La pertinence du Bloc est-elle nécessaire à Ottawa?

Élection fédérale 2008 - le BQ en campagne



Les Québécois sont représentés à Ottawa par le Bloc québécois depuis 1990. À chaque élection fédérale depuis cette date, on pose la question de la pertinence de ce parti au fédéral. Avant même la fondation du Bloc québécois, Pierre Elliott Trudeau accusait les Québécois de fausser le jeu démocratique en votant (pour l'un ou l'autre des deux grands partis politiques canadiens), non pas pour des raisons idéologiques, mais pour des raisons ethniques.
Il a exposé sa pensée en 1952 dans un article intitulé Réflexions sur la politique au Canada français: « Il faut expliquer notre immoralisme profond. [...] En important pièce à pièce le système parlementaire anglais, notre dessein secret n'était pas seulement d'en user mais d'en abuser. [...] Dès le gouvernement de l'Union [1840], le peuple semblait se désintéresser de toute idéologie sauf la nationaliste. [...] Notre peuple ne votait pas pour ou contre une idéologie philosophique ou économique, mais uniquement pour le champion de nos droits ethniques. [...] Nous avions si bien subordonné le bien commun (canadien) [sic] au bien particulier (canadien-français) [sic] que nous perdîmes le sens moral de notre obligation vis-à-vis du premier. [...] Pour des raisons historiques et religieuses, nous sommes prévenus contre le système démocratique sans l'avoir loyalement mis à l'essai. » (Cité Libre, décembre 1952, p. 52-56)
Trudeau a précisé sa pensée dans un article intitulé Quelques obstacles à la démocratie au Québec, publié quelques mois avant qu'il ne soit choisi comme chef du Parti libéral du Canada : «Les Canadiens français sont peut-être le seul peuple au monde qui «jouisse» [sic du régime démocratique sans avoir eu à lutter pour l'obtenir. [...] Les Canadiens français, en somme, ne votèrent jamais pour une idéologie économique ou politique, mais seulement pour l'homme ou le groupe qui défendait leurs droits ethniques.[sic] [...] C'est là la conséquence d'une histoire au cours de laquelle ils ont, en tant que minorité, transformé l'outil parlementaire en une arme défensive pour une lutte de race. » (Le fédéralisme et la société canadienne-française, Montréal, décembre 1967, p. 107, 111, 118)
En accusant les Québécois de choisir un parti politique pour des raisons ethniques plutôt que pour des raisons idéologiques, Trudeau leur reprochait en fait de résister à la stratégie de Lord Elgin, un ancien gouverneur général du Canada, qui visait à «diviser pour régner», comme le rappelle Marcel Rioux : «Sur les bords du Saint-Laurent, comme plus tard en Acadie, les Anglais comprirent vite qu'il fallait diviser les Québécois pour que naquît un État viable, un État que les Anglais pourront dominer à leur gré». Lord Elgin le savait bien lorsqu'il écrivit : «...tant que les Canadiens français ne seront scindés en partis politiques s'unissant aux partis britanniques de noms correspondants, je ne crois pas qu'aucune administration forte et durable puisse être organisée... L'élément national se fondrait dans la politique si la scission que je propose était réalisée. » (La question du Québec, Paris, 1969, p. 79)
Depuis 1990, les Québécois sont enfin représentés au fédéral par le Bloc québécois, qui est même devenu l'opposition officielle en 1993, ayant alors fait élire 54 des 75 députés du Québec à Ottawa. Les députés le plus en mesure de défendre les intérêts du Québec à Ottawa ne sont pas des députés qui sont inféodés à un parti pancanadien au sein duquel ils constituent une faible minorité, mais les députés du Bloc québécois. Si le Bloc québécois avait été présent à Ottawa en 1982, il aurait sans doute pu empêcher Trudeau de modifier unilatéralement la constitution canadienne avec l'appui de 70 des 75 députés québécois à Ottawa !
La présence du Bloc québécois à Ottawa sera nécessaire pour y défendre les intérêts du Québec tant que le peuple québécois n'aura pas décidé de «disposer de lui-même et de prendre en mains ses destinées». (Charles de Gaulle, Québec, 23 juillet 1967)
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François-Xavier Simard
Auteur du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau*
*Les intouchables, 2006

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Auteur du livre {[Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau->http://qc.novopress.info/2860/le-vrai-visage-de-pierre-elliott-trudeau/]} (Les intouchables, 2006)

Originaire du Saguenay, François-Xavier Simard est docteur en médecine. Il est aussi titulaire d’un diplôme en sciences naturelles de l’Université de Paris et de certificats en anthropologie, en paléontologie et en génétique. Il a enseigné à la Faculté de médecine de l’Université Laval, puis il a travaillé à la Régie de l’assurance maladie et au ministère de la Santé du Québec. Il est aujourd’hui retraité.





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