La fin d’une époque

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L'alternance entre le PLQ et le PQ semble bien terminée

Ces jours-ci, plusieurs ministres ou députés qui prennent la parole à l’Assemblée nationale soulignent avec un pincement au coeur qu’ils le font pour la dernière fois. Chaque fin de législature donne lieu à des effusions de ce genre, mais le climat est un peu différent cette fois-ci. Il flotte une odeur non seulement de fin de régime, mais aussi de fin d’époque, qu’illustrent le départ à la retraite de François Gendron, qui siège de façon ininterrompue depuis 1976, et, plus tristement, la pénible fin de carrière du vice-doyen de l’Assemblée, Pierre Paradis.


C’est devenu un cliché de dire qu’un sondage n’est pas une prévision des résultats d’une élection à venir, mais plutôt l’instantané d’une situation qui pourrait encore changer, comme cela s’est produit à quelques reprises au cours des dernières années.


S’il devait se concrétiser, le scénario que laisse entrevoir le dernier sondage Léger-LCN-Le Devoir n’en constituerait pas moins le plus gros bouleversement du paysage politique québécois depuis la première élection du PQ, qui même dans l’opposition a imposé l’ordre du jour politique pendant des décennies.


L’été n’est pas une saison propice aux revirements de l’opinion publique. À trois mois et demi de l’élection, le faible taux d’indécis (7 %) et la taille de l’échantillon (3234 personnes interrogées) donnent à penser que le proverbial ciment commence à prendre.


Lors de sa création en 2011, rien n’assurait que la CAQ saurait redonner vie à la mythique « troisième voie » que Mario Dumont et l’ADQ avaient vainement tenté d’imposer comme solution à l’impasse qui résultait aussi bien du rejet de l’option souverainiste par la population que de l’impossibilité de renouveler le fédéralisme.


En réalité, l’ascension de la CAQ a moins à voir avec le blocage constitutionnel, dont la majorité des Québécois se sont plus ou moins accommodés, qu’avec l’irrépressible envie de changement, surtout chez les francophones, créée par 15 ans de règne libéral, dont le rapport de la vérificatrice générale sur la Société québécoise des infrastructures (SQI) vient de rappeler les vicissitudes.


Encore faut-il distinguer nouveauté et changement. L’arrivée de nouveaux visages peut être rafraîchissante, mais remplacer le PLQ par la CAQ ne changera pas réellement la trajectoire du Québec.


Les Québécois semblent même sur le point de fermer la porte au véritable changement que proposent le PQ et QS, qu’ils avaient jusqu’à présent laissée entrouverte. Comme si ce changement n’en était plus un du seul fait qu’on en débat depuis un demi-siècle.


Le PQ a déjà connu des périodes creuses dans le passé, mais il pouvait se retrancher dans ses forteresses traditionnelles en attendant des jours meilleurs, comme le PLQ l’a toujours fait et devra vraisemblablement le faire encore.


Le problème est que le PQ n’a plus de forteresse. Que la CAQ consolide ses appuis dans la région de Québec et dans les couronnes de Montréal n’a rien de très étonnant. Il est plus inquiétant de la voir supplanter le PQ dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Abitibi et même dans l’est de Montréal.


Tout en s’efforçant de sauver ce qui pouvait l’être, plusieurs avaient déjà commencé à réfléchir à la façon d’entreprendre la reconstruction après l’élection, mais la tâche pourrait se révéler plus lourde qu’ils le prévoyaient.


À partir des chiffres du sondage Léger, le modèle d’extrapolation mis au point par l’analyste Bryan Breguet, du site Too Close to Call, n’accorde que cinq circonscriptions au PQ, toutes situées en région. Même s’il en remportait le double, ce serait dramatique. Les vedettes sur lesquelles il misait pour assurer la relance, notamment Véronique Hivon (Joliette) et Jean-Martin Aussant (Pointe-aux-Trembles) sont donnés pour battus, sans parler de Jean-François Lisée (Rosemont), lui aussi en péril.


Certes, le pire n’est pas toujours certain. En 1993, le Parti conservateur est passé de 156 à 2 sièges, pour rebondir quelques années plus tard, mais combien de temps le PQ peut-il encore rester dans l’opposition avant d’éclater pour de bon ?


La fin d’une époque signifie le début d’une autre. Malgré les déboires du PQ, il y a toujours 36 % de Québécois (44 % de francophones) qui voteraient « oui » à un référendum. En fin de semaine dernière, l’infatigable présidente des Organisations unies pour l’indépendance, Claudette Carbonneau, a convié les souverainistes à « un grand rebrassage de cartes » dans les prochains mois.


Que ce soit à Ottawa ou à Québec, les partis ont démontré de façon convaincante leur incapacité à surmonter les divisions et les considérations partisanes.


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