Le dindon de la farce

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Dans la confédération canadienne, le Québec sera toujours le dindon de la farce

Après avoir donné l’impression de vouloir s’allier aux autochtones pour forcer la réouverture du dossier constitutionnel, le premier ministre Couillard a rapidement mis la pédale douce.

M. Couillard estime depuis un bon moment que la carte autochtone constitue un atout pour faire valoir les revendications du Québec. Lors de l’élection du chef de l’Assemblée nationale des Premières Nations, en décembre 2014, il avait misé sur Ghislain Picard, en qui il voyait un allié potentiel, mais c’est finalement le Saskatchewanais Perry Bellegarde qui a été élu.

Vendredi dernier, à l’occasion de la rencontre des premiers ministres, M. Bellegarde a repris la demande des autochtones de se voir reconnaître dans la Constitution le statut d’ordre de gouvernement, au même titre que les provinces et les territoires. M. Couillard est cependant conscient du peu d’appétit pour une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles, aussi bien à Ottawa que dans le reste du Canada.

Personne ne souhaite revoir le vieux film de l’entente de Charlottetown, dans laquelle on avait convenu de faire une place aux autochtones dans les institutions fédérales. Leur représentation à la Chambre des communes et au Sénat aurait été garantie et il aurait fallu les consulter dans le processus de nomination des juges de la Cour suprême. Ils auraient également été conviés aux rencontres des premiers ministres si les discussions portaient sur des sujets les concernant directement.

Dans le texte de l’entente, toutes ces dispositions étaient cependant marquées d’un astérisque signifiant qu’elles devraient faire l’objet d’un accord politique distinct, leurs modalités restant à définir. Il est difficile de dire dans quelle mesure cette question a contribué au rejet de l’entente lors du référendum d’octobre 1992, mais plusieurs ont eu l’impression qu’on leur tendait un piège kafkaïen.

Sans vouloir précipiter la réouverture de la Constitution, le gouvernement Couillard voudrait manifestement amorcer quelque chose. Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Jean-Marc Fournier, a évoqué la nécessité d’aménager « un espace pour pouvoir discuter » et faire en sorte que « les gens comprennent ce que ça veut dire ».

Cela rappelle un peu la période entre l’échec de l’accord du lac Meech et l’entente de Charlottetown, quand Robert Bourassa insistait continuellement pour faire la distinction entre des « discussions » de nature constitutionnelle et des « négociations » proprement dites.

Diverses commissions avaient alors sillonné le pays afin de prendre le pouls de la population et lui expliquer le sens des revendications du Québec. Le résultat avait été pour le moins mitigé. Plutôt que de susciter l’esprit d’ouverture espéré, ces consultations avaient souvent eu pour effet d’accroître la méfiance envers le Québec et l’inquiétude que suscitaient les modifications projetées.

Ce qu’on entendait dans ces forums était parfois consternant. À Toronto, un jeune fermier qui avait fait le voyage depuis l’Alberta avait dit craindre que les concessions faites au Québec ne l’incitent à se comporter de façon aussi impériale au sein de la fédération canadienne que la Russie le faisait dans la nouvelle Communauté des États indépendants (CEI), qui avait remplacé la défunte URSS. Comme par hasard, le lendemain matin, le Toronto Sun rappelait à ses lecteurs le caractère « raciste » et « fasciste » de la loi 178 sur l’affichage commercial que le gouvernement Bourassa avait fait adopter en utilisant la disposition de dérogation (« clause nonobstant »).

L’attitude ambiguë de Justin Trudeau sur la question de la représentation autochtone a suscité une certaine perplexité à Québec. Après la rencontre des premiers ministres, il a manifesté son désir d’« établir un renouveau avec les autochtones », tout en évitant les « chicanes constitutionnelles », une expression qui est généralement associée aux revendications du Québec.
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