Le curé Gravel avec le Bloc

Le défenseur des homosexuels serait candidat dans Repentigny

Ottawa - prochaine élection 2007


par Castonguay, Alec
Ottawa - Si Rome le veut, le controversé prêtre Raymond Gravel pourrait bien devenir le prochain député bloquiste de Repentigny. Figure bien connue depuis son passage remarqué à l'émission Tout le monde en parle, Raymond Gravel s'est dit «très intéressé» par le fait de devenir le prochain député fédéral de cette circonscription située à l'est de Montréal. Il a déjà manifesté ses intentions au Bloc québécois, qui recevra sa candidature avec joie, a appris Le Devoir.
L'élection partielle du 27 novembre prochain pourrait donc amener à Ottawa un prêtre haut en couleur, homosexuel, ex-prostitué et défenseur des marginaux de la société. Le tout à la veille d'un vote aux Communes concernant la réouverture du débat sur les mariages gais.
La circonscription de Repentigny est un bastion du Bloc québécois, qui fait élire ses députés avec d'écrasantes majorités. En janvier 2006, Benoît Sauvageau, décédé en août dernier, avait récolté plus de 60 % des votes, en route vers une majorité de 24 000 voix. Le candidat qui portera les couleurs de la formation souverainiste devrait donc arriver aux Communes en novembre prochain.
L'investiture bloquiste devrait avoir lieu sous peu, mais Raymond Gravel pourrait bien être le seul en lice. Il attend toutefois la permission de l'Église catholique, qui doit approuver son départ indéterminé, avant d'annoncer officiellement sa candidature. La réponse de Rome à sa requête devrait arriver d'ici deux ou trois jours, dit-il.
«J'ai déjà signalé au Bloc que je suis très intéressé à [sic] devenir candidat dans Repentigny, a-t-il dit lors d'un entretien avec Le Devoir hier soir. Je dois attendre de voir si Rome me donne la permission, parce qu'il n'est pas question que je défroque pour me lancer en politique. Je suis prêtre dans mon coeur et dans mon âme. Je veux le rester.»
Raymond Gravel soutient que devenir député serait une «expérience de vie nouvelle» qui lui permettrait de poursuivre le travail de Benoît Sauvageau, qu'il connaissait bien. C'est d'ailleurs lui qui a dirigé la cérémonie funèbre de M. Sauvageau, le 1er septembre dernier. «Quand on est député, on travaille avec la population et c'est ce que j'aime. Ce n'est pas juste une question de souveraineté du Québec», dit-il.
Le Bloc québécois lui semble une bonne formation politique principalement parce qu'elle ne peut pas former le gouvernement à Ottawa, ajoute-t-il. «J'aime le Bloc parce qu'il ne peut pas prendre le pouvoir. C'est donc vraiment être au service de la population que d'être député du Bloc. Je pense que j'aimerais cette expérience, même si je ne veux pas faire une longue carrière en politique», dit-il.
Raymond Gravel voudrait poursuivre à Ottawa les batailles qu'il mène depuis des années. «Je prends la défense des femmes qui se font avorter. Je prends la défense des marginaux. Je me bats contre les injustices et je veux plus d'égalité», dit ce prêtre catholique. Est-ce que ses prises de position et son passé houleux pourraient lui nuire en campagne électorale? «Je pense que la politique canadienne est assez ouverte», soutient-il.
Au Bloc québécois, on voudrait bien voir Raymond Gravel porter les couleurs du parti dans cette élection partielle. La déclaration officielle laisse toutefois la porte ouverte à d'autres candidats en vue de l'investiture. «Il y a présentement plusieurs personnes qui pourraient être intéressées, mais c'est certain qu'on se réjouit de la qualité des candidatures, notamment de celle de Raymond Gravel», a soutenu au Devoir Frédéric Lepage, porte-parole du parti.
Raymond Gravel est un prêtre haut en couleur qui n'a pas peur de défendre les mariages gais malgré les sermons du Vatican. Né en 1952 à Saint-Damien de Brandon, il est le quatrième enfant d'une famille de six. Il a quitté sa région pour venir s'établir à Montréal alors qu'il n'avait que 16 ans. En juin 2005, lors d'une entrevue accordée au magazine Fugues, il avait raconté son passage difficile dans l'univers de la prostitution homosexuelle. Raymond Gravel a aussi état barman entre 1976 et 1982.
Il est ensuite entré au Grand Séminaire pour devenir prêtre, son rêve de jeunesse. «Je dirais que 50 % des curés au Québec sont gais, a soutenu Raymond Gravel à Fugues. Mais si je suis devenu prêtre, c'est parce que je suis croyant et que je crois au message du Christ.»
«Mes prises de position sur l'avortement et sur le mariage gai n'ont pas bien été reçues au Vatican. Mon évêque [Mgr Gilles Lussier] a même reçu une lettre du Saint-Siège disant que si je persistais à ne pas être conforme à la doctrine de l'Église catholique, je devrais en subir les conséquences», avait-il aussi ajouté. On verra si Rome lui permettra d'aller voir ailleurs pour quelque temps...


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