Ignatieff 2, Rae-Dion 0

Course à la chefferie du PLC


Aux grands maux les grands remèdes! Il vient un temps dans toutes les campagnes au leadership où l'idée de tirer à boulets rouges sur le meneur de la course s'impose comme le seul recours possible pour ceux qui voudraient encore le rattraper.
Bob Rae et Stéphane Dion en sont manifestement arrivés là. Ils sont tous les deux retournés aux sources des nombreux écrits passés du prolifique Michael Ignatieff pour tenter de le mettre mal à l'aise à l'occasion du débat qui s'est déroulé à Montréal ce week-end. Ce faisant, ils ont réussi l'exploit de se tirer dans le pied avec de la poudre mouillée.
Contrairement à ce qu'il s'était produit à Toronto la semaine précédente, la stratégie n'a pas eu pour effet de déstabiliser le candidat Ignatieff, en grande partie parce que c'est un terrain sur lequel ce dernier ne se sent pas particulièrement menacé.
Le parcours de M. Ignatieff depuis le début de la campagne n'a pas été parfait, loin de là. Mais il a de bonnes raisons de croire que son bagage universitaire serait moins lourd à porter en campagne électorale que le bilan du gouvernement néo-démocrate de Bob Rae en Ontario ou les états de service de Stéphane Dion sur le front de la loi sur la clarté au Québec.
Il ne manque pourtant pas de sujets d'actualité sur lesquels Michael Ignatieff se distingue - parfois dangereusement - de ses principaux concurrents. Comme leurs compatriotes du reste du Canada, les délégués québécois auraient sans doute trouvé pertinents des échanges plus vigoureux sur la politique étrangère actuelle du Canada que l'exercice d'exégèse auquel ils ont eu droit.
Et s'il est vrai qu'il faut un certain courage pour prendre de front le meneur de la course sur un terrain où il est avantagé - pour leurs efforts samedi Stéphane Dion et Bob Rae ont été copieusement hués par une salle dominée par des partisans de leur adversaire -, le vrai courage aurait plutôt voulu qu'ils talonnent Michael Ignatieff sur son ouverture sur le Québec.
Plus tôt dans la journée, l'aile québécoise du PLC avait entériné une résolution enjoignant à son prochain chef de promouvoir la reconnaissance officielle du Québec comme nation. Dans un même élan, l'Assemblée avait adopté un texte préconisant l'adoption d'une solution à long terme au déséquilibre fiscal.
Le résultat, c'est qu'à son congrès de la fin-novembre, le PLC sera pour la première fois saisi de textes qui reflètent les grands courants politiques actuels au Québec.
S'il n'en tient qu'à Stéphane Dion, le parti devrait les rejeter. Le seul candidat québécois de la course ne souscrit ni à l'une ni à l'autre des résolutions adoptée ce week-end. Il juge dangereux de placer de nouveau le concept de la reconnaissance officielle du Québec au centre d'une stratégie d'unité canadienne et, comme Paul Martin et Jean Chrétien avant lui, il ne voit pas de déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces.
Bob Rae - qui admet l'existence d'un tel déséquilibre - exclut par contre un retour à court ou même à moyen terme à la table constitutionnelle pour régler la question identitaire québécoise. À ses yeux, le jeu est trop risqué pour valoir la chandelle. Ce sont des positions qui se défendent, surtout à la lumière de l'expérience respective des deux hommes sur le front Canada-Québec. Pourtant ni l'un ni l'autre n'y a fait allusion dans son allocution d'ouverture ou dans son discours de clôture.
À la place, c'est dans cette dernière intervention, au moment ou Michael Ignatieff n'avait plus de droit de réplique, que Stéphane Dion s'est lancé dans une charge à fond de train contre les positions passées de son rival en matière de politique étrangère. Et curieusement, le PLC-Québec n'avait pas retenu la question du fédéralisme parmi les thèmes du débat. Mais la torture ne faisait pas non plus partie des sujets retenus, et cela n'a pas empêché Bob Rae de l'aborder.
Si MM. Rae et Dion ont évité le terrain Canada-Québec, c'est parce qu'il était trop miné pour eux. Les deux tiers des libéraux réunis samedi se sont ralliés à la résolution prônant la reconnaissance du caractère national du Québec. Cela signifie que des partisans des clans Rae et Dion ont adhéré à ce concept en dépit des réserves de leurs candidats.
Le simple fait que l'idée ait fait autant de chemin au sein du PLC-Québec ces derniers mois témoigne non seulement de l'emprise du clan Ignatieff sur cette section de la formation fédérale mais également de l'engouement qu'inspire cette idée à la base militante québécoise. Ce n'est pas en la pourfendant que MM. Rae et Dion se seraient valu les appuis supplémentaires québécois dont ils ont absolument besoin pour l'emporter au congrès au leadership.
Ce week-end, Michael Ignatieff a scellé son avantage québécois. Il se présentera au congrès à la tête de la plus importante délégation québécoise et porteur d'un concept dont l'adhésion au Québec dépasse largement les rangs de ses partisans.
Un mot en terminant sur Gerard Kennedy. Ceux qui, au Québec, se demandaient pourquoi il était encore considéré comme un candidat sérieux en vue du congrès de Montréal sont restés sur leur appétit samedi. À la lumière du peu d'impact de sa performance, il aurait aussi bien pu rester à la maison. M. Kennedy était certainement désavantagé par l'état encore rudimentaire de son français par rapport à celui de ses principaux adversaires. Mais la semaine précédente alors qu'il débattait dans sa langue maternelle à Toronto, il n'avait pas davantage tiré son épingle du jeu.
chebert@thestar.ca
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.


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