Le gros nez rouge de Guy Laliberté et un imposteur nommé Yann Martel

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Je n’ai pas regardé très longtemps le show des étoiles de Guy Laliberté. Le gros nez rouge de clown qu’il s’obstinait à porter avait l’air d’une verrue au milieu de son visage. Et la fameuse goutte d’eau qui se promenait de l’espace à la Terre ressemblait à un monstrueux spermatozoïde solitaire et schizophrène qui avait l’air de se demander ce qu’il faisait là, à fortiller mollement de la queue.
Quant au conte dit poétique de Yann Martel, quel ramassis de lieux communs, d’angélisme juvénile, dont ne se dégageait pas la moindre sonorité. Yann Martel plutôt que Claude Péloquin? Et pourquoi donc? Parce que Claude Péloquin, authentique poète, n’est que québécois et français et porte en lui une culture qui est foncièrement la nôtre? Yann Martel, lui, a abandonné son héritage québécois, a choisi d’écrire en anglais parce que quand on est ambitieux et sans vergogne, seule la langue anglaise est vraiment une langue de culture, donc une langue qui rapporte gros.
Contrairement à son père Émile Martel qui a écrit en français quelques romans qui ne sont guère rendus jusqu’au lecteur, et une quinzaine de recueils de poésie qui lui ont tout de même mérité le prix du gouverneur général du Canada, Yann Martel a préféré vendre son âme au diable. Son Histoire de Pi en a fait un grand écrivain canadian, même s’il s’agit d’une bluette dans lequel un invraisemblable tigre nous entretient d’un Dieu maladivement judéo-chrétien et digne de la théologie du pape Benoît le seizième! De la boursoufflure de renommée, engraissée grâce à la complaisance intéressée des médias.
Quand Yann Martel a annoncé publiquement qu’il considérait le premier ministre du Canada, Stephen Harper, comme un inculte et qu’il fallait l’initier à la littérature en lui faisant parvenir régulièrement des livres, tous les chroniqueurs québécois ont applaudi. Quel événement médiatique!
Le problème, c’est que tout ce monde-là s’en est tenu à l’événement, personne n’ayant eu la curiosité de se demander quels étaient les livres que Yann Martel faisait parvenir à Stephen Harper. Jusqu’à ce jour, il y en a soixante-huit : quelques-uns du Canada anglais, dont ceux de sa marraine internationale Margaret Atwood, et deux seulement du Québec : Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy (dans la traduction anglaise) et The Dragon Fly of Chicoutimi de Larry Tremblay! Tous les autres ouvrages sont étrangers : de l’angélique Petit prince de Saint-Exupéry au vieillot Bonjour tristesse de Françoise Sagan, rien d’autre qu’une littérature dite humaniste, universaliste, pour ne pas dire multiculturaliste, dont le Québec français, je le répète, est absent. Si c’est insultant pour les Québécois que nous sommes, ça doit l’être aussi pour Stephen Harper qui, à juste titre, se glorifie de maîtriser suffisamment le français pour être en mesure de le lire.
Voilà pourquoi il faut considérer Yann Martel comme un imposteur et dénoncer l’idéologie qui est au cœur de son entreprise. Car ce qu’il défend, c’est la même chose que ce que défend le gouvernement fédéral, un multiculturalisme auquel on voudrait convertir les Québécois, mais dans lequel ils ne tiendraient aucune place. C’est sans doute pour cette raison que le gros nez rouge de clown de Guy Laliberté a largué Claude Péloquin. Quand on est à la tête d’une multinationale dont la langue d’usage, même au Québec, est l’anglais, qu’est-ce qu’on s’en fiche du français, de la culture qu’il porte, même si elle est l’une des plus créatives au monde!
Bien davantage que Stephen Harper, c’est Yann Martel qui a besoin d’être éduqué. Aussi, les Éditions Trois-Pistoles lui feront-elles parvenir tous les mois un ouvrage littéraire québécois et souhaitent que tous les éditeurs d’ici en fassent autant, car si on a le droit de renier le monde dont on vient comme le fait Yann Martel, le mépris dans lequel on le confine ne peut être considéré que comme une trahison.
Victor-Lévy Beaulieu
Trois-Pistoles, le 12 octobre 2009

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Victor-Lévy Beaulieu84 articles

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Victor-Lévy Beaulieu participe de la démesure des personnages qui habitent son œuvre. Autant de livres que d'années vécues, souligne-t-il à la blague, comme pour atténuer l'espèce de vertige que l'on peut éprouver devant une œuvre aussi imposante et singulière. Une bonne trentaine de romans, une douzaine d'essais et autant de pièces de théâtre ; des adaptations pour la télévision





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