Institut Fraser - Protéger les producteurs laitiers coûte cher

Agroalimentaire - gestion de l'offre

L'Institut Fraser a dressé hier un bilan mitigé des impacts de la nouvelle réglementation fédérale en matière de fabrication des fromages, un an après son entrée en vigueur au pays. Jugée protectionniste, ce cadre pourrait prendre en otages les consommateurs, qui à l'avenir vont devoir payer plus cher leur cheddar, leur mozzarella et leur Brick, au nom de la protection des producteurs laitiers contre la concurrence, a résumé l'avocat spécialiste en litiges commerciaux internationaux Simon Potter.
«Les producteurs laitiers ont eu une grande influence [sur Ottawa] pour l'adoption de ces nouvelles normes», a-t-il indiqué dans le cadre d'une conférence organisée par l'organisme de recherche sur les politiques gouvernementales afin d'en comprendre leurs conséquences sur les citoyens. «Or ce lobbying du lait affecte aujourd'hui les consommateurs. Mais ils ne le savent pas.»
Pour M. Potter, le caractère déjà protectionniste du «régime laitier canadien» a été renforcé en janvier dernier par le gouvernement fédéral avec l'introduction de nouvelles règles sur la composition des fromages. Réclamée à grands cris par les producteurs de lait de partout au pays, cette réforme vise en effet à réduire l'utilisation dans les produits laitiers de certains composés du lait frais, comme les protéines de petit lait, la poudre de lait écrémé ou les concentrés de protéines de lactosérum. Ces substances sont généralement importées d'Europe, des États-Unis ou de la Nouvelle-Zélande, où le prix du lait est moins élevé qu'au Canada.
Les règles de production désormais en vigueur touchent par exemple le cheddar vieilli, qui doit être composé à 100 % de lait frais et rien d'autre. Cette proportion est de 95 % pour les fromages de spécialité, de 83 % pour les Brick, Colby, Farmer's Jack, Montery Jack et mozzarella de cuisine, et de 63 % pour la mozzarella à pizza. L'objectif de ces seuils est uniquement de protéger l'industrie laitière canadienne contre les importations de substances laitières, Ottawa ne voyant là aucun changement sur la qualité ou le goût des produits.
Dans une évaluation préliminaire des impacts de cette réforme, le gouvernement fédéral a d'ailleurs établi que ces seuils minimaux devraient augmenter de 185 millions de dollars par année les revenus des producteurs laitiers. À l'inverse, les transformateurs de lait, contraints de s'approvisionner sur le marché local, pourraient se retrouver avec des dépenses supplémentaires de 71 millions annuellement, une facture avec laquelle le consommateur va être amené à composer, croit M. Potter.
«Le lait industriel [destiné à la transformation] est déjà plus cher au Canada qu'aux États-Unis [certaines analyses parlent d'un surcoût de 40 %], a expliqué l'avocat. S'il y avait une plus grande concurrence dans le lait, cela devrait nécessairement se solder par une chute du prix de ce lait et des prix des produits en aval.»
Cette analyse a été repoussée hier du revers de la main par Marcel Groleau, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, présent dans l'assistance. «Les standards de composition des aliments ne sont pas une exception mais une norme à travers le monde, a-t-il indiqué. Quand le marché est livré à lui même, on se retrouve avec des cas de contamination des produits alimentaires à la mélamine, comme en Chine.»
M. Groleau s'est porté à la défense de la nouvelle réglementation fédérale, mais aussi de l'interventionnisme d'Ottawa dans le secteur du lait, mesure nécessaire, selon lui, pour assurer la survie des producteurs. «Cela fait que le secteur est mieux organisé, dit-il. Les pertes sont donc moins grandes et au bout du compte, l'augmentation du coût de la matière première n'a que peu d'impacts sur le prix au détail du lait», a-t-il assuré.


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