La défense territoriale du Québec

Ce n'est pas la neutralité suisse qui a fait la différence mais le fait que cette neutralité, fortement armée, était crédible

Tribune libre 2010



Le système de défense territorial de la Suisse a été introduit par le général Antoine Henri Jomini, lors du Congrès de Vienne qui mettait fin aux guerres napoléoniennes.

C'était en 1814 et l'Autriche sortait victorieuse et en position de force de ces guerres. Non contents de tout prendre ce qu'ils purent trouver, les diplomates autrichiens, dont le prince de Metternich, voulurent y ajouter la ré-inféodation de la Suisse, qui s'était "séparée" de l'Autriche en 1291, au prix d'une guerre et de deux batailles célèbres gagnées par les Suisses: Morgarten et Sempach.

Présent aux assises de cette Convention, Jomini se précipita en Suisse et organisa les premières milices territoriales des temps modernes. Il s'était inspiré des milices territoriales de la Nouvelle France, ayant étudié la guerre de Sept Ans comme tout officier de l'armée qui doit étudier les anciennes guerres et batailles afin de s'instruire.

Le système fonctionna et la Suisse resta libre de la domination autrichienne et elle l'est encore.

Pendant la seconde Guerre mondiale, le système suisse a été assez reconnu pour dissuader Walther Schellenbeg, chef des SS, de tenter de capturer la Suisse avec ses 100,000 soldats. Nous n'avons pas assez de place pour tous vous enterrer alors restez chez vous, dirent les Suisses. Les Allemands n'osèrent pas franchir la frontière.

Ce n'est pas la neutralité suisse qui a fait la différence mais le fait que cette neutralité, fortement armée, était crédible.

Maintenant, ce sont les Suisses qui vont nous montrer comment on peut appliquer de nouveau ce système pour la défense territoriale du Québec.

Ce dossier est important et en conformité avec les exigences d'une authentique démocratie, tous les Québécois doivent s'en instruire.

JRMS





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René Marcel Sauvé217 articles

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J. René Marcel Sauvé, géographe spécialisé en géopolitique et en polémologie, a fait ses études de base à l’institut de géographie de l’Université de Montréal. En même temps, il entreprit dans l’armée canadienne une carrière de 28 ans qui le conduisit en Europe, en Afrique occidentale et au Moyen-Orient. Poursuivant études et carrière, il s’inscrivit au département d’histoire de l’Université de Londres et fit des études au Collège Métropolitain de Saint-Albans. Il fréquenta aussi l’Université de Vienne et le Geschwitzer Scholl Institut Für Politische Wissenschaft à Munich. Il est l'auteur de [{Géopolitique et avenir du Québec et Québec, carrefour des empires}->http://www.quebeclibre.net/spip.php?article248].





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5 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    28 août 2010


    Ce travail est commencé depuis plusieurs années. Pour tout le monde, l'essentiel consiste à s'instruire en profondeur sur ces questions de paix, de guerre, de défense territoriale, comprenant défense économique, défense civile, logistique et défense armée. Faute d'acquérir une compétence suffisante, nous courons vers des problèmes qui vont nous saisir d'un coup et que nous ne pourrons régler.
    Il y a du travail à faire.
    JRMS

  • L'engagé Répondre

    28 août 2010

    Politiquement, pour concrétiser votre idée, je pense qu'il faudrait procéder par étape et constituer des corps de sécurité civile, c'est-à-dire former et entrainer les citoyens pour que ces derniers puissent s'organiser promptement en cas de crises, d'urgences afin de maintenir les services essentiels.
    Il faudrait entreposer des vivres, et des équipements dans des génératrices dans des centres dévolus au maintien de cette sécurité; dans le cadre d'un Québec indépendant, j'ose espérer qu'une formation à cet effet serait obligatoire pour l'obtention d'un DES.
    Développer de telles expertises et encourager le génie de l'intervention et de la reconstruction nous permettrait assez rapidement d'être des chefs de file à l'international, cette influence nous permettrait d'afficher notre souveraineté.
    En ce sens, la politique militaire dépend du contexte, nous ne devons pas nous attendre à une invasion et je doute que nous soyons prêts pour une guerre civile. Même si nous aimons notre langue, notre futur pays, étant déjà occupés, je doute que les Québécois veuillent que nous nous transformions en ULSTER pour payer le prix de l'indépendance.
    Je vois donc plus nos milices manier des outils et des tracteurs que des fusils et des blindés.

