«Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé»

L’héritage vivant de Félix Leclerc

« Croyez-le ou non, c’est l’audition du premier long jeu de Félix Leclerc qui m’a orienté vers la chanson définitivement.» -Jacques Brel

Vingtième anniversaire de la mort de Félix

Cette année, les célébrations entourant la Fête nationale du Québec ont permis de souligner les 20 ans de la disparition du pionnier qu’a été Félix Leclerc. Bien que sa quête pour la défense de la langue et de l’héritage français soient encore tout à fait d’actualité, d’aucuns donnent fréquemment l’impression que tout a été dit sur sa poésie, sur la soi-disant « découverte » parisienne de 1950 et sur la période indépendantiste des années 1970, qui a vu naître la célèbre chanson « L’Alouette en colère ». Mais est-ce bien le cas ? Par-delà les apparences, voici ce qui devrait particulièrement faire la fierté de l’ensemble des Québécois de toutes origines…
Contrairement à la croyance, Félix Leclerc commence sa carrière chez-nous, en 1934, comme annonceur radio à la station CHRC de Québec. Cinq ans plus tard, Guy Mauffette lui donne une première chance à Radio-Canada, à Montréal. Durant les années 1940, l’animation d’émissions de radio est l’occasion pour Leclerc de combiner non sans un certain succès la lecture de contes et l’interprétation de chansons accompagnées à la guitare. Parallèlement, Leclerc fait ses premières armes au théâtre avec les Compagnons de Saint-Laurent du Père Émile Legault. Dès 1948, année de Refus Global, il côtoie les Compagnons de la chanson d’Édith Piaf à Montréal et sa pièce de théâtre Le P’tit bonheur fait découvrir aux Québécois la chanson du même nom.
En décembre 1950, lorsque Leclerc arrive à l’A.B.C. de Paris, la chanson française est essentiellement composée de variétés, de revues musicales et d’orchestre de danse à grand déploiement, sur le modèle américain. Trenet est en duo avec Johnny Hesse, Aznavour fait équipe avec Pierre Roche, Piaf se produit avec ses Compagnons. Et les grandes vedettes ? Ce sont alors les Maurice Chevalier, Tino Rossi, Ray Ventura, Mistinguett, etc. Dans ce contexte, l’approche intimiste de Leclerc, avec poésie, guitare acoustique et voix sur une grande scène, crée littéralement une petite révolution à l’intérieur de la francophonie. Georges Brassens se lance dans la chanson près de deux ans après Leclerc, soit à l’automne de 1952. Au sujet de l’influence de ce dernier, Brassens déclarera : « Ce que ce gars-là a fait qui m’a aidé, c’est qu’il se soit présenté le premier sur une grande scène avec ses chansons, sa guitare et une chaise pour poser le pied. Voilà… » (Le Soleil, 14 octobre 1961, p. 13). De son côté, c’est en 1953 que Jacques Brel fait ses débuts professionnels… en s’accompagnant à la guitare. Quelques années plus tard, il confiera : « Croyez-le ou non, c’est l’audition du premier long jeu de Félix Leclerc qui m’a orienté vers la chanson définitivement. J’avais toujours aimé la chanson, mais je n’avais pas osé m’y lancer. En entendant Leclerc, j’ai constaté qu’il faisait autre chose que des banalités avec des chansons. Je me suis dit que l’on pouvait, tout comme lui, écrire d’autres chansons que des refrains d’amour mièvres. Leclerc m’ayant ouvert la voie, je l’ai suivi. C’est par lui que la chanson m’a été révélée. » (La Patrie, semaine du 24 au 30 janvier 1963, p. 26).
À sa façon, le legs de Félix Leclerc vient rappeler les vraies raisons de célébrer le quatrième centenaire de Québec en 2008, à savoir, l’anniversaire du premier établissement francophone permanent en terre d’Amérique. Tout autant par le rayonnement international qu’il a donné à son pays en des temps plus difficiles que par son attachement à la langue française, au folklore et à l’histoire, le chansonnier invite chacun à être fiers de ses racines et à travailler pour que l’héritage des aïeux perdure dans le temps. Après tout, et comme il l’écrivait lui-même : « Un vieux pommier ne donne jamais de vieilles pommes » !
Luc Bellemare
Texte à paraître en août 2008 dans Infopéra, vol. 15, no 11


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2 commentaires

  • Ouhgo (Hugues) St-Pierre Répondre

    8 août 2008

    M. Bellemare,
    Votre remarque est fort opportune:
    "Cette année, les célébrations entourant la Fête nationale du Québec ont permis de souligner les 20 ans de la disparition du pionnier qu’a été Félix"
    Mais la Fête nationale ne nous laisse qu'une journée pour parler du Québec. Et en même temps, nous disposions d'une année complète, le Q400 pour nous afficher... or le conquérant a acheté la fête, comme l'a chanté Félix: Vendu! Félix ne cadrait pas dans l'optique de "divertisement" fédéral(surtout éviter de se souvenir... Il fallait être vu de par le monde, au moyen d'une super bibitte.
    Cependant, les Chinois, pour l'ouverture des Jeux ce matin, ont crevé les écrans du monde entier...
    ...sans avoir recours au plusss meilleur beatle du monde!

  • Archives de Vigile Répondre

    8 août 2008

    Cher Félix
    Tu nous a donné par ta démonstration
    La clef du coeur qui fait ouvrir les portes de la conscience sur nous-mêmes.C'est comme ça qu'on chante son pays tu nous a dit.
    Un pays qui chante ses chansons est un pays qui existe. Pour coexister il faut d'abord exister. Un peuple qui chante la chanson des autres est un peuple qui se ment à lui-même, un peuple dont le coeur est en exil de lui-même, un peuple occupé.
    Une guitare,une chaise,et c'était le vent dans les arbres, les montagnes, les rivières, le fleuve, les iris des marécages, les oiseaux de notre grand pays Québec, c'est tout le pays qu'on entendaient dans la voix de ce grand poète de la nation.
    Le jour de ton départ Félix j'ai vu sur la voûte bleue du ciel de l'Acadie un immense lion blanc cottonneux qui faisait route vers l'est et quand je suis rentré dans mon pays la Gaspésie j'ai appris que tu nous avais quitté.
    Félix le grand poète de la nation.