La liberté d'expression (1)

Dans quelle mesure doit-on la limiter ou l'accepter?

Tribune libre


Inquiétant, troublant et difficile à comprendre le déferlement de colère, de rage et de rancoeur qui a agité le monde musulman dans le sillage du «fameux» et médiocre film Innocence of Muslims (L'innocence des musulmans). Pour de très nombreux Occidentaux, comme moi-même, ces événements posent la question fondamentale de la précieuse liberté d'expression. Il est aussi question du respect des autres, de l'autre.
Nous sommes probablement nombreux à nous demander jusqu'où va la liberté de s'exprimer et jusqu'où nous nous devons de respecter ceux qui sont différents de «nous», même si certains traits de leur culture (ou religions ou rituels ou convictions ou traditions) nous semblent plutôt «bizarres» et parfois inacceptables.
Je vais ici proposer, dans une version modifiée et actualisée, un texte que j'avais «commis», il y a quelques années, à propos de la liberté d'expression. Une partie de ce texte avait été lue à l'émission C'est bien meilleur le matin, à la radio de Radio-Canada.
«12 mai 2009 - 7 h 45»
Je suis sociologue des médias depuis quelques années et ma thèse sur la liberté d'expression est passablement radicale. Si la liberté d'expression existe, il faut nécessairement qu'elle aille très loin et il faut que les limitations soient justifiées et essentielles.
Comme l'intellectuel états-unien Noam Chomsky, je pense que la liberté d'expression, c'est le droit de dire des bêtises, c'est le droit de dire ce qui semble être stupide et «con». Beaucoup de grands penseurs, dans le cours de l'histoire humaine, ont formulé des théories ou avancé des idées qui, dans le contexte de l'époque, semblaient «bêtes», «idiotes» ou «sottes».
Si comme un certain Robert Faurisson, en France (il y a quelques décennies), je me permets de prétendre et d'écrire, sans beaucoup de preuves, que l'Holocauste a été moins terrible que ce que la plupart des historiens pensent ou prétendent, je dois avoir le droit de le dire sans que le code criminel ne vienne me sanctionner, comme ce fut le cas dans la respectable et parfois hypocrite République française.
À mon humble avis, Faurisson a alors proféré une totale connerie, compte tenu de la pléthore de preuves qui démontrent l'horreur du nazisme et de la haine des Juifs (et de nombreux autres groupes: les communistes, les homosexuels, les romanichels, les catholiques, et j'en passe).
Toutefois, chacun se doit d'assumer ses «bêtises» et inepties à l'intérieur de limites «acceptables» et difficiles à déterminer.
La plus grande entorse à la liberté d'expression, dans l'histoire du Québec, c'est lorsqu'en décembre 2000, l'Assemblée nationale, unanime, a blâmé Yves Michaud pour des propos qui, somme toute, étaient très acceptables et absolument pas racistes, comme l'ont dit certains démagogues comme Lucien Bouchard. ??
Je termine en citant Normand Baillargeon (Le Couac, mars 2006): «En Occident, les intellectuels, les écrivains, les philosophes ont gagné, par de difficiles combats où certains ont laissé leur vie, le droit à la liberté d'expression. Ce droit n'est pas négociable et il implique le droit de rire de dieu, de tous les gourous et de tous ces zozos qui veulent vivre en suivant les diktats de quelque paysan illettré ou quelque plouc illuminé ayant vécu il y a des siècles.»??
ET VOILÀ! La limite à la liberté d'expression, c'est autant que faire se peut, le respect des personnes, individus, cultures et civilisations. C'est facile à dire, mais ce n'est pas toujours facile de déterminer où s'arrête la précieuse liberté d'expression.
Dans un prochain texte je parlerai du rôle du politically correct (la «correctitude» idéologique et intellectuelle), lequel vient souvent limiter la liberté d'expression.
Jean-Serge Baribeau


Laissez un commentaire



9 commentaires

  • Jean-Serge Baribeau Répondre

    25 septembre 2012

    J'aimerais souligner que je me suis bien documenté sur l'Affaire Faurisson et que je dis ce que je pense être la «vérité». Mais je sais que d'autres perspectives, très respectables, sont possibles.
    Le sociologue que je suis depuis plus de 40 ans a l'habitude de vérifier les faits historiques avant de les évoquer dans un texte.
    JSB

  • Archives de Vigile Répondre

    25 septembre 2012

    Par inadvertance, mon commentaire en date du 24 septembre n'est pas signé. Je vous prie d'accepter mes excuses.