  • Frédéric Picard Répondre

    27 août 2010

    La neutralité suisse est en effet, supportée par le principe que la défense de la nation forte. Cette défense forte passe par ses citoyens. La Finlande possède un système similaire, la Suède aussi, si je ne me trompe pas.
    Chaque citoyen suisse a un fusil d'assault (Un Stgw 90)à la maison et dois le garder fonctionnel. Avant, ils avaient même les munitions, qu'ils gardaient dans des boites de sardines, qu'ils appelaient Kit-Kat. Chaque citoyen dois, dès que la confédération helvétique le demande, être mobilisé rapidement.
    Chaque citoyen suisse est un soldat en puissance, pour une nation qui voudrait envahir ce pays. Combiné au relief montagneux, avec les bunkers, de véritables villes souterraines, envahir la Suisse est une opération périlleuse. Un ami m'a même conté que les Suisses ont bati un aéroport souterrain, dont seul le bout de la piste d'atterissage serait exposé. Les chasseurs seraient ainsi cachés sous la montagne, jusqu'à la dernière minute.
    La relation des gens avec l'armée, en Suisse, a un autre rapport aussi. Il y a un prestige associé à certaines fonctions. On a qu'à penser à la patrouille des glaciers, de véritables machines humaines ou les gardes pontificaux.
    C'est tellement facile de dire que les soldats sont ci ou ça... bien assis dans son sofa, à manger des chips.
    Certains cantons suisse exigaient même la présentation de l'épée ou la bayonette de service pour permettre de voter au Landsgemeinde (un autre bel exemple à tirer de la Suisse). C'est entre autres, ce système qui a inspiré le concept de citoyenneté élaboré par Robert Heinlein dans Starship Troopers.
    "the franchise is today limited to discharged veterans", (ch. XII), instead of anyone "...who is 18 years old and has a body temperature near 37 °C"
    "No one can stop anyone from pursuing happiness, but life and liberty are said to exist only if they are deliberately sought and paid for."

  • Archives de Vigile Répondre

    26 août 2010


    Ce qui confirme ma thèse. La neutralité suisse n'aurait pas été reconnue sans une défense assez compétente pour dissuader le recours à la force en cas de conflit.
    La Belgique, la Hollande et la Finlande se sont essayées à la neutralité pendant les deux grandes guerres mais n'étaient pas crédibles. La neutralité suédoise non plus n'était pas crédible et les Allemands ne se sont pas gênés pour traverser le nord de la Suède pour passer de la Finlande à Narvik, en Norvège pendant la seconde Guerre mondiale.
    Un grand personnage comme celui que vous citez ne peut réussir que dans un contexte et une situation particulières et qui ne reviennent pas. Les "grands personnages" me laissent froid.
    JRMS

  • Jean-Louis Pérez-Martel Répondre

    26 août 2010

    Monsieur Sauvé,
    C’est grâce au diplomate Charles Pictet de Rochemont qui, en ralliant Genève à la Confédération helvétique en 1815 et poursuivant sa politique d’intégrer d’autres territoires en possession du roi de Sardaigne, parvient à faire de la Suisse un État neutre. La thèse de Pictet de Rochemont concernant la neutralité de la Suisse jusqu’aujourd’hui proclamée et ratifiée par l’immense majorité des Suisses, peut se résumer en ces termes :
    « La Suisse n’est pas neutre pour elle-même, la Suisse est neutre pour les autres, puisque la présence d’un État neutre au cœur de l’Europe répond à l’intérêt particulier de chacun des États du continent européen »*.
    Mais Chateaubriand concevait cette neutralité de manière différente : « … neutres lors des grandes révolutions des États qui les entourent, les Suisses s’enrichissent en raison des malheurs d’autrui, fondant un système bancaire au-dessus des calamités humaines ».
    Il faut aussi rappeler que Charles Pictet de Rochemont fut l’auteur de l'œuvre géopolitique « De la Suisse dans l'intérêt de l'Europe, chef d'œuvre de diplomatie et de critique militaire ».
    JLP
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    *. Passage extrait d’« Une Suisse au-dessus de tout soupçon » de Jean Ziegler, Editions du Seuil, Paris, 1977.