Le CHUM aux citoyens

CHUM


Le projet du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) est en train de perdre sa crédibilité. Ce sont d'abord les malades, les professionnels de la santé et les étudiants en médecine qui risquent d'en souffrir, leurs besoins respectifs pouvant n'être jamais comblés.
Mais la confusion qui entoure désormais ce projet d'hôpital universitaire risque de faire d'autres victimes. C'est la crédibilité même du gouvernement qui est en cause (tous partis confondus). Sa capacité de prendre des décisions éclairées est remise en question.
Après plus de 60 millions de dollars dépensés en études et expertises diverses, l'indécision est la règle. La saga du CHUM alimente le cynisme et la désillusion des citoyens qui assistent impuissants au ballet des groupes d'intérêt et des lobbys souterrains. Après la découverte de dépassements de coûts démesurés pour la construction du métro à Laval, 30 ans après la mise en chantier du stade olympique le plus coûteux de l'histoire, l'aventure du CHUM semble confirmer l'incompétence des pouvoirs publics à mener de grands travaux.
Ces situations répétées alimentent la réticence du public à appuyer de grands projets qui sont pourtant essentiels au développement de Montréal et du Québec. Or l'une des conditions de succès des grands projets financés par des fonds publics est l'appui de la population.
Pour le moment, les discussions entourant le CHUM distillent de l'amertume alors que cette construction devrait être stimulante, donner le goût de l'avenir, l'envie de vivre et de travailler à Montréal vue à la fois comme une métropole d'avant-garde et comme une ville à dimension humaine qui prend soin de son monde.
Le battage qui entoure les cas problèmes nous fait oublier les réussites. On inaugurera cette année la Grande Bibliothèque, à l'angle des rues Berri et De Maisonneuve. Le quartier international de Montréal a pris forme. Plusieurs nouveaux pavillons ont été ajoutés aux campus des universités montréalaises ou sont en voie de construction. Le centre-ville de Québec renaît par la réalisation de divers projets pilotés avec doigté par le maire L'allier. Mais les bonnes nouvelles ne sont pas des nouvelles.
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Dans la situation présente, la décision que prendra le gouvernement sur la nature exacte et sur l'emplacement de l'hôpital universitaire sera assurément contestée et combattue, parce qu'elle aura résulté d'un processus décisionnel bancal, assaisonné d'intrigues de couloirs et de conflits d'intérêt apparents. D'aucuns sont même en train de se demander si le CHUM ne deviendra pas un cheval de Troie pour les controversés PPP.
Désormais, il y aurait au moins trois projets sur la table : un hôpital de 700 lits au centre-ville, un CHUM écartelé en deux sites, une technopole de la santé à Outremont. Les évaluations de coûts changent selon les sources. Certaines études d'impact n'auraient pas été faites.
Pour remettre le projet du CHUM sur ses rails, le gouvernement du Québec doit adopter une nouvelle approche, marquée au sceau de la transparence et de la participation civique.
Devant le déluge d'informations contradictoires qui déferle, les citoyens ne savent plus reconnaître la vérité. Il importe certes de dévoiler le contenu de toutes les études disponibles, mais de le faire suivant un processus intelligible et structuré qui permet de bien comprendre l'information qui est divulguée. Il faut enlever aux groupes et aux acteurs intéressés le contrôle de l'information. Voilà pour la transparence.
La participation des citoyens au processus décisionnel est d'autant plus cruciale que le succès du futur CHUM dépend en partie de la réappropriation par eux d'un projet qui est censé être réalisé pour satisfaire l'intérêt général ou, si vous voulez, le bien commun.
Les citoyens n'acceptent plus de s'en tenir à la démocratie de représentation. L'époque est révolue où on se contentait d'élire des politiciens pour quatre ans et de leur laisser carte blanche. La consultation et la participation continue devront devenir une seconde nature de la vie politique. Ce qui n'élimine pas le besoin de leadership.
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L'implantation d'un centre hospitalier de cette envergure aura des impacts autant sur la pratique et l'enseignement de la médecine, l'accès aux soins pour les Montréalais, que sur l'aménagement de la ville. Aussi, il serait logique que le projet soit soumis à un processus conjoint (Montréal-gouvernement du Québec) d'examen public.
Ce mandat devrait, comme le suggérait la semaine dernière l'ancien président du Bureau de consultation de Montréal, Luc Ouimet, être confié à une commission indépendante, formée de commissaires aguerris. Une commission parlementaire ne serait pas suffisante.
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, devrait se faire le promoteur de cette proposition puisque c'est dans sa ville que les impacts du projet vont se matérialiser.
Depuis 25 ans, le moindre projet de prolongement de route, de construction d'usine ou même de marina, fait l'objet d'une étude d'impacts sur l'environnement incluant des audiences publiques auxquelles les citoyens peuvent participer.
Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) a fait la preuve que l'examen public comporte plusieurs avantages. La décision qui en découle est mieux éclairée et, même si elle ne fait pas l'unanimité, acquiert une plus forte légitimité. La procédure facilite la formation de consensus car les arbitrages se font au grand jour.
Il est curieux que ce modèle québécois d'évaluation, qui inclut l'étude des besoins, n'ait pas été systématiquement étendu à l'analyse de projets publics de grande envergure. Si on l'avait appliqué dans le cas du CHUM, celui-ci serait probablement déjà construit.
michel.venne@inm.qc.ca

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Michel Venne35 articles

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Directeur général Institut du Nouveau Monde

Michel Venne est le fondateur et le directeur général de l’Institut du Nouveau Monde. Il est le directeur de L’annuaire du Québec, publié chaque année aux Éditions Fides. Il prononce de nombreuses conférences et est l’auteur de nombreux articles scientifiques. Il est membre du Chantier sur la démocratie à la Ville de Montréal, membre du comité scientifique sur l’appréciation de la performance du système de santé créé par le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec, membre du conseil d’orientation du Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques favorables à la santé, membre du conseil d’orientation du projet de recherche conjoint Queen’s-UQAM sur l’ethnicité et la gouvernance démocratique.





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