  • Archives de Vigile Répondre

    24 septembre 2012

    Monsieur Baribeau,
    Je vous remercie pour votre texte très intéressant. J'ai hâte de lire la suite. Bien sûr, je remercie Vigile de vous accorder la liberté d'exprimer vos idées. Surtout, je remercie Vigile d'encourager un échange civilisé pour en débattre. Il s'agit d'un privilège exceptionnel.
    Cependant, je note que votre jugement du professeur Robert Faurisson n'est sûrement pas bien documenté, ni appuyé sur des faits vérifiés. C'est « inquiétant, troublant et difficile à comprendre » qu'un sociologue des medias en arrive à confondre études historiques et scientifiques d'un côté, et dogmatisme historique et propagande sioniste de l'autre. À ce sujet, je salue l'intervention pertinente de monsieur Francis Déry.
    Par contre, vous énoncez une vérité historique bien documentée lorsque vous avancez que « la plus grande entorse à la liberté d’expression dans l’histoire du Québec » a été le lynchage du patriote Yves Michaud orchestré par un premier ministre mesquin et calomniateur, Lucien Bouchard. Ce dernier passera sûrement à l'histoire, dans un chapitre noir, pour avoir déshonoré l'Assemblée nationale et la fonction qu'il occupait.
    Dans notre futur Québec indépendant, espérons que la liberté d'expression ne sera pas balisée et criminalisée à la faveur d'une vérité historique dogmatisée, comme en France.

  • Archives de Vigile Répondre

    23 septembre 2012

    Vous connaissez ma position, m. Baribeau.
    Je respecte m. Faurisson. Étaler ma position n'est pas approprié sur le site de Vigile. Tout ce que je peux demander, c'est de faire appel à la circonspection et d'examiner les contre-arguments de la bouche des dissidents.
    Et concernant la SGM, il y a toujours une chape de plomb de notre côté. La défier, c'est s'exposer en dissident au système. Et l'Inquisition se réveillera à un moment donné.
    Au fait, quel est votre position sur Katyn ?
    http://news.yahoo.com/ap-exclusive-memos-show-us-hushed-soviet-crime-132109652.html

  • Jean-Serge Baribeau Répondre

    23 septembre 2012

    Excellent texte et féconde suggestion, Mario Goyette!
    Personnellement, comme je suis né en 1943, j'ai été soumis à une avalanche de messages cathos disant, en gros, que «hors de l'Église catholique il n'y a pas de salut possible».
    Comme la fille de ma compagne vit en Caroline du Sud, à quelques kilomètres de la magnifique ville de Charleston, je vais dans ce merveilleux état au moins deux fois par année.
    Et quand nous circulons dans la section moins urbaine de l'état, il m'arrive très souvent de voir, au bord des routes, un merveilleux panneau sur lequel il est écrit: «Our sin killed Jesus». Comme le concept de péché et le concept de péché originel me tombent sur les rognons et me rappellent mon enfance, cela m'énerve et m'irrite. Mais je crois que ces gens ont le droit d'afficher leur tristounette pensée.
    En ce qui concerne les «débiloïdes» et «racistes» messages israéliens, je ne les approuve sûrement pas mais je vis avec les diverses formes de la bêtise humaine.
    En ce qui me concerne, la liberté d'expression cesse d'exister lorsqu'il y a de sérieux appels à la haine ou à la violence. Peut-être que j'ai tort mais pour le moment j'assume mes perspectives et idées.
    Au plaisir!
    JSB

  • Archives de Vigile Répondre

    23 septembre 2012

    Aux États-Unis, une campagne d'affiches controversées d'un groupe anti-islam
    Pour ne rien arranger, une campagne d'affiches assimilant les musulmans qui prêchent le djihad à des "sauvages" doit débuter lundi 24 septembre dans le métro de New York. Il s'agit d'une initiative d'un groupe conservateur américain opposé à l'islam.
    http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/09/22/new-york-campagne-publicite-affiches-anti-islam-musulmans_n_1907349.html?utm_hp_ref=canada-quebec
    Le Ministre des affaires étrangères John Baird jongle avec l'idée de commander une pleine caisse d'affiches pour remplacer les tableux d'artistes à Ottawa.

