La mesquinerie

États américains - impasse budgétaire


Alors qu'Haïti en est encore à compter ses morts, il aurait été un peu indécent de déclencher une nouvelle chicane avec Ottawa à propos de la conférence préparatoire sur la reconstruction du pays.
Le premier ministre Charest, qui pensait pouvoir compter sur la bienveillance du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, n'a d'ailleurs pas insisté outre mesure pour y participer. Même le PQ a fait preuve d'une retenue à laquelle il ne nous a pas habitués quand il s'agit d'affirmer la personnalité internationale du Québec.
Il est vrai que la coordination de ce gigantesque chantier, que la conférence d'hier a à peine esquissé et qui s'échelonnera sur une décennie, sera suffisamment complexe sans y ajouter le grain de sel constitutionnel canadien.
Au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier, la France avait également jugé préférable de ravaler la frustration que lui causait l'attitude hégémonique des États-Unis, qui n'entendaient manifestement pas partager la direction de l'aide à Haïti.
Après que le secrétaire d'État à la coopération, Alain Joyandet, s'était plaint qu'on ne laissait pas atterrir les avions français à l'aéroport de Port-au-Prince, le président Sarkozy avait jugé préférable de rectifier le tir et de louer «la mobilisation exceptionnelle des États-Unis».
Bien entendu, Stephen Harper aurait pu choisir de faire preuve d'élégance, mais le «principe de courtoisie» qu'évoquait l'ancien ministre Benoît Pelletier dans son rapport de 2001, qui constitue toujours le fondement de la politique constitutionnelle du gouvernement Charest, n'a jamais fait partie de la philosophie de M. Harper. Dans le cas qui nous occupe, cela ressemblait plutôt à de la mesquinerie.
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Puisque le Canada était le pays hôte de la conférence et qu'Haïti fait partie de la Francophonie, où le Québec jouit d'un statut de gouvernement participant depuis un quart de siècle, rien n'empêchait Ottawa de lui faire une place.
Hormis la présence d'un fonctionnaire du ministère des Relations internationales, confiné à un rôle d'observateur silencieux, le Québec était complètement invisible hier au siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale.
Si l'on a pu lui trouver un strapontin au siège de l'UNESCO à Paris, en incluant son représentant dans la délégation canadienne, il était certainement possible de l'inviter à une rencontre ad hoc, qui avait lieu de surcroît à Montréal. Plusieurs organismes non gouvernementaux avaient d'ailleurs été invités à y participer.
Le hasard a voulu que cette conférence coïncide avec le quatrième anniversaire de l'arrivée au pouvoir des conservateurs. M. Harper aurait pu profiter de l'occasion pour démontrer qu'il croyait encore au «fédéralisme d'ouverture» qu'il avait fait miroiter dans son «discours de Québec» en décembre 2005.
Il a sans doute gardé en travers de la gorge les reproches que Jean Charest lui a adressés à la conférence de Copenhague sur les changements climatiques. Sa récidive à Rivière-du-Loup n'a pas dû améliorer les choses.
Personne au Québec n'aurait même songé à participer à une conférence comme celle d'hier, si le tremblement de terre avait dévasté la République dominicaine ou encore la Jamaïque. Il saute aux yeux que le Québec entretient une relation tout à fait particulière avec Haïti.
Dans sa déclaration, M. Harper n'a fait aucune référence au rôle que le Québec pourrait être appelé à jouer dans sa reconstruction. Encore moins aux mesures qu'il a prises afin de faciliter l'accueil des sinistrés, alors qu'Ottawa a adopté une attitude très bureaucratique.
Le Canada est le deuxième bailleur de fonds d'Haïti après les États-Unis, mais la participation canadienne à la reconstruction sera largement le fait des Québécois, déjà très présents dans le pays.
Ce n'est certainement pas un hasard si Montréal, où résident la très grande majorité des 150 000 Canadiens d'origine haïtienne, a été choisi pour tenir la conférence. Les compétences de la diaspora seront essentielles au relèvement haïtien.
Alors que les sinistrés manquent de tout, la priorité doit aller au rétablissement des services essentiels et à la reconstruction des infrastructures, mais le relèvement du pays passera obligatoirement par celui de l'État.
Déficient à tous égards même avant la catastrophe, le gouvernement haïtien est totalement incapable de prendre les choses en main, même si les participants à la conférence d'hier ont lourdement insisté sur le respect de la souveraineté haïtienne. Les Haïtiens sont les premiers à mesurer l'incurie et la corruption de leur État.
Il faudra beaucoup de travail pour en faire un gestionnaire efficace. C'est peut-être à ce chapitre que la contribution québécoise pourrait être la plus significative. En vertu d'un protocole d'entente signé par les gouvernements canadien, québécois et haïtien en novembre 2007, l'École nationale d'administration publique assure déjà la maîtrise d'oeuvre du Projet d'appui à la gouverne de l'État haïtien, qui devait durer cinq ans et coûter 7,2 millions de dollars. De toute évidence, il faudra repartir de zéro.
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mdavid@ledevoir.com


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