Le français menacé

Recensement 2006 - Langue française

Selon qu'on est fédéraliste ou souverainiste, anglophone ou francophone, il est de bon ton d'affirmer que le français se porte bien ou qu'il est menacé. Au-delà des clichés, un fait ressort des données du Recensement de 2006: le seul endroit au Canada où la menace d'assimilation des francophones n'est pas évidente, c'est au Québec.
À l'extérieur du Québec, le Canada ne compte plus que 4,1 % de citoyens dont le français est la langue maternelle, soit 975 000 personnes, contre 980 000 cinq ans plus tôt. Pire, un peu plus de la moitié d'entre elles seulement utilisent le plus souvent le français à la maison, l'autre moitié lui préférant l'anglais.
La tendance n'est pas nouvelle, mais elle est de plus en plus menaçante à mesure que la population «de souche» vieillit, que ses enfants passent à l'anglais et que les nouveaux arrivants choisissent l'anglais dans les neuf autres provinces.
Officiellement, les associations francophones hors Québec rêvent encore du jour où le nombre de francophones dépassera le million. Mais au rythme où vont les choses, cet objectif ne sera atteint que quand la population totale du pays aura crû au point de marginaliser tout à fait sa minorité francophone hors Québec.
Si ces données ne sont pas l'illustration froidement statistique de ce qu'on nomme l'assimilation, aussi bien redéfinir ce mot qu'Ottawa refuse d'utiliser de peur des conséquences politiques évidentes.
C'est d'ailleurs ce à quoi devrait s'attaquer l'ancien premier ministre Bernard Lord, récemment nommé par Stephen Harper pour conseiller le gouvernement conservateur en matière de langues officielles. Or, compte tenu des aspirations personnelles de M. Lord sur la scène fédérale, on peut se demander où il trouvera le courage de livrer des recommandations à la hauteur des difficultés, sans risquer de heurter la majorité anglophone du pays.
Au Québec comme dans le reste du pays, le pourcentage de citoyens dont le français est la langue maternelle a baissé depuis 2001, légèrement, il est vrai, mais c'est une première depuis 1931. Il se situe désormais sous la barre de 80 % de la population, à 79,6 %. Il en va de même de la proportion de Québécois qui ont le français comme langue d'usage à la maison: il est passé de 83,1 % en 2001 à 81,8 % en 2006.
La forte poussée de l'immigration explique évidemment cette tendance qu'on constate aussi pour l'anglais en Ontario. Or, les conséquences sont beaucoup plus graves au Québec à cause du statut fortement minoritaire du français sur le continent.
Fait intéressant, contrairement au passé, les immigrants de fraîche date qui utilisent une deuxième langue à la maison choisissent plus souvent le français que l'anglais. La loi 101 y est pour quelque chose, mais le phénomène s'explique aussi par l'origine ethnique des nouveaux arrivants, bon nombre provenant de pays où le français est parlé couramment.
La diminution du nombre d'habitants de l'île de Montréal qui, toutes origines confondues, parlent le français à la maison est cependant inquiétante: 54,2 % en 2006, contre 56,4 % en 2001. Cette réalité appelle à un effort magistral de la part du pouvoir politique. Malgré l'immigration, le français doit consolider et renforcer sa position en tant que langue de la vie courante à Montréal. Dans le commerce, au travail, à l'école et au collège, tout doit être mis en oeuvre pour inciter les nouveaux arrivants à apprendre le français et à vivre en français.
Partout au pays, la place du français est en perte de vitesse. En 1971, 25,7 % de la population canadienne parlait surtout le français à la maison. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que 21,4 %. Lorsque les francophones représenteront moins de 20 % du grand tout canadien, incluant le Québec, il n'est pas certain que les politiciens canadiens s'y intéresseront encore. Faute d'avoir fait le choix de la souveraineté politique, les francophones du Québec doivent aujourd'hui mettre les bouchées doubles pour défendre et promouvoir cette langue porteuse de leur culture.


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