  • Jean-Serge Baribeau Répondre

    23 septembre 2012

    Las liberté d'expression, c'est d'accepter, avec plaisir, que Monsieur Tremblay commente négativement une partie de mon texte sur la liberté d'expression en oubliant volontairement les autres propos.
    J'ai beaucoup réfléchi à la question FAURISSON et j'ai parcouru de nombreuses analyses. J'ai aussi lu ce que Chomsky en disait.
    Si le sociologue que je suis a lamentablement erré, sur le plan historique, je vais le regretter profondément.
    Mais je pense que le ton insultant et «baveux» n'est pas la meilleure façon de protéger la liberté d'expression.
    Quoi qu'il en soit, mieux vaut débattre que rester béat et muet.
    À la prochaine à tous et à Monsieur Tremblay.
    Jean-Serge Baribeau, mauvais historien

  • Archives de Vigile Répondre

    23 septembre 2012

    À mon humble avis, Faurisson a alors proféré une totale connerie, compte tenu de la pléthore de preuves qui démontrent l’horreur du nazisme et de la haine des Juifs (et de nombreux autres groupes : les communistes, les homosexuels, les romanichels, les catholiques, et j’en passe).

    Je vous accorde le droit de le dire que c'est une connerie.
    Je me dis tout simplement que vous ne prenez pas la peine d'examiner les contre-preuves et ce que fut le régime bolchévique dès le début de la Révolution ou les différents mouvements de libération de l'Europe. Ou bien que vous craignez une inquisition du genre que John Noble (survivant de Vorkuta) raconte :
    http://www.youtube.com/watch?v=FAL2Zi8V8Wo&t=4m1s
    On connaît ma position là-dessus. Vous souscrivez à un dogme et vous portez un gros préjugé. La guerre est une chose horrible. Pire peut être une révolution. Et le comprendre, c'est aussi comprendre pourquoi les masses préfère l'immobilisme ou la soumission aux systèmes abusifs, parce qu'ayant vécu la tromperie et les faux espoirs, elles ne veulent plus donner dans la veine du changement. Le syndrome de la femme battue en quelque sorte.



    http://www.codoh.com/library/document/1129
    Et si on affirme que la mémoire des disparus de certains groupes est attaquée, et bien il faut savoir que d'autres groupes de disparus furent aussi vilipendés ou leur mémoire carrément effacée.
    Pensons à tous les déserteurs de l'Armée Rouge qui ont préféré se porter volontaires dans les unités étrangères sous le contrôle des SS. Ils furent généralement exécutés.
    Les derniers défenseurs de Berlin incluaient des Lituaniens et des Français.
    Mais bon. Vigile n'est pas le forum pour ce thème.
    Cependant, les lecteurs doivent être sommés d'être sceptiques envers toute information et de faire leurs propre devoir de recherche avant de porter un jugement avec conséquences.
    --------------------
    Pour le film, l'actrice Cindy Lee Garcia jouant le rôle de Khadija le dit elle-même : Les paroles furent édités pour en changer l'histoire. Mohammed devait être Maître Georges et l'action se passer en Égypte il y a 2000 ans.
    Bref les acteurs furent trompés dans leur jeu.
    Ce n'est pas une question de liberté d'expression, mais de tromperie et de manipulation des masses pour provoquer des émeutes et pogroms de Chrétiens. Tout comme on peut retoucher la traduction d'un discours de Mahmoud Ahmadinejad pour "prouver" qu'il veut annihiler les Israéliens.
    Actuellement, les Juifs vivent correctement en Iran et peuvent même fréquenter la synagogue. Seuls les liens avec Israël ou les mouvements sionistes sont interdits.

  • Archives de Vigile Répondre

    23 septembre 2012

    Jean-Serge Baribeau ne sait tout simplement pas de quoi il parle. Robert Faurisson n'a jamais nié les arrestations arbitraires et les déportations des Juifs. Robert Faurisson a démontré les difficultés techniques à l'élaboration de chambres-à-gaz homicides. C'est évident pour quiconque a lu sérieusement les textes de Faurisson. Mais le "sociologue des médias" (pas historien) n'a dû y jeter qu'un coup d'oeil rapide, en surface, prenant déjà pour acquis la doxa officielle.
    Et bien entendu, plutôt que d'avoir un ou deux arguments bien fondés sur Faurisson, Baribeau n'a pas pu faire mieux que les détracteurs habituels du professeur, c'est à dire lancer des insultes pour cacher la faiblesse de sa position ("totale connerie", "bêtise").