Le féminisme comme garde-fou... et comme garde-folle

Avortement (C-484; Q-34)

En cette veille du 8 mars, l'égalité dont on parle tellement, au point d'en faire une valeur non négociable au Québec, reste fragile. Les plus jeunes femmes ont eu tendance à baisser les bras en se disant que le féminisme avait «fait la job» et, surtout, qu'il avait fait son temps et qu'il fallait passer à autre chose. Selon elles, les femmes avaient en main tous les outils nécessaires à leur indépendance et à leur développement. Un moment de grâce. Un moment qui dure ce que durent les roses...

Les femmes ont souvent choisi d'oublier que le féminisme est l'outil de légitime défense le plus utile et le plus approprié que nous puissions développer pour nous aider à faire face aux attaques qui surgissent dès que nous détournons notre attention. Les femmes vont devoir se réveiller, car les attaques ont recommencé de façon sournoise, et elles nous viennent non seulement des hommes mais aussi parfois des femmes elles-mêmes.
Les attaques des conservateurs
Les partis conservateurs du monde n'ont pas la réputation d'être particulièrement révolutionnaires en ce qui a trait à la condition des femmes. Leur désir de contrôler la vie des femmes, le corps des femmes, l'avancement des femmes, finit toujours par refaire surface sous prétexte qu'ils leur veulent du bien et qu'ils veulent les protéger.
Ce qui est plus inquiétant en ce moment, c'est que tous les partis politiques confondus, au fédéral comme au Québec, ont leurs conservateurs de service. Il y en a peut-être plus chez Stephen Harper, mais il y en a aussi chez les libéraux, à l'ADQ, où ils sont omniprésents, et même au PQ, où on en trouve des farouchement convaincus. En général, ils affirment que la femme est faite pour être à la maison à élever ses enfants et que si c'était le cas, le monde se porterait mieux. Ils n'ont toujours que le mot «famille» à la bouche et ont la nostalgie de la famille traditionnelle, dont ils sont bien évidemment le chef. Leur souci, c'est moins l'égalité des femmes que leur bien-être. Raison de plus d'être vigilantes.
On essaie de nous faire croire que les «politiques familiales» visent l'émancipation et le mieux-être des femmes. Erreur: les politiques familiales visent à maintenir le fonctionnement traditionnel de l'entité «couple avec enfants» même si c'est la femme qui se retrouve enfermée à plein temps sans aucune autre possibilité d'épanouissement personnel que maternel.
Le code Napoléon
Les attaques contre l'égalité des femmes et contre leur capacité à prendre leurs propres décisions ne viennent pas toujours exclusivement des hommes. J'entends que certaines femmes envisageraient actuellement de renoncer à des droits acquis de haute lutte par d'autres femmes. En ce moment, certaines souhaitent reprendre le nom du mari au moment du mariage. Quel retour en arrière! Ainsi, on aura peut-être le bonheur de revoir des «Madame Hector Laflamme» dans nos journaux, des femmes sans identité propre.
D'autres ont réclamé un amendement au Code civil qui aurait pour résultat de marier de force des conjoints qui n'ont pas jugé bon de le faire alors qu'ils le pouvaient. On cite le cas de cette femme qui poursuit un «conjoint de fait» très riche afin d'obtenir une pension alimentaire très confortable en voulant faire reconnaître son union libre comme un mariage par les tribunaux. Il faut se réveiller, les filles! L'égalité ne signifie pas gagner à la loterie. Il faut assumer ses décisions. Quand on veut la protection du mariage, on se marie. On a le choix.
Avec ses 100 $ par semaine, Mario Dumont nuit aux femmes beaucoup plus qu'il ne les aide. Suggérer à une femme de quitter le monde du travail pour élever un enfant, c'est lui assurer la pauvreté dans ses vieux jours. Deux mariages sur trois se terminent par un divorce. Pour ne pas être pauvre, une femme doit travailler à l'extérieur du foyer toute sa vie, recevoir un salaire, investir dans des REER, s'assurer une pension raisonnable et ne pas se laisser distraire de son objectif par des promesses électorales ou matrimoniales. C'est difficile? Les femmes le savent. C'est pour ça qu'elles exigent que les hommes fassent leur part de tâches ménagères à la maison et qu'elles réclament des places dans des garderies de qualité. Tout le reste, c'est de la poudre aux yeux, que ça vienne d'Ottawa ou de Québec.
La dernière trouvaille vient du PLQ, où on se tord les méninges pour inventer une politique familiale. Une avocate a proposé que les foetus aient droit aux crédits d'impôt après 22 semaines de gestation. Là, honnêtement, il faudrait que quelqu'un lui explique dans quoi elle nous embarque. Le lobby pro-vie est de nouveau en marche. Le féminisme est plus nécessaire que jamais. Bonne fête quand même, les filles.


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