Congrès du Parti libéral du Canada

Deux obsessions maniaques: l'unité et le pouvoir

Course à la chefferie du PLC

Le Canada contemporain, celui qu'on cite souvent en exemple à l'étranger, a été essentiellement façonné par le Parti libéral. Quatre premiers ministres en ont jeté les fondations, Wilfrid Laurier, Mackenzie King, Lester B. Pearson et Pierre Elliott Trudeau. Quant à Jean Chrétien et Paul Martin, ils ont suivi le chemin centralisateur et unitaire hérité de Trudeau et transformé ce parti qui a souvent eu des idées en machine à gagner des élections. Ce sont ces deux obsessions maniaques, l'unité et le pouvoir, qui ont entraîné le scandale des commandites et l'ultime humiliation de ce grand parti devenu une coquille vide.
Au moment où on choisit le prochain chef, une évidence s'impose: pour retrouver le pouvoir et une partie de la confiance des Québécois en particulier, le parti de Laurier a besoin d'une refondation, d'une nouvelle vision de l'avenir de la fédération. Ce souci ne semble pas habiter les délégués puisqu'ils ont été très peu nombreux à participer aux ateliers destinés à préciser la pensée du parti.
Un grand parti a le choix entre deux chemins pour opérer un tournant majeur et retrouver une nouvelle fraîcheur. Procéder à un réaménagement intellectuel et politique dans un congrès dont c'est l'unique fonction ou effectuer le virage à travers le choix d'un chef. Deux fois, les socialistes français victimes du même désamour que les libéraux ont choisi ce chemin. La première en allant chercher hors de l'appareil traditionnel François Mitterrand, la deuxième en adoubant une rebelle, Ségolène Royal. La nouvelle pensée libérale sera donc celle du candidat qu'on choisira aujourd'hui.
De quel premier ministre les quatre principaux candidats pourraient-ils se réclamer? D'emblée on pourrait classer Bob Rae dans le camp des Chrétien et Martin. Son refus de s'engager dans des débats d'idées, d'oser des propositions claires et précises, sa volonté de ne mettre en avant que sa personnalité et d'être tout et rien à la fois, tout cela en fait le plus traditionnel et le plus opportuniste des quatre candidats. Quant à sa vision du fédéralisme, elle est figée dans les canons centralisateurs de son ancien parti le NPD et dans le refus du statut unique du Québec, comme Trudeau.
Il est plus difficile d'étiqueter Gerard Kennedy, mais on pourrait l'associer au progressisme social et économique du gouvernement Pearson et au libéralisme interventionniste des premières années de Pierre Elliott Trudeau, mais malheureusement, c'est aussi à ce dernier qu'on pense quand on entend Kennedy parler de fédéralisme.
Stéphane Dion a surpris tout le monde. Il a mené une campagne intelligente et s'est révélé habile politicien sans pour autant tomber dans l'opportunisme. Sa description de l'immense défi environnemental auquel sera confronté le Canada dans l'avenir fut non seulement juste, mais elle fut aussi audacieuse. Oui, le Canada devra changer radicalement et ce changement ne pourra s'effectuer sans un gouvernement proactif et interventionniste. Souhaitons qu'il retrouve son portefeuille à l'Environnement. Car, en ce qui concerne les autres défis que le Parti libéral devra relever -- la place du Québec, le déséquilibre fiscal, l'encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les domaines de compétence provinciale --, le seul Québécois dans la course montre un aveuglement dogmatique digne d'un fondamentaliste religieux. Dans ces domaines, l'intellectuel qu'il est s'efface devant le théologien inflexible. Le Canada n'a pas besoin d'un Trudeau junior.
Il y a aussi du Trudeau dans Michael Ignatieff: même intelligence, même culture, même audace intellectuelle. Comme Trudeau, Ignatieff ne craint pas de prendre des risques et de susciter la controverse, lui qui fut un des rares intellectuels canadiens à approuver l'invasion de l'Irak, aujourd'hui, la mission canadienne en Afghanistan.
Sa position sur le défi environnemental n'est pas différente de celle de Stéphane Dion et son attitude sur les droits, la démocratie et la justice sociale est parente de celle de Gerard Kennedy. Par contre, quand il esquisse sa vision du Canada, c'est à la souplesse réaliste de Lester B. Pearson qu'on pense. Pearson ne fut pas que l'homme des Casques bleus, il fut aussi l'homme du fédéralisme coopératif. C'est cette vision qui permit entre autres la création de la Caisse de dépôt et du Régime des rentes du Québec, la lutte contre le déséquilibre fiscal par le transfert de points d'impôt et la mise sur pied de programmes conjoints qui permettaient à une province de réclamer une compensation complète si elle choisissait de ne pas participer à l'initiative fédérale. C'était en quelque sorte, bien avant que l'expression ne soit inventée, du fédéralisme asymétrique tel qu'on le pratique avec tant de bonheur et de succès en Espagne. Et si jamais Ignatieff est privé de la victoire, ce sera, je pense, la preuve que le Parti libéral est toujours le parti de Trudeau et qu'il a oublié l'héritage de Laurier, pour qui le Canada devait réconcilier et aménager les différences.
Décidément, la guerre systématique engagée par le gouvernement Harper pour limiter la capacité des groupes communautaires d'exercer des pressions sur le gouvernement ou de financer des recours judiciaires se poursuit avec un aveuglement criminel. L'insoutenable Bev Oda vient d'annoncer qu'elle ferme douze des quatorze bureaux locaux de Condition féminine du Canada. Le prétexte? Ces bureaux se préoccupent trop de promotion des droits des femmes et ne donnent pas assez de services directs (ce qui n'est pas leur fonction). Comme si la promotion des droits des femmes n'était pas un service direct qu'on leur rendait.
Collaborateur du Devoir


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