Le débat des chefs vu et commenté par les Zapartistes - De la caricature à la réalité, la différence est parfois si ténue...

Élections 2006


Pendant que des militants libéraux étaient réunis dans un restaurant à deux pas de la Maison de Radio-Canada mardi soir pour applaudir la prestation de leur chef au débat, les membres du groupe d'humoristes engagés Les Zapartistes avaient rendez-vous avec la matière première de leurs caricatures cinglantes: les politiciens.
Les «Zap» se sont délectés des perles langagières des chefs, celles de Paul Martin au premier rang, et ont tourné en dérision leurs phrases d'attaque politique au bar L'Inspecteur Épingle, sur le Plateau Mont-Royal.
«Si tous les criminels sont incarcérés, vous allez perdre quelques députés, M. Martin !», a lancé François Parenteau, éjecté de Radio-Canada avant les Fêtes, sa chronique à l'émission de radio Samedi et rien d'autre étant jugée trop pamphlétaire pour la société d'État.
Il était attablé devant un écran géant en compagnie de ses acolytes zapartistes Christian Vanasse, François Patenaude et Nadine Vincent, en plus de ceux qu'ils appellent, par emprunt au vocabulaire des motards, leurs «hang around», soit la comédienne Brigitte Poupart, le sociologue Francis Dupuis-Déri ainsi que quelques amis.
Les humoristes, qui font des faux bulletins de nouvelles et des imitations des chefs leur spécialité, ont retrouvé avec joie les tics de langage et les mantras des hommes politiques qu'ils parodient. «Je suis désespérée de voir à quel point nos personnages sur scène sont justes. Les politiciens reproduisent leurs propres caricatures», a expliqué Nadine Vincent, un des membres qui oeuvrent à l'arrière-scène.
En effet, pendant le débat, lorsque Gilles Duceppe a répété pour une énième fois que les Québécois ne sont ni mieux ni pires que les Canadiens anglais, juste «différents», François Patenaude a complété la phrase par-dessus la voix du chef bloquiste. Son discours «devient un peu redondant», a confié le Zapartiste, dont les allégeances personnelles vont plutôt du côté du NPD.
S'ils multiplient les blagues mordantes -- leur credo n'est-il pas «rire est une si jolie façon de montrer les dents» ? --, les Zapartistes se sont transformés en commentateurs plus que sérieux sitôt le débat terminé.
Ouvertement indépendantiste, François Parenteau a dit penser que le chef bloquiste n'a pas suffisamment parlé de souveraineté alors qu'il interprétera vraisemblablement un fort appui au Bloc au lendemain du vote comme un appui à la souveraineté. «C'est vrai que c'est usurper un peu [le résultat].»
Lorsque M. Duceppe s'est vanté de mener sa sixième campagne électorale fédérale, François Parenteau a répliqué : «Tu pourrais peut-être le dire que tu ne veux pas rester trop longtemps encore, ce serait peut-être utile !»
Mais sa cible préférée demeure Paul Martin, dont il a complété la ritournelle selon laquelle le juge Gomery a «exonéré» les membres de son gouvernement avec l'expression «tel que je lui ai demandé». Au sujet d'Option Canada, il a sursauté quand il a entendu Paul Martin dire que les documents récupérés par les auteurs du livre paru lundi avaient été «volés» : «Imagine, il a fallu que deux crisses de têtes de mule fouillent dans les poubelles pour le sortir !»
Parenteau a sa petite idée sur l'origine de ces scandales auxquels des fédéralistes québécois ont été mêlés. Il cite une vieille entrevue de Jean Chrétien, qui avait affirmé : «Que voulez-vous, moi aussi, j'aurais aimé ça qu'on gagne la bataille des plaines d'Abraham.» «La base de son implication dans le Canada, c'est l'acceptation de la défaite. Ça donne des politiciens plus cyniques, qui se disent : c'est ça, le système, on va faire avec», avance-t-il.
Curieusement, les Zapartistes, qui campent ouvertement à gauche du spectre politique, ne se sont pas particulièrement enflammés sur le cas de Stephen Harper. «C'est un mélange de Jeannot Prudent et de bonhomme Playmobil», a illustré Christian Vanasse lorsque le chef conservateur est apparu à l'écran au début de la soirée.
Christian Vanasse avait néanmoins de bons mots pour Harper en fin de soirée : «Je l'ai trouvé assez honnête, compréhensif, quasiment réconciliant», a-t-il analysé avec plus de sérieux. «Si j'étais fédéraliste, je dirais que c'est lui qui a gagné», a renchéri son compère Parenteau. Il ne s'inquiète pas outre mesure de la propension de Harper à vouloir réduire la taille de l'État en diminuant les impôts : «Le Québec peut prendre ce terrain pour augmenter ses propres impôts.»
À l'instar de quelques commentateurs politiques, les humoristes ont aussi dénoncé les emprunts des politiciens fédéraux à l'iconographie souverainiste. Stephen Harper a fait référence à René Lévesque à deux reprises alors que Jack Layton a parlé d'établir les «conditions gagnantes» pour que le Québec évolue au sein du Canada.
Les clous de la soirée ? Martin qui a traité Duceppe d'«impuissant» et qui a évoqué le «choix des femmes de choisir pour elles-mêmes» afin d'éviter de prononcer le mot «avortement»; Layton qui a parlé de «baiser les impôts»; Harper et la «putabilité» (plutôt que l'imputabilité); Duceppe qui a assimilé les interventions du gouvernement fédéral dans les champs de compétence du Québec à un voisin qui viendrait choisir la couleur de votre chambre à coucher.
Au tout début de la soirée, les Zapartistes ont aussi connu leur moment de gloire quand on a pu lire sur la bande défilante de RDI que l'ombudsman de la SRC avait reçu 150 plaintes pour avoir mis fin au contrat de François Parenteau. «J'ai mon bandeau, câlice !», s'est exclamé le principal intéressé en trinquant avec ses amis. L'humoriste, qui publiera un recueil de ses chroniques la semaine prochaine, est persuadé que son remerciement en pleine campagne électorale n'est pas une simple coïncidence : «Ça pue !», laisse-t-il tomber, laconique.


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