La série noire du PQ

PQ - état des lieux et refondation



Ceux qui attribuent les malheurs du Parti québécois au seul André Boisclair se leurrent ou refusent d'aller au fond des choses. Le délabrement du parti de René Lévesque vient d'une longue série d'erreurs qui s'échelonnent sur une douzaine d'années, sinon davantage.
Première erreur: la démission de Jacques Parizeau après la défaite référendaire de 1995. Elle nous a fait perdre notre plus grand homme d'État. Seconde erreur: sa déclaration sur les causes de la défaite («l'argent et des votes ethniques»), diagnostic pour le moins incomplet, qui a soulevé le haro que l'on sait. Le Parti québécois en a développé une telle hantise du racisme (crime que l'on n'a jamais pu lui reprocher) qu'il mettra en veilleuse (ou au rancart?) toute référence à nos valeurs identitaires.
Ces erreurs avaient été précédées de deux autres, tant il est vrai que même les grands hommes d'État peuvent se tromper comme tout le monde. D'abord, le projet insensé des deux méga-hopitaux de Montréal, socialement injustifiable et répétition de l'aventure du stade olympique, mais en plus ruineux. Puis le maintien de la loi 86 malgré la promesse de Parizeau de l'abolir. Votée sous Bourassa en 1993, la loi 86 a fait du Québec le pays des répondeurs bilingues et du français qui recule.
La série noire continuera sous le gouvernement Bouchard, prenant des allures de catastrophe. Vous aimez les sensations fortes? Nous avons l'embarras du choix:
- le refus de Lucien Bouchard, malgré l'insistance de plusieurs militants, d'enquêter sur la fraude référendaire de 1995. Si nous l'avions fait, au lieu de discuter à perte de vue sur un troisième référendum comme nous le faisons depuis douze ans, nous aurions sans doute gagné ce référendum depuis longtemps;
- l'inaction du gouvernement Bouchard (et de celui qui l'a suivi) dans le dossier de la carte d'électeur, un instrument pourtant si efficace contre la fraude électorale;
- les fusions municipales, coûteux opéra comique qui a fait perdre le pouvoir au Parti québécois en 2003 et qui continue d'embêter tout le monde;
- la réforme chaotique de notre système de santé. Le chaos dure toujours;
- le virage à droite du Parti québécois avec l'expulsion plus ou moins déguisée de ses éléments dits perturbateurs. Il en est résulté l'émergence de Québec solidaire et le fractionnement du vote indépendantiste;
- le laisser-faire devant une concentration sans précédent de la presse écrite au Québec. Les fédéralistes se sont ainsi construit une formidable machine de guerre. Les souverainistes, eux, doivent se contenter du souvenir nostalgique de la belle époque du Jour et de Québec Presse;
- le maintien de la loi 86 et la mise au frigo du dossier de la langue: on tentera de faire croire aux Québécois qu'un précieux équilibre linguistique a été atteint, qu'il ne faut surtout pas détruire. Cet équilibre sera vu comme si solide que l'on introduira l'enseignement de l'anglais dans les premières années du cours primaire! Si tout va si bien, se diront bien des Québécois, pourquoi s'échiner à fonder un pays alors?
Et pourtant, le bilinguisme public diminue le sentiment d'identité nationale et empêche son développement chez les nouveaux arrivants. C'était sans nul doute le but recherché par la Cour suprême du Canada lorsqu'elle a imposé les balises qui ont servi à la conception de la loi 86 et de son fleuron, l'affichage bilingue avec l'anglais en caractères plus petits, pratique aussi nocive que ridicule.
Après la démission de Lucien Bouchard, nous n'étions pas au bout de nos peines. La série noire s'est poursuivie avec la démission surprise de Bernard Landry en 2003 d'abord; et puis l'élection à la chefferie d'André Boisclair en 2005, avec les conséquences que l'on sait.
Quand la série noire s'arrêtera-t-elle? Pauline Marois saura-t-elle y mettre fin? Ou la souveraineté deviendra-t-elle un idéal lointain et à peu près inaccessible, vers lequel on lèvera un regard attendri de temps à autre, comme font les catholiques pour la sainteté?
La série noire a affaibli le peuple québécois. Elle a ébranlé sa confiance en lui-même et en ses dirigeants. Elle l'a déboussolé et vient d'en pousser plusieurs vers le concept gélatineux d'autonomie, sorti des boules à mites par l'Action démocratique du Québec (ADQ), et qui peut prendre toutes les formes, y compris celle du néant.
En choisissant de faire la promotion de la souveraineté par une argumentation à caractère essentiellement économique, civique et de rationalisation administrative, au détriment des valeurs identitaires, le Parti québécois l'a en quelque sorte éviscérée.
Pourquoi voulons-nous faire un pays? Pour rester nous-mêmes et nous développer selon nos valeurs, en accueillant fraternellement tous ceux qui voudront se joindre à nous. Cette idée, toute simple mais fondamentale, le Parti québécois semble l'avoir oubliée depuis longtemps. Peut-être ne l'a-t-il jamais complètement intégrée. Il est grand temps qu'il le fasse.
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Yves Beauchemin, Écrivain


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