La transgression des endoctrinements

ECR - Éthique et culture religieuse


Denise R. Robert - Psychologue - On passe sa vie à tenter d'être de plus en plus librement la personne qu'on est et qu'on s'empêche d'être. On essaie de légitimer sa propre pensée, sa propre intelligence des choses, à refuser tout ce à quoi on nous oblige de croire, à oser prendre la parole. C'est un cheminement rempli d'embûches, certes.
Il faut transgresser les diktats institutionnels comme autant de boucliers érigés contre la peur, la peur de la vie, de la mort, la peur suscitée par les insondables mystères de l'existence, tout en échappant à l'attrait d'un nouvel endoctrinement comme d'une promesse d'une vérité temporairement rassurante, mais toujours utopique.
L'éducation des enfants à la maison et tout au long du processus d'enseignement doit concourir à cette liberté d'être. Les connaissances sur l'humain, sur la vie, sur les rapports humains, de ceux et celles qui sont passés avant nous ne doivent pas être enseignées comme étant des vérités acquises ou absolues. Elles correspondent à l'expérience de ceux qui ont formulé ces connaissances. Comme le souligne le philosophe Karl Popper, les théories, et, j'ajouterais, les paradigmes, les idéologies, les dogmes, sont valables si on peut les démolir; la découverte de la vie, toujours en évolution, toujours à connaître, se fait à ce prix. Apprendre, c'est créer l'espace pour une nouvelle connaissance des choses qu'engendre la liberté de voir, de penser et de dire.
On est loin ici de la philosophie qui sous-tend notre système d'enseignement; le contenu du programme d'éthique et de culture religieuse va carrément à l'encontre de cette vision des choses. Je ne crois pas qu'il soit exagéré d'utiliser le terme d'«endoctrinement» pour désigner ce programme qui, à mon sens, revêt certaines caractéristiques d'un tel procédé éducatif.
À maints égards, il apparaît d'abord et avant tout comme étant un processus de manipulation socioaffective qui occulte l'histoire véritable des religions. Ce programme ne favorise en rien la connaissance de ce que sont les institutions religieuses, leurs origines, les rôles qu'elles se sont attribués, ceux qui les dirigent et surtout l'exclusion et l'infériorisation des femmes qui caractérisent toujours toutes ces institutions.
Une autre caractéristique de l'endoctrinement, formulée dans ce programme, à tout le moins dans les recommandations qui l'accompagnent, réside dans l'impossibilité pour celui à qui on enseigne de critiquer ou encore d'exprimer, sinon son désaccord, du moins sa propre vision des choses. Un tel programme ne favorise en rien un véritable sens critique par rapport à ce phénomène de civilisation.
Surtout, ce programme accorde une importance démesurée aux croyances religieuses qui s'inscrivent, d'abord et avant tout, dans l'histoire de l'humanité et dans l'évolution des connaissances qui l'ont marquée. Les croyances religieuses sont apparues très tôt dans le processus d'hominisation comme une forme de connaissance de la réalité. C'est davantage l'histoire de l'humanité qu'il faudrait donc enseigner, et ce, dès le primaire. L'histoire de l'humanité rejoint d'ailleurs tous les autres domaines de la connaissance et témoigne de l'influence qu'ils ont exercée les uns sur les autres.
De plus, il y a une aberration dans le fait de conjuguer un cours d'éthique avec celui qui porte sur les différentes cultures religieuses. Faut-il rappeler que les religions, dans leur essence même, vont à l'encontre des libertés individuelles, à l'encontre de tous les efforts d'affranchissement des femmes, à l'encontre de l'égalité entre les sexes, à l'encontre également des efforts de démocratisation réelle en général?
Un cours d'éthique dans notre système d'enseignement doit surtout contribuer à ce que les futurs citoyens connaissent et adhèrent aux valeurs, aux principes et aux lois qui caractérisent la culture de cette société québécoise dans laquelle ils vivent et auxquels les minorités, tout comme la majorité, doivent se soumettre. C'est cela, à mon avis, qui assure la pertinence d'un cours d'éthique dans le milieu de l'enseignement.
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Denise R. Robert - Psychologue


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