L’effet Blanchet souffle sur le PQ

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L'idée d'une course ouverte aux non-membres est une absurdité !


(Québec) Galvanisé par la résurgence du Bloc québécois aux élections fédérales, un courant de plus en plus actif au Parti québécois souhaite que le prochain chef de la formation soit couronné, comme l’a été Yves-François Blanchet, plutôt qu’élu à la suite d’une course à la direction coûteuse pour le parti aux finances précaires.


De nombreux militants péquistes, dont certains occupent des fonctions dans les instances officielles du parti, ont affirmé à La Presse qu’un seul candidat à la direction jouissant d’une majorité d’appuis ne ferait pas de tort au PQ.


« [Un chef élu sans concurrents], ça pourrait être une bonne nouvelle. Une course, c’est d’abord coûteux pour le parti, et nous ne sommes pas dans une époque avec les finances les plus fastes. Puis si une candidature suscite assez d’adhésions pour écarter les autres [candidats], ça serait une belle preuve de rassemblement », a affirmé Darcy L’Italien, conseiller au Comité national des jeunes du Parti québécois (CNJPQ).





PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE


Frédérique St-Jean







Le succès d’Yves-François Blanchet, c’est un bon exemple. Il n’y a pas eu de course, c’était un couronnement et ça a montré la volonté des membres de s’unifier derrière un chef qui leur ressemble.



Frédérique St-Jean, présidente des jeunes péquistes



Les deux militants ne sont toutefois pas opposés à une réelle course, avec plus d’un candidat.


 

« Si ça finit avec un couronnement, je ne ferais pas de varices avec ça ! », a aussi exprimé un vétéran, rappelant que la direction du PQ suscite jusqu’à maintenant peu d’enthousiasme.


« La question qu’il faut se poser, c’est : “A-t-on les moyens de faire une course ?” », a-t-on aussi affirmé. Dans son dernier rapport financier, le PQ présentait une dette cumulée de 2,4 millions. Le parti a également déménagé sa permanence montréalaise dans un nouveau local moins spacieux, mais aussi moins coûteux.


Mais l’élection d’un chef sans concurrent serait-elle un signe de dévitalisation du parti ? Un haut responsable au PQ a rappelé qu’aucun chef péquiste élu premier ministre n’avait eu à se livrer à une course.


En coulisse, deux noms circulent toujours : Sylvain Gaudreault, député de Jonquière, et Paul St-Pierre Plamondon, auteur du rapport Osez repenser le PQ et candidat défait aux élections de 2018 dans Prévost.


M. Gaudreault multiplie ces jours-ci les sorties. Il s’est aussi rendu récemment en Abitibi-Témiscamingue pour rencontrer des militants. Il a toutefois réitéré à La Presse que sa décision n’était pas prise. Paul St-Pierre Plamondon n’a pour sa part pas répondu à nos nombreux appels.


Souveraineté ou « bon gouvernement »


Dans deux semaines, les militants péquistes se réuniront à Trois-Rivières dans un congrès de « refondation » où ils adopteront une déclaration de principes et des statuts modernisés – mais surtout simplifiés. Fait inusité, l’exercice se fait avant l’élection d’un nouveau chef, prévue d’ici l’été, qui sera tenu de respecter les choix des membres.


Les associations régionales avaient jusqu’au 10 octobre dernier pour soumettre des propositions d’amendements aux statuts et à la déclaration proposée par le conseil exécutif national. Un document synthèse rassemblant tous les amendements leur a depuis été distribué.


Selon les informations récoltées par La Presse, des militants voudront débattre pour que la déclaration de principes précise la démarche vers l’ascension à la souveraineté (un référendum dans un premier mandat). Mais le conseil exécutif national militera pour qu’on s’éloigne de la « mécanique référendaire ». D’autres militants souhaiteront au contraire préciser qu’un gouvernement péquiste s’efforcera d’abord de former « un bon gouvernement ».


« Cette question va soulever les passions ! », a promis un militant de la région de Montréal.


Le mode électoral pour élire le prochain chef risque aussi d’être chaudement débattu. Les statuts du parti permettent que l’élection « s’effectue par le suffrage universel direct du corps électoral des membres ou des membres et des sympathisants », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas leur carte de membre. Certains militants voudront biffer cette deuxième option sur le parquet à Trois-Rivières.


Droit de vote aux non-membres


Pour rallier les citoyens engagés dans diverses causes, mais qui ne militent pas au PQ, les péquistes débattront au congrès de refondation de l’opportunité de créer une « agora », c’est-à-dire un « réseau de coopération [regroupant] des organismes de l’extérieur du parti » qui veulent l’influencer.


En entrevue avec La Presse, la présidente du CNJPQ, Frédérique St-Jean, et le conseiller Darcy L’Italien ont expliqué que l’idée était particulièrement alléchante pour les jeunes, alors qu’un bon nombre d’entre eux militent moins dans les partis traditionnels. 




On veut leur donner une plateforme où ils auront accès au parti pour défendre les causes qui leur tiennent à cœur.



Frédérique St-Jean



« Les jeunes pratiquent désormais la politique à la carte. Ils vont épouser une cause et s’impliquer là où ils pensent que leur cause va avancer. […] [Une structure comme l’agora], c’est clairement une réponse au problème de recrutement de jeunes », a analysé le politologue Eric Montigny, coauteur avec François Cardinal du livre La révolution Z – Comment les jeunes transformeront le Québec.


Or, le fait que les organismes de l’agora auraient le droit de voter aux conseils nationaux et aux congrès (et les jeunes péquistes proposent même d’augmenter leur nombre de représentants votants) dérange certains militants.


Déjà, l’ex-syndicaliste Marc Laviolette s’oppose à cette idée, affirmant que le PQ « est un parti politique, pas un mouvement ». « S’ils ont un droit de vote, c’est quoi l’avantage d’être membre ? Nous, on ramasse de l’argent et c’est tout ? J’ai un problème avec ça », a-t-il tranché, promettant un chaud débat sur la question.