L'opinion de Bernard Landry

La dignité

L'opinion de Bernard Landry


Pour un être humain, quelque soient son rang, son âge, sa fortune, la dignité est une valeur de premier ordre qui n’est pas à vendre. Quand il y a des exceptions, elles ne sont pas belles à voir… et précisément, elles sont indignes.
Les nations sont des regroupements de personnes, parfois immenses comme la Chine et l’Inde, moyennes comme la France et l’Angleterre, ou plus modestes comme l’Irlande, le Danemark ou le Québec. Les membres d’une nation partagent une histoire, une culture, et des rêves communs. Le Québec en est une. Sur la scène internationale, il n’y a plus guère de négationnistes de cette évidence, mais dans le reste du Canada, ils sont quand même 75% dans ce cas.
Comme les nations sont des regroupements d’êtres humains, la dignité de chacun s’additionne pour constituer la dignité nationale qui ne se négocie pas, ni ne se vend, ni ne s’achète. Sauf exception, toujours déplorables.
D’abord la France
Au Québec, notre dignité nationale a été mise à rude épreuve au cours de l’histoire. Notre mère-patrie, la France, nous a abandonnés pendant des siècles. Elle nous a longtemps regardés avec condescendance, et il a fallu attendre les années soixante pour que l’estime mutuelle se rétablisse. Il faut dire que cela s’est bien déroulé depuis, et que les retrouvailles ont été exemplaires. Sauf le récent « incident Sarkozy » qu’il a par ailleurs tenu à corriger, il n’y a pas beaucoup de pays au monde ayant une proximité culturelle, linguistique, sociale, économique et même individuelle, aussi poussée que la France et le Québec d’aujourd’hui. De ce point de vue, notre dignité s’est rétablie, même si cela fut long.
Puis l’Angleterre…
Nos conquérants de 1760 n’étaient pas les moindres. Les Anglais allaient devenir la première puissance du monde et garder cette position pratiquement jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Leur monnaie a longtemps dominé le monde et leur langue a toujours tendance à le faire. De valeureux peuples, comme les Écossais et les Irlandais ont perdu leur langue sous la domination britannique. Et l’intention de nos conquérants à notre endroit était exactement la même. Les méthodes pour y parvenir ont été tantôt subtiles, tantôt grossières, mais le Français a bien failli disparaître au Québec. Notre résilience tient presque du miracle. Ce n’est qu’en 1977, que nous avons eu le courage et la bonne inspiration de voter la salutaire loi 101.
Les conséquences économiques de la conquête ont été cruelles pour notre dignité. Nous étions colonisés. Un des seuls cas, dans l’histoire humaine, de Blancs colonisés par les Blancs! Quand Jean Lesage a dit: « Maîtres chez nous », c’est bien parce que nous ne l’étions pas. Nous étions toujours colonisés en 1960. Ce mot ne nous convient évidemment plus aujourd’hui, mais n’oublions pas que la fierté de nos ancêtres en fut profondément affectée, et qu’il en subsiste quelques séquelles.
Sur le plan politique, notre espace national fut littéralement aboli en 1823 par l’union forcée du Haut et du Bas Canada : le Haut étant l’Ontario et le Bas, le Québec. Quant à la « Confédération » de 1863, elle n’en fut jamais une, car il n’y a jamais eu de gouvernement « confédéral », mais un « gouvernement fédéral » dominé par les anglophones. C’est à cette occasion que la puissance coloniale nous attribua le statut de simple province. Cela avait particulièrement scandalisé Wilfrid Laurier qui, à l’époque, avait jugé le projet carrément « immoral ». Il s’en consola par la suite en devenant Premier ministre du Canada…
Une nation qui se fait appeler « province » ne peut qu’en être affectée psychologiquement. Le mot « province » vient de l’expression latine « pro victis » qui veut dire « pour les vaincus ». C’est ainsi qu’on appelait les territoires conquis par Jules César. Cette frustration, même Honoré Mercier, fondateur du Parti Libéral du Québec (qu’il avait appelé Parti National), l’a éprouvée. Au point où, à la fin du dix-neuvième siècle, il songea même à déclarer l’indépendance. Mais il faudra attendre jusqu’aux années soixante pour que l’Union Nationale débarrasse notre Assemblée Nationale de l’appellation « Parlement Provincial ».
La longue marche pour l’indépendance, amorcée par Pierre Bourgault et René Lévesque, trouve donc sa justification dans un nombre infini d’arguments culturels, linguistiques, sociaux et économiques. Mais l’essence même de cette lutte fondamentale, celle qui regroupe tous les autres arguments, c’est la dignité. Notre nation, celle de nos enfants et de nos petits-enfants ne doit pas être la simple province d’une autre nation…


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