawson (et de contribuer ainsi à l’anglicisation accélérée de Montréal), de ne pas appliquer la loi 101 au niveau collégial et de ne pas baisser significativement les seuils d’immigration, il aurait beau plastronner avec son petit gain à Ottawa, il aura laissé la situation dégénérer. 


Allons plus loin : même une loi 101 très musclée ne pourra pas grand-chose devant les seuils d’immigration actuels. Notre capacité d’intégration linguistique est limitée.


Dans cette galère, Paul St-Pierre Plamondon, le chef du Parti québécois, fait bande à part. On lui a beaucoup reproché de ne pas avoir signé la lettre récente portant sur ce sujet. Il s’agissait d’une maladresse politique, peut-être. Mais on oublie l’essentiel : en ce moment, il se démène avec raison pour que les Québécois ne se laissent pas bluffer par le mirage d’Ottawa.


PSPP


On le présente comme un égaré, comme s’il faisait passer le parti avant la patrie. C’est faux. Il invite les Québécois à ne pas se laisser bluffer. C’est un lanceur d’alerte politique.


On en revient à la question nationale. 


Dans le Canada, nous sommes pris à demander des moignons de reconnaissance symbolique et juridique, qu’on nous accordera peut-être, ou peut-être pas. Nous devons toujours formater nos revendications dans un environnement institutionnel fondé sur la négation de notre existence comme peuple. Le fédéralisme nous diminue, et nous anglicise.




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