Le dogmatisme de Québec solidaire

Conseil national - Collogue PQ - immigration et langue - 21-22 novembre -

Dans une [lettre publiée hier dans Le Devoir->23389], Françoise David, porte-parole de Québec solidaire (QS), reprend pour une énième fois la litanie des récriminations de son parti envers le Parti québécois.

D'abord, il est intéressant de constater à quel point QS bâtit l'essentiel de son argumentaire et de son programme politique contre le PQ. Sur son site Web, il suffit de quelques minutes pour constater que la majorité des propositions de ce parti commencent par «le PQ a promis ceci» ou «le PQ a fait cela». Si les militants de QS mettaient le tiers de l'énergie qu'ils investissent à dénigrer le PQ pour attaquer la machine fédéraliste du PLQ, les militants péquistes ne verraient probablement pas en eux des adversaires, mais plutôt des militants souverainistes qui, quoique trop à gauche pour un parti de centre, pourraient être des alliés circonstanciels dans le combat pour l'indépendance du Québec.
Mais tel n'est pas le cas. En fait, la lettre de Mme David, et son titre plus encore («Les mauvais calculs du PQ»), démontrent clairement la nature de QS: un parti anti-PQ. C'est le PLQ qui est au pouvoir, mais Mme David prend le temps d'écrire un nouveau réquisitoire contre les méchants péquistes. Comme cannibale de la question nationale, il ne se fait guère mieux.
Que QS veuille rallier la gauche dure, c'est légitime. Mais ce parti n'a absolument aucune leçon d'indépendantisme à donner. Il y a plusieurs éléments sur lesquels les indépendantistes tentés d'appuyer QS devraient méditer. En voici au moins deux.
D'abord, l'orientation obligatoirement à gauche du projet de pays. C'est un non-sens, un cul-de-sac. Mme David, comment un pays peut-il se définir comme étant à gauche? Après l'indépendance, vous interdiriez les partis de droite? J'ose espérer que la démocrate en vous ne croit pas qu'il soit possible de maintenir un monopole politique pour la gauche sur un pays! Ensuite, que cela vous plaise ou non, il y a beaucoup de souverainistes qui ne sont pas de gauche. Vous voulez exclure ces gens du projet de pays? Pas très rassembleur, tout ça! Et si le Canada devenait à gauche? On n'aurait plus besoin de l'indépendance, comme le suggérait en janvier dernier Amir Khadir à l'émission de Benoît Dutrizac?
Ensuite, il y a l'appui sans équivoque de QS au multiculturalisme canadien. Mme David et M. Khadir ont démontré à plusieurs reprises qu'ils n'étaient pas des nationalistes prêts à défendre notre identité nationale. Ils appuient le port du voile islamique dans la fonction publique, un symbole d'intégrisme religieux et de domination des femmes. Venant d'une militante féministe de longue date, c'est particulièrement consternant. Je vous pose la question: pourquoi faire l'indépendance si c'est pour calquer notre façon de vivre ensemble sur celle du Canada?
Ce que cela démontre, c'est que contrairement aux prétentions de Mme David, QS a tout sauf une vision claire et cohérente de la souveraineté. Les indépendantistes ont donc un choix clair. Le premier, c'est QS: l'indépendance comme moyen d'être le plus à gauche possible, tout en gardant le multiculturalisme canadien qui broie notre identité nationale. Le second, c'est le PQ: l'indépendance comme moyen d'affirmation nationale pour protéger notre identité et notre langue en instaurant une république laïque débarrassée du nihilisme multiculturaliste.
À gauche, au centre, à droite... Le combat pour l'indépendance nationale a besoin de tout le monde. Continuer de se diviser en chapelles comme le propose QS, c'est non seulement la recette de l'affaiblissement du mouvement souverainiste, mais aussi la voie vers une majorité permanente pour le PLQ. Les gens de la gauche veulent-ils vraiment cela? Sûrement pas!
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L'auteur s'exprime à titre personnel
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Marc Desnoyers, Vice-président PQ-Mercier